Astor Piazzolla – Oblivion

Les tangos de Piazzolla nous avaient bien manqué ! Après les magnifiques pièces de l’Histoire du Tango, nous retrouvons ce soir un morceau non moins splendide aux épanchements mélancoliques bien plus marqués que dans « Café 1930 ». « Oblivion », tel est son nom, est donc un tango dont seul Piazzolla, natif argentin, a le secret. La ligne mélodique principale, ici jouée au violon par la germano-nippone Arabella Steinbacher, accentue le spleen sous-jacent à cette oeuvre qui traite musicalement le douloureux sentiment de l’oubli – « oblivion » étant le terme poétique en anglais désignant cette pénible réalité. Sans doute Piazzolla craignait-il que la riche tradition musicale de l’Argentine, au gré des crises économiques et des vicissitudes politiques qui ont bouleversé le sous-continent pendant le XXe siècle, ne s’étiole et ne s’efface un jour. Il y a fort à parier que, grâce à lui, ce moment n’est pas près d’arriver !

Astor Piazzolla – Histoire du Tango – Café 1930

Aussi étranger soyez vous de l’Argentine ou de l’Amérique latine toute entière, vous ne pouvez rester indifférent face à Astor Piazzolla, que nous vous avons déjà présenté. Le compositeur sud-américain fait actuellement l’objet d’une redécouverte en France, où il est souvent cité dans des festivals de musique moderne.

Piazzolla, c’est un son, c’est une atmosphère, c’est un exotisme. C’est l’incarnation d’une imagerie, celle d’une Argentine débridée, où l’on y danse le tango aux heures les plus impromptues. Mais aussi celle d’une Argentine en proie à un certain spleen quand bien même le rythme du flamboyant tango, éprouvé aux bras d’un beau cavalier (ou cavalière, tout dépend), vous fait oublier vos malheurs sur le coup de l’instant.

C’est ce délicieux croisement – un je-ne-sais-quoi aussi bien suave que mélancolique – qu’on retrouve dans l’extrait suivant, Café 1930. Dans ce morceau, c’est la langueur, la mélancolie, le mal de vivre qui se fait ressentir à travers les phrasés onctueusement travaillés. Les sursauts de tempo, les modulations qui parcourent ce morceau en renforcent la richesse et le thème principal fait ressortir une délicate sensualité.
Le recueil s’intitule l’Histoire du Tango, qui retrace l’évolution de la pratique de cette danse et les cadres dans lesquelles elle a habité : le bordel, le café et enfin le Nightclub…
Ces morceaux seront maintes fois repris et souvent transposés pour différentes combinaisons d’instruments, du très classique violon-piano au moins conventionnel piccolo-banjo.

J’ai choisi l’extrait suivant (un enregistrement sur la chaîne Mezzo, pour ceux qui ont le câble) parce que le morceau est exécuté par deux instruments classiques, comme dans l’esprit du blog. Je regrette qu’il manque l’introduction au piano, mais la qualité du son émanant du violon éclipse cette imperfection. Si vous cherchez plus original, je vous encourage à écouter l’enregistrement de Yo Yo Ma, qui est accompagné pour l’occasion d’un accordéon !

Ainsi va le tango, tel un leitmotiv dans l’histoire de ce grand pays d’Amérique…

John Williams – Schindler’s List

Schindler's ListAujourd’hui, un hors-jeu un peu particulier puisqu’il s’agit d’une musique de film, comme nous avions fait pour Pride and Prejudice.

Mais cette fois, ça ne devrait pas susciter que des émotions joyeuses, désolé… Je vous propose le thème principal de La Liste de Schindler, le chef d’oeuvre de Spielberg. Ce thème a été composé par le génial John Williams (celui de Star Wars, Indiana Jones, Les Dents de la Mer, Jurassic Park, Harry Potter et tant d’autres…) qui montre qu’il peut se hisser à la hauteur des grands compositeurs romantiques (enfin c’est un point de vue).

Deux vidéos pour (re)découvrir ce morceau magistral qui a remporté l’Oscar de la meilleure musique en 1994: la première semble être la version officielle et la deuxième un live d’ Itzhak Perlman et John Willliams, précédé d’une interview de l’immense violoniste (d’ailleurs, tâchez de regarder le journaliste sans sourire…)

Sortez les mouchoirs…

Edouard Lalo – Symphonie Espagnole

Par Henri Y.Q. – Audituri Te Salutant!

Edouard LaloMême si peu de compositeurs espagnols ont réussi à se faire un nom dans la musique classique, il n’empêche que le folklore espagnol a toujours constitué une grande source d’inspiration pour toutes les époques. A l’époque baroque, on pense bien sûr à la Chaconne, qui est à l’origine une danse populaire hispanique et qui a maintes fois servi de modèle pour nombre de grands maîtres italiens et français. Chez les modernes, on pense aussi à Debussy, père de la suite Iberia (dont je vous recommande l’écoute, ne serait ce que pour vous délecter d’un morceau rythmé par les tambourins et les castagnettes !). Et chez les romantiques ? La référence qui saute aux yeux est bien évidemment Carmen de Bizet, opéra dont la présentation a déjà été très bien faite sur ce blog.

Mais saviez-vous que le célébrissime opéra de Bizet a aussi un tant soit peu occulté l’œuvre d’un de nos compatriotes répondant au nom d’Edouard Lalo, qui lui aussi a surfé sur la vague du folklore espagnol pour composer – je vous le donne en mille – la Symphonie Espagnole ?

Œuvre aujourd’hui méconnue du grand public, la Symphonie Espagnole fait pourtant preuve d’une vraie érudition musicale, et Lalo démontre avec ce morceau sa maîtrise de l’orchestration, tout en donnant la parole à son instrument fétiche : le violon. Dédiée au virtuose Pablo de Sarasate, elle fut créée en février 1875, un mois à peine avant Carmen. On comprend donc pourquoi l’énorme succès rencontré par Bizet aura, quelque peu, eu raison de cette œuvre.

Ne vous méprenez pas sur le titre : le morceau, constitué de 5 mouvements, n’a de « Symphonie » que le nom. Il s’agit plutôt d’un concerto pour violon qui reprend les thèmes dynamiques et les rythmes endiablés des danses espagnoles, très en vogue à l’époque. Pour la petite histoire, Tchaïkovski a eu l’idée de son fameux Concerto pour violon en Ré Majeur après avoir entendu une représentation de la Symphonie Espagnole. Etonnante inspiration que d’aller puiser celle-ci chez un confrère…

Je vous mets ci-dessous la version d’Anne-Sophie Mutter, qui a le don de mettre énormément d’intensité dans ses phrasés. L’orchestre est dirigé par Seiji Ozawa. Vous pourrez écouter à loisir les 5 mouvements, je vous avouerai juste que j’ai un petit faible pour le mouvement III « Intermezzo Allegretto non troppo ».

Vous trouverez ci-dessous ce mouvement III et juste après, le lien vers les autres mouvements.

NB : Le dernier mouvement n’est pas de Mutter, mais écoutable quand même.

Je vous conseillerai, si vous avez l’occasion de mettre la main dessus, d’écouter aussi la version de Perlman, pour moi la plus aboutie.

¡ Pasarlo Bien !

1er Mouvement : http://www.youtube.com/watch?v=f67yYbauKJ8

2e Mouvement : http://www.youtube.com/watch?v=Y48rIRgBWO0

4e Mouvement : http://www.youtube.com/watch?feature=fvwp&NR=1&v=LtQpR9irjfk

5e Mouvement : http://www.youtube.com/watch?v=LOaLoGv_Pgc

Antonio Vivaldi – Les Quatre Saisons – L’Eté – Presto

VivaldiCélébrons l’entrée en été avec ce morceau si connu mais si beau de Vivaldi, composé dans la foulée avec les autres saisons dans les années 1720. Nous vous invitons à réécouter l’Hiver

C’est aussi l’occasion de faire connaissance avec Nigel Kennedy, le controversé car excentrique, mais génial violoniste anglais. Régalez-vous de son look inimitable.

Francis Poulenc – Sonate pour Violon et Piano

Francis PoulencPar Marc Leblanc, Audituri Te Salutant!

La Sonate pour violon et piano de Francis Poulenc est une œuvre de musique de chambre composée en 1942-1943 à la mémoire de Federico Garcia Lorca, poète et dramaturge espagnol. Ni le public ni l’auteur ne semblaient prêts à accueillir un tel morceau, qui est aujourd’hui une référence au vu des nombreux enregistrements de l’œuvre.

La pièce a été écrite sous l’impulsion de Ginette Neveu (qu’on ne présente plus !), bien que l’écriture de morceaux pour le violon lui ait toujours paru ingrate. Lui-même, peu satisfait du résultat, dira  » Le monstre est au point, je vais commencer la réalisation » ; c’est seulement à la quatrième version que l’oeuvre est créée, et elle sera retravaillée par la suite cédant à la pression des critiques assassines. Un verdict très sévère pour un résultat pourtant très convaincant.

Je vous propose de découvrir le premier des trois mouvements, Allegro Con Fuoco.

L’oeuvre se veut tragique puisqu’elle célèbre la mort du poète Lorca assassiné par une balle fasciste. Elle débute par une entrée en matière dramatique au violon mais accompagné par un piano percussif, puisque Poulenc affectionne peu le son du violon nu. Celui-ci est d’ailleurs alternativement utilisé à l’archet et au pincé, ce qui illustre dès le premier mouvement la citation de Lorca reprise dans le deuxième mouvement “La Guitare fait pleurer les songes ».

Le saviez-vous ? Le père de Poulenc était un pharmacien dont l’affaire devint plus tard… Rhône-Poulenc.