Alexandre Scriabine – Œuvres pour main gauche – Nocturne

Bandez-vous les yeux et écoutez ce morceau : que percevez-vous ? Certes, un morceau somme toute très fruste, dans lequel on entend très clairement une unique ligne mélodique mais on est convaincu que deux mains expertes ont été nécessaires pour le mener à bien. Eh bien non, ici seule la main gauche est à l’œuvre ! Impressionnant, n’est-ce pas ?

Outre Maurice Ravel, Alexandre Scriabine (dont l’Etude Pathétique vous a déjà été présentée) est un autre grand compositeur qui s’est essayé à composer pour main gauche uniquement. Jadis membre du corps des Cadets de l’Ecole militaire moscovite, Scriabine dut composer ce Nocturne à la demande d’un ancien camarade qui malheureusement perdit à la guerre 50% de sa qualité de pianiste. Qu’à cela ne tienne : à une main, l’on reste en mesure de faire résonner équitablement les différentes voix du piano. Et avec brio !

Par ailleurs, Scriabine était un grand admirateur de Chopin, le maître des fameuses Nocturnes : n’entendez-vous pas un tant soit peu le maître polonais réincarné dans le génie scriabinien ici ? Et le tout d’une seule main, siouplait !

André Grétry – Zémire et Azor – « Du moment qu’on aime… »

Aujourd’hui, honneur à la Belgique! Après Dussek, voici un autre compositeur qui fut très distingué de son vivant, mais qui sombra quelque peu dans l’oubli après sa mort. André Grétry, car tel est son nom, a en effet occupé des positions très hautes dans la hiérarchie musicale de son époque : directeur musical de la reine Marie-Antoinette, il ne fut même pas inquiété pendant la Révolution et reçut de surcroît la Légion d’Honneur des mains de Napoléon Bonaparte en 1802. Ses opéras-comiques étaient fort réputés et son autorité grandissante l’amena à tenir les plus hauts rangs du Conservatoire de musique en France. A Liège, d’où il est originaire, l’Académie de Musique porte son nom.

Hélas, en France, où il a fini ses jours – il est enterré au Père-Lachaise – son nom n’est qu’insuffisamment rutilant : la faute à son style, qui est demeuré très baroque, dans une époque où germaient déjà les doux murmures du cœur romantique qui feront les beaux jours de Chopin et de Liszt…

Mais c’est un grand plaisir, pour nous, de vous le faire découvrir en même temps que cet air extrêmement charmant. Zémire et Azor reprend les grandes lignes du conte de Mme Leprince de Beaumont, la Belle et la Bête. La jolie Zémire est contrainte d’épouser Azor, dont l’allure la révulse, mais l’amour triomphera lorsqu’Azor révèle sa belle âme intrinsèque qui éclipse sur le champ sa laideur extrinsèque. Dans cet air, Azor chante sa passion à sa dulcinée et lui promet sa dévotion. Il lui octroie l’assurance que l’amour tarira l’hubris en lui… « du moment qu’on aime » ! Oui, moi aussi j’aime les contes de fées.

Le ténor Roberto Alagna chante ici, accompagné de l’Orchestre de Paris. Admirez sa diction et la qualité de sa voix travaillée, qui donnent un relief inouï à cet air qui ne vous laissera pas indifférent.

Vous vous demandez où j’ai bien pu entendre cette petite merveille ? Dans un film québécois, intitulé l’Âge des Ténèbres, de Denys Arcand. Un très beau film qui vous aidera à exorciser les crises existentielles, si jamais vous êtes amené à en vivre.

Johannes Brahms – Concerto n°2 pour piano en Si b majeur – Allegro Appassionato

Dans l’histoire de la musique classique, on ne saurait vous dresser une liste de compositeurs « bourrins ». Je parle de ceux qui, lorsque joués en concert, vous donneraient envie de bondir de votre siège et de bouger frénétiquement dans tous les sens comme lors d’un concert de hard rock. Ceux qui réveilleraient en vous la bête impétueuse et débridée qui sommeille au plus profond.

