Félix Mendelssohn – Prélude et fugue en Mi mineur

MendelssohnCe soir, restons en compagnie du piano, avec Mendelssohn, grand artiste allemand contemporain de Chopin, Liszt et Schumann. Mendelssohn a beaucoup composé pour piano (souvenez-vous de ses romances sans parole) et a participé de ce mouvement créatif qui a consacré le piano comme Roi des instruments. Il est traditionnellement rangé, et à raison, parmi les compositeurs romantiques. Pourtant, vous allez voir, le morceau du jour montre un goût certain pour les procédés baroques, tels que le contrepoint.

Après une introduction toute romantique, le jeune Félix (le morceau aurait été composé quand il avait environ 20 ans) nous propose quelque chose qu’une oreille peu avertie pourrait aisément confondre avec du Bach, surtout si c’était joué sur un clavecin… Quelle maîtrise étonnante pour un compositeur si jeune.

Alexandre Scriabine – Prélude Op.11 n°8

Morceau plus détente, ce soir, avec Scriabine que nous retrouvons le temps d’un prélude, qui figure parmi ses compositions de jeunesse (il n’avait pas vingt ans quand il commença à écrire cet opus).

Un grand admirateur de Chopin, Scriabine a repris le modèle de composition de celui-ci, en écrivant lui aussi des Préludes et des Etudes, suivant le schéma tonal traditionnel de l’alternance entre tons majeurs et leurs relatifs en mineur, en commençant par le Do majeur. Ce prélude n°8 est donc, suivant cette suite, en Fa # mineur, qui est une tonalité fort plaisante pour un compositeur romantique, passé maître dans la composition en mode mineur…

Le morceau en lui-même est calme, savamment modulé et dégage un climat de langueur, voire un certain sentiment de malaise, mais cela n’enlève rien à sa beauté, vous en conviendrez…

Sergueï Rachmaninov – Prélude op.23 n°2

Voilà cinq longues journées que ce site est resté désert, n’ayant pu répondre à l’exigence de l’article quotidien, par la faute de rédacteurs anormalement occupés en ce début de mois de juillet… Nous tenons à rattraper cela à tout prix !

On retrouve aujourd’hui Rachmaninov dans un de ses préludes les plus énergiques, les plus brillants mais aussi l’un des plus difficiles à jouer. Comme avec l’Etude Révolutionnaire de Chopin, le pianiste se doit de posséder une grande endurance à la main gauche, qui joue un ostinato éprouvant en accompagnant la brillante mélodie de la main droite. Le prélude entier repose sur une forme « ABA », c’est à dire qui comporte une reprise du thème initial vers la fin. Ce morceau suit plutôt bien la logique de tout l’opus 23, qui est composé alors que Rachmaninov sort d’une longue période de dépression, marquée notamment par l’échec de sa première Symphonie, bientôt contrebalancé par son second concerto pour piano qui connut le succès que vous savez. En tout cas, un très beau recueil à découvrir dès que possible !

Petit luxe supplémentaire : Sviatoslav Richter pour vous, au piano, qui comme vous en doutez négocie plutôt très bien la brillance du morceau !

Frédéric Chopin – Prélude N°15 « La Goutte d’Eau »

Chopin conclura votre semaine pluvieuse, avec un sublime prélude couramment appelé « à la Goutte d’eau ». Composé lors d’une villégiature en compagnie de George Sand sur l’île de Majorque, à la chartreuse de Valldemossa, ce morceau se caractérise par une répétition incessante de notes imitant la chute des gouttes de pluie, au début de manière assez inoffensive et même très lyrique et charmante, puis de manière plus ténébreuse comme pour signaler l’arrivée imminente de l’orage, grondant et menaçant. Le beau temps après la pluie reviendra dans une troisième partie, avec une conclusion sur une note plutôt sereine.

Pour accompagner votre écoute, voici l’anecdote que George Sand relate à propos d’un épisode impliquant ce prélude :

« Il y en a un qui lui vint par une soirée de pluie lugubre et qui jette dans l’âme un abattement effroyable. Nous l’avions laissé bien portant ce jour là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des objets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient débordé; nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de l’inondation, et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés par notre voiturier, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l’inquiétude de notre malade. Elle avait été vive en effet, mais elle s’était figée comme une sorte de désespérance tranquille, et il jouait son admirable prélude en pleurant. En nous voyant entrer, il se leva en jetant un grand cri, puis il nous dit d’un air égaré et d’un ton étrange : « Ah! je le savais bien que vous étiez morts! » Quand il eut repris ses esprits et qu’il vit l’état dans lequel nous étions, il fut malade de spectacle rétrospectif de nos dangers ; mais il m’avoua ensuite qu’en nous attendant il avait vu tout cela dans un rêve, et, que ne distinguant plus ce rêve de la réalité, il s’était calmé et comme assoupi en jouant du piano, persuadé qu’il était mort lui-même. Il se voyait noyé dans un lac, des gouttes d’eau pesantes et glacées lui tombaient en mesure sur la poitrine, et quand je lui fis écouter ces gouttes d’eau qui tombaient effectivement en effet en mesure sur le toit, il nia les avoir entendues. Il se fâcha même de ce que je traduisais par le mot d’harmonie imitative. Il protestait de toutes ses forces, et il avait raison, contre la puérilité de ces imitations pour l’oreille. Son génie était plein des mystérieuses harmonies de la nature, traduites par des équivalents sublimes dans sa pensée musicale et non par une répétition servile de chants extérieurs. Sa composition de ce soir-là était pleine des gouttes de pluie qui résonnaient sur les tuiles sonores de la chartreuse, mais elles s’étaient traduites dans son imagination et dans son chant par des larmes tombant du ciel sur son cœur.»

Claude Debussy – Les collines d’Anacapri

Retour aux paysages de Debussy aujourd’hui avec l’un de ses fameux préludes pour piano, Les Collines d’Anacapri. Le compositeur français était un visiteur régulier d’Anacapri en Italie. Pas besoin de beaucoup d’explications ou d’éclairage pour apprécier la musique présentée sur ce site d’une manière générale. Mais c’est particulièrement vrai pour la musique de Debussy, que je pense tout simplement très propice à la rêverie, voire à la méditation. Comme un superbe paysage côtier d’Italie ;)

Vous pouvez le ressentir à l’écoute de ses préludes, composés entre 1910 et 1913.

Je vous laisse à l’interprétation d’un spécialiste du genre, le pianiste Jean-Rodolphe Kars.

Frédéric Chopin – Prélude n°4 en mi mineur

Frédéric ChopinLe morceau du jour pose un problème étonnant: si tout pianiste chevronné peut techniquement l’apprendre en 5 minutes, on peut passer tout une vie à chercher à le maîtriser vraiment, tant sont insondables sa profondeur et sa mélancolie… On s’imagine à la place de Chopin, on pense à des choses qui nous donnent les larmes aux yeux, on se concentre sur le toucher de chaque note… Malgré une exécution sans faute, il est très difficile d’être pleinement satisfait de son interprétation.

Ce morceau s’écoute dans un certain recueillement…