Dietrich Buxtehude – Passacaille en ré bémol

Voilà bien longtemps que nous avions oublié Buxtehude ! En guise de retrouvailles nous vous proposons en outre de découvrir un style musical de l’époque baroque, bien méconnu : le Stylus Phantasticus (ou « style fantastique » pour les amateurs de simplicité). Il s’agit d’un style propre au baroque allemand, dont les expressions les plus « pures » sont réalisées à l’orgue. L’instigateur s’appelle Johann Jakob Froberger et son influence a été durable, puisque tous les grands compositeurs baroques allemands s’y sont essayés, à commencer par Pachelbel, Bach et bien sûr Buxtehude.

Le Stylus Phantasticus est tout simplement une des méthodes de composition les moins contraignantes qui soient. Ainsi, nul n’est besoin d’une ligne mélodique : le compositeur et l’organiste doivent simplement démontrer sur un clavier leur talent en tant que virtuoses de l’orgue et de l’improvisation. Dès lors, lorsque vous écoutez un morceau composé dans ce style, ne vous attendez pas à un développement mélodique structuré par des thèmes lapidaires.

Mais fort heureusement, comme les compositeurs baroques ne sont pas tombés comme aujourd’hui dans le délire de la musique non-harmonique, la musique reste très belle et s’écoute sans trop de problème. L’enjeu pour les compositeurs était de montrer le sens naturel de l’harmonie musicale chez l’être humain; bref nous sommes aux antipodes des aspirations atonales et déconstructionnistes au XXe siècle.

Ci-dessous, une passacaille en ré bémol écrite pour orgue, transposée pour deux clavecins.

Notons pour finir qu’un tel style peut sembler étranger chez Bach, connu pour son style de composition très rigoureux et réglé. En réalité, l’influence du stylus phantasticus s’est surtout ressentie dans ses jeunes années, quand il cherchait peu ou prou à ressembler au musicien le plus flamboyant de l’époque, un certain Buxtehude justement !

Johann Sebastian Bach – Passacaille et fugue en ut mineur (BWV 582)

Jean Sébastien BachPar Camille Steiblen – Audituri Te Salutant!

Un petit chef d’œuvre de Bach car il me semble que son génie nous manque un peu ces temps-ci, de même que l’orgue!

A l’origine, la passacaille est une danse espagnole populaire. Elle devint ensuite une danse de cour. Le tempo de base possède l’avantage d’être une forme assez libre et donc de laisser aux compositeurs de vastes possibilités, et surtout aux musiciens un champ d’improvisation! Cette Passacaille et fugue en ut mineur date de 1716-1717, c’est-à-dire la période pendant laquelle Bach séjournait à Weimar.

Elle a une dimension religieuse évidente, même si ce n’est pas une pièce d’Eglise: le chiffre « 3 » qui est pour Bach toujours lié à la Trinité, se trouve à la fois dans la mesure à trois temps, dans les trois bémols à la clé et dans les variations par série de trois!

Cette pièce fut composée pour être jouée par un orgue mais se prête très bien à l’orchestration! L’interprétation de l’organiste canadien Luc Beauséjour est très belle, et la vidéo permet d’admirer sa technique!