Non, comme je le disais, une telle classification n’existe pas. Mais si un jour une telle liste est dressée – peut être par nous, qui sait ? – Johannes Brahms figurerait sans aucun doute en très bonne position. Mais oui, je sais qu’il y a le très doux et poétique Poco Allegretto de la 3e Symphonie. Mais oui, je sais qu’il y a les jolies et inoffensives Danses Hongroises. Mais il y a aussi le 2e concerto pour piano dont le second mouvement dévoile toute la poigne musicale brahmsienne.

Jugez plutôt : le premier thème démarre sur les chapeaux de roue sur une mélodie percutante, où le pianiste doit attaquer de toute sa puissance digitale le clavier. Puis, à 0:46, une mélodie plus lénifiante reprenant de manière plus douce le premier thème (même structure rythmique). A 1:55, l’impétuosité revient en trombe (en guise de reprise) mais la phrase initiale dévie sur un développement au piano, en decrescendo, avant qu’à 3:43, l’orchestre ne reprenne le flambeau. Le piano amorce une cadence puis repart de plus belle dès 4:00, montant en crescendo une progressive surenchère vers l’acmé du morceau, à 4:16, qui se finit en apothéose à 4:40. Les cors prennent le dessus un court instant, avant que le piano ne revienne furtivement à 5:10. A 5:40, une belle transition en guise d’interlude avant que le thème diabolique du début ne revienne, en tonalité en majeure, menant vers la seconde apothéose à 6:20. La structure restante demeure similaire, le morceau alternant des traits d’une extrême violence ponctués par des havres de paix musicale qui rétablissent l’équilibre de ce Tout.

Quoiqu’il en soit, ce morceau vous réveille, vous tonifie, vous aguerrit. Savourez ce moment, où Maurizio Pollini le délicat pianiste spécialiste de Chopin, Premier Prix du Concours de Varsovie en 1960, est réuni avec son compatriote Claudio Abbado, l’un des plus mémorables chefs d’orchestre ayant dirigé le Philarmonique de Berlin. Tous deux confrontés à la puissance de feu de Brahms, dont les orages musicaux rugissent dans toute leur témérité, forment un cocktail explosif qui vous met plein la vue !

C’est ici, et de loin, la meilleure version que je connaisse de ce morceau. Sur Youtube, vous trouverez d’autres versions de qualité assez inégale : celle de Barenboïm est intéressante même si je trouve qu’il exagère un peu le forte du thème principal. Mais quoiqu’il en soit, je vous encourage à écouter ces autres versions, puisque ce n’est qu’en diversifiant les interprétations que l’on peut appréhender un morceau dans toute sa richesse et sa subtilité!

Franz Schubert – Winterreise – Gute Nacht

Qu’est-ce que l’Hiver ? C’est une saison vigoureuse, déprimante, stérile, me répondriez-vous. Une définition satisfaisante mais l’hiver n’est certainement pas stérile. Au contraire, la langueur saisonnière qui touche le commun des mortels est une source vive d’inspiration. L’imagination se déploie, la sensibilité s’intensifie, à tel point qu’une œuvre inspirée des rigueurs hivernales aspire au chef d’œuvre. Schubert est là pour en témoigner.

Hélas, les préoccupations schubertiennes ne visent ni l’équinoxe du 21 décembre, ni les bonhommes de neige dans les rues de Vienne. Non, ce qui le travaille, c’est plutôt l’hiver de sa vie. En 1827, Schubert a 30 ans et reste relativement peu connu, constamment éclipsé par le maître Beethoven, à qui il voue une admiration sans bornes. Mais voilà, Ludwig van meurt et dans un élan de passion, c’est Schubert qui va reprendre le flambeau. Conscient que sa fin est proche – il mourra un an plus tard –  il se dévouera corps et âme à sa Muse. Pour produire les œuvres qui sont certainement les plus inspirées et les plus profondes de sa courte carrière.

Pendant cette période, il compose Die Winterreise – « Le Voyage d’Hiver » – comme pour signifier au monde qu’il entame sa dernière marche, vers sa mort inéluctable. Il s’agit d’un cycle de 24 lieder mettant en musique les textes de Wilhelm Müller – poète allemand dont il s’est déjà inspiré pour composer « La Belle Meunière » (Die Schöne Müllerin). Le morceau suivant est le lied introducteur, nommé « Gute Nacht » – « Bonne Nuit ». Le héros-poète anonyme dont il est question (cf. les paroles, plus bas) s’apprête à prendre la route en solitaire après avoir fui sa logeuse et sa fille. Errant sur les routes enneigées et dormant à la belle étoile, voici bel et bien un Rimbaud hanté par sa Bohême qui démarre un long voyage d’hiver.

Voici les paroles :

Fremd bin ich eingezogen,
fremd zieh’ich wieder aus.
Der Mai war mir gewogen
mit manchem Blumenstrauß.
Das Mädchen sprach von Liebe,
die Mutter gar von Eh’,
nun ist die Welt so trübe,
der Weg gehüllt in Schnee.

Ich kann zu meiner Reisen
nicht wählen mit der Zeit;
muß selbst den Weg mir weisen
in dieser Dunkelheit.
Es zieht ein Mondenschatten
als mein Gefährte mit,
und auf den weißen Matten
such’ich des Wildes Tritt.

Was soll ich länger weilen,
daß man mich trieb’hinaus?
Laß irre Hunde heulen
vor ihres Herren Haus!
Die Liebe liebt das Wandern
Gott hat sie so gemacht
von Einem zu dem Andern,
fein Liebchen, gute Nacht!

Will dich im Traum nicht stören,
wär’schad um deine Ruh’,
sollst meinen Tritt nicht hören
sacht,sacht die Türe zu!
Schreib’im Vorübergehen
ans Tor dir:gute Nacht,
damit du mögest sehen,
an dich hab’ich gedacht.

Traduction :

En étranger je suis venu,
en étranger m’en suis allé.
Le mois de mai fut accueillant
avec ses mille fleurs.
La jeune fille parlait d’amour,
sa mère de mariage.
À présent la nature est si désolée,
le sentier couvert de neige.

J’ai dû me mettre en route
sans choisir le moment,
et chercher mon chemin
tout seul dans l’obscurité.
Un rayon de lune
est mon seul compagnon,
et sur la blanche prairie
je suis la trace du gibier.

Pourquoi davantage m’attarder,
jusqu’à ce que l’on me chasse ?
Laissez les chiens hurler
devant la maison de leur maître ;
l’amour aime errer
Dieu l’a fait ainsi
d’un objet à l’autre.
Ma bien-aimée, bonne nuit !

Je ne veux pas troubler tes rêves,
ce serait dommage pour ton repos.
Tu n’entendras pas résonner mon pas,
doucement je ferme la porte !
Et j’écris en passant ta grille
un mot pour toi : Bonne nuit,
afin que tu puisses voir
que j’ai pensé à toi.

Le morceau est chanté par le regretté Dietrich Fischer-Diskau, qui décidément nous a légué un riche héritage que nous chérissons aujourd’hui au plus profond de nos cœurs. Gute Nacht, süßer Prinz.

Jan Ladislav Dussek – Concerto pour Harpe et orchestre en Mi # majeur – Rondo Allegro Molto

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui ont entendu parler de Jan Dussek, pianiste et compositeur d’origine tchèque né en 1760, mort en 1812 en France. Pourtant, cet individu a eu son heure de gloire très jeune, en composant une messe solennelle à ses treize ans, puis en donnant des concerts à Londres en même temps que le vénérable Haydn. A la charnière entre la période classique et romantique, son répertoire est aujourd’hui très peu programmé dans les salles de concert parisiennes, qui font en général la part belle aux œuvres romantiques.

C’est, je le pense, une injustice qu’il convient de réparer, car l’héritage de Dussek n’est pas à négliger. Non seulement ce fut un très grand pianiste, mais il est aussi à l’origine de la pratique très courante aujourd’hui qui est de positionner le piano latéralement face au public. Un peu comme ça :

C’est donc un peu grâce à lui que le pianiste peut aujourd’hui prétendre à être le clou du spectacle puisqu’il est dorénavant visible, et non plus caché par son imposant instrument comme auparavant…

De même, on lui doit aussi la généralisation de l’utilisation de la pédale au piano.

Petit rappel : généralement, il y a 3 pédales sous un piano. La plus à droite s’appelle la pédale forte qui donne un effet de résonance au son. Souvent, on la met le long d’une phrase musicale et on la change lorsque celle-ci se termine. Son utilisation est quasi incontournable lorsque l’on joue des pièces romantiques; en revanche, elle est déconseillée pour jouer du baroque (ce serait tuer l’esprit de Bach ! dirait-on). La plus à gauche est la pédale douce, ou una corda, qui atténue le son du piano. Enfin, celle du milieu est la sourdine (en général blocable) qui atténue très fortement le son de sorte que l’instrument ne produit plus qu’un son feutré. Son utilisation est déconseillée pour quiconque souhaite travailler le piano – car l’exigence n°1 du musicien, c’est l’écoute – mais elle peut s’avérer fort utile pour ne pas réveiller les voisins (j’en sais quelque chose !).

Enfin, pour couronner le tout, Dussek fut un très grand pianiste, l’un des meilleurs de son temps. Il a fortement inspiré Frédéric Chopin notamment en ce qui est de la composition. Hélas, j’imagine que c’est la rançon du succès pour de nombreux virtuoses : connaître une gloire de leur vivant, mais être enterré par la postérité et par les futures générations d’auditeurs.

L’extrait suivant n’est pas un morceau piano, mais un concerto avec un soliste bien inhabituel : la harpe, avec aux commandes Roberta Alessandrini. Le style, très aristocratique et propre, vous rappellera les concertos de Mozart – à ceci près que la harpe est beaucoup plus discrète que ne l’est un pianoforte. La tonalité majeure ne manquera pas de connaître des petites modulations en mode mineur : c’est ici la preuve du talent et de l’érudition dont les compositeurs, jadis, faisaient preuve. Hélas, notre époque en manque cruellement, et c’est bien malheureux.

Maurice Ravel – Ma Mère l’Oye – Laideronnette, Impératrice des Pagodes

Les adultes qui parviennent à comprendre l’enfance sont rares ; et ceux là, je les admire infiniment, car eux seuls sont gardiens d’un secret que j’aimerais tant un jour percer : le pouvoir de garder dans leur vie une proportion d’insouciance heureuse et de légèreté d’être, comme dans leur enfance, dans une vie d’adulte où les contraintes s’entassent comme la paperasse chez le greffier.

C’est pourquoi j’éprouve une affection toute particulière pour notre Ravel, père d’un célèbre recueil intitulé Les Contes de ma mère l’Oye. Ce cher Maurice, n’ayant jamais eu d’enfant, transposa probablement toute son affection sur cette musique imprégnée d’innocence que nous vous présentons aujourd’hui.

Ma Mère l’Oye – au passage, on a reconnu la référence à Perrault, autre emblème national – regroupe 4 contes : la Belle au bois dormant, le Petit Poucet, le Serpentin Vert, la Belle et la Bête ; chacun étant incarné par un morceau. Aujourd’hui, nous nous contenterons d’évoquer « Laideronnette, Impératrice des Pagodes », tiré du conte le Serpentin Vert, de la plume de la Comtesse d’Aulnoy. Une lecture préliminaire s’impose si ce conte vous est inconnu : http://lescontesdefees.free.fr/Contes/serpentinvert.htm

Vous remarquez dans ce morceau l’utilisation d’une tonalité toute particulière : en effet Ravel a utilisé une gamme pentatonique, i.e. une gamme divisée en 5 tons, dont la plus célèbre – et celle employée ici – est celle formée par les touches noires du piano !… Avouons-le, cela produit un effet particulièrement percutant puisqu’il se dégage une atmosphère dynamique, comique, qui rappelle les sonorités du folklore asiatique – à l’instar du xiju chinois ou du japonais. Rien d’étonnant, puisque les « pagodes » font partie de la tradition bouddhiste, très prégnante en Asie.

Rien d’étonnant non plus, donc, que ce morceau soit très populaire auprès du public chinois. Lors de la visite officielle de Hu Jintao à Washington en Janvier 2011, le fameux pianiste « fou » Lang Lang, convié pour l’occasion à la Maison-Blanche, a joué ce morceau dans sa version originale, à 4 mains, avec Herbie Hancock. Si vous désirez voir la performance de ce duo peu conventionnel (mais exceptionnel!), vous pouvez aller ici : http://www.youtube.com/watch?v=a51YSljGbvg

L’extrait suivant est une version orchestrale (adaptée, donc) avec Charles Dutoit à la baguette. Une version très intéressante qui explore des sonorités inattingibles au piano.

A l’avenir, nous vous ferons une présentation complète du recueil, car il en vaut bien la peine !

Astor Piazzolla – Histoire du Tango – Café 1930

Aussi étranger soyez vous de l’Argentine ou de l’Amérique latine toute entière, vous ne pouvez rester indifférent face à Astor Piazzolla, que nous vous avons déjà présenté. Le compositeur sud-américain fait actuellement l’objet d’une redécouverte en France, où il est souvent cité dans des festivals de musique moderne.

Piazzolla, c’est un son, c’est une atmosphère, c’est un exotisme. C’est l’incarnation d’une imagerie, celle d’une Argentine débridée, où l’on y danse le tango aux heures les plus impromptues. Mais aussi celle d’une Argentine en proie à un certain spleen quand bien même le rythme du flamboyant tango, éprouvé aux bras d’un beau cavalier (ou cavalière, tout dépend), vous fait oublier vos malheurs sur le coup de l’instant.

C’est ce délicieux croisement – un je-ne-sais-quoi aussi bien suave que mélancolique – qu’on retrouve dans l’extrait suivant, Café 1930. Dans ce morceau, c’est la langueur, la mélancolie, le mal de vivre qui se fait ressentir à travers les phrasés onctueusement travaillés. Les sursauts de tempo, les modulations qui parcourent ce morceau en renforcent la richesse et le thème principal fait ressortir une délicate sensualité.
Le recueil s’intitule l’Histoire du Tango, qui retrace l’évolution de la pratique de cette danse et les cadres dans lesquelles elle a habité : le bordel, le café et enfin le Nightclub…
Ces morceaux seront maintes fois repris et souvent transposés pour différentes combinaisons d’instruments, du très classique violon-piano au moins conventionnel piccolo-banjo.

J’ai choisi l’extrait suivant (un enregistrement sur la chaîne Mezzo, pour ceux qui ont le câble) parce que le morceau est exécuté par deux instruments classiques, comme dans l’esprit du blog. Je regrette qu’il manque l’introduction au piano, mais la qualité du son émanant du violon éclipse cette imperfection. Si vous cherchez plus original, je vous encourage à écouter l’enregistrement de Yo Yo Ma, qui est accompagné pour l’occasion d’un accordéon !

Ainsi va le tango, tel un leitmotiv dans l’histoire de ce grand pays d’Amérique…