Béla Bartók – Six danses populaires roumaines

Danses roumainesBéla Bartók n’est pas le compositeur le plus célébré du XX° siècle. Pourtant son oeuvre a laissé une trace importante. Contemporain de Rachmaninov, il fut comme lui, un héritier de Liszt et de Brahms, dans la mesure où il s’intéressa de près aux thèmes de musique populaire telle qu’on peut les trouver dans les villages de Hongrie.

L’oeuvre du jour fait référence à la Roumanie. A l’origine, cette suite de danses au piano devait s’intituler « Danses populaires roumaines de Hongrie ». Mais il faut préciser qu’à l’époque, l’Autriche-Hongrie dominait sur une partie de la Transylvanie, territoire culturellement roumain.

Prêtez l’oreille car le travail de Bartok est vraiment remarquable. Il nous livre 6 thèmes qui nous transportent miraculeusement au coeur de la Transylvanie.

En dessous, un autre enregistrement, vieux de plus de 100 ans, et apparemment réalisé pour les besoins de Bartok lui-même! La qualité est exécrable mais cela vaut l’écoute pour imaginer comment Bartok étudiant la musique de son peuple…

Astor Piazzolla – Oblivion

Les tangos de Piazzolla nous avaient bien manqué ! Après les magnifiques pièces de l’Histoire du Tango, nous retrouvons ce soir un morceau non moins splendide aux épanchements mélancoliques bien plus marqués que dans « Café 1930 ». « Oblivion », tel est son nom, est donc un tango dont seul Piazzolla, natif argentin, a le secret. La ligne mélodique principale, ici jouée au violon par la germano-nippone Arabella Steinbacher, accentue le spleen sous-jacent à cette oeuvre qui traite musicalement le douloureux sentiment de l’oubli – « oblivion » étant le terme poétique en anglais désignant cette pénible réalité. Sans doute Piazzolla craignait-il que la riche tradition musicale de l’Argentine, au gré des crises économiques et des vicissitudes politiques qui ont bouleversé le sous-continent pendant le XXe siècle, ne s’étiole et ne s’efface un jour. Il y a fort à parier que, grâce à lui, ce moment n’est pas près d’arriver !

Maurice Ravel – Pavane pour une Infante Défunte

Voilà un classique de Ravel dont il serait difficile de passer à côté : la Pavane pour une Infante Défunte. Il s’agit d’un hommage rendu par le compositeur à une célèbre danse lente, la Pavane, pratiquée à la Cour d’Espagne depuis le XIVe siècle. Une danse qui l’a visiblement marqué : le morceau introduisant Les Contes de Ma Mère l’Oye s’intitule à cet égard « Pavane de la Belle au Bois Dormant ».

Pour sa mélodie belle et langoureuse, ce morceau s’écoute, se réécoute et se retient sans difficulté. Composé pour piano à l’origine (en 1899), le morceau fut orchestré une décennie plus tard, Ravel voulant faire ressortir toute la solennité, tout le côté cérémonieux sous-jacent à cette danse. Malgré tout, le compositeur se montra fort insatisfait de son œuvre, la jugeant trop immature et trop inspirée d’España de Chabrier (vous trouvez, vous ?).

C’est une version orchestrale que nous vous offrons ce soir, conduite par Seiji Ozawa.

Notez bien que « l’Infante Défunte » ne fait référence à aucune princesse ayant succombé à la Faucheuse – Ravel voulait simplement donner un titre comportant une allitération… Et poète avec ça !

Emmanuel Chabrier – España

Un peu à la manière de Lalo, Emmanuel Chabrier (1841-1894) fait partie de ces compositeurs tombés sous le charme des mille richesses musicales dont regorge l’Espagne, notamment pour ce qui est des danses traditionnelles. C’est lors d’un voyage qu’il fit avec sa famille en 1882 qu’il découvrit le Jota, danse populaire de Valence, dont l’origine remonte au XIIe siècle et qui se pratique à l’occasion des fêtes de la Saint-Jean. Heureuse et féconde découverte, puisqu’elle conduisit Chabrier à coucher tout son enthousiasme pour la culture hispanique sur sa plus célèbre partition, la rhapsodie España.

España est certes une rhapsodie, qui ne suit pas une forme musicale classique, mais n’allez pas croire qu’on peine à s’y retrouver en l’écoutant ! Une introduction rappelant des notes grattées à la guitare précède un premier thème dont le caractère euphorique est implémenté par le battement incessant des percussions aux accents ibériques. Un second thème introduit furtivement par les cuivres s’épanouit grâce aux violons. Enfin, un tiers thème, particulièrement lyrique, se concatène harmonieusement à l’ensemble qui reprend dans la suite ces trois joyeux bouts en faisant se répondre les instruments. Notez l’importance du trombone qui permet à l’orchestre de rebondir majestueusement, d’atteindre l’acmé d’un morceau baigné dans la joie et dans la bonne humeur – pour Chabrier, il s’agissait de voir tout le monde s’embrasser chaque fois que ce morceau finit !

España fit la gloire de Chabrier et l’inscrivit dans la postérité : Manuel de Falla et Gustav Mahler encensèrent celui-ci et des compositeurs modernes tels Debussy et Ravel le citent parmi leurs références en matière de musique « hispanisante ».

Voici, ci-dessous, la version orchestrale de ce morceau, qui met en exergue le grandiose de l’œuvre mais il existe également une version à quatre mains pour piano. Il ne tient plus qu’à vous d’esquisser quelques déhanchés dans votre salon au son de cette savoureuse rhapsodie – laissez-vous aller, demain c’est dimanche !