Joseph Haydn – Symphonie n°6 « Le Matin » – 1er mouvement

Un peu de Haydn en ce jeudi soir…

Nous sommes en 1761 et Haydn vient de rejoindre la Cour du Prince hongrois Nikolaus Eszterhazy, et veut bien se faire voir de cette dernière éminence dans l’espoir de garder sa place un petit bout de temps. Au printemps de cette même année, il composa sa 6e symphonie dont il reprend des traits du concerto grosso, très en vogue depuis Vivaldi et Albinoni. Grâce à cette forme particulière, il a l’opportunité de faire jouer des solos de flûte et de cors, très rares à l’époque. Cela eut pour effet de plaire au Prince et de prolonger les séjours des musiciens de Haydn au sein de la Cour des Eszterhazy…

Les Symphonies 6, 7 et 8 ayant toutes été composées en hommage au concerto grosso, et comme en ce premier mouvement de la 6e Symphonie le début (un exemple de canon) sonne comme un magnifique lever de soleil, le surnom de ces morceaux fut tout trouvé : à la Symphonie 6 le « matin », la 7 le « midi » et la 8 le « soir ».

Donc, pour vous mettre plus dans l’ambiance, voilà un morceau à écouter demain au réveil ;)

Niccolo Paganini – Variations sur « God save the King »

De la virtuosité ce soir, avec Paganini qui nous a déjà donné à voir de toutes les couleurs avec ce magnifique instrument qu’est le violon ! Voilà de quoi vous convaincre davantage du génie de Paganini – ou de son sadisme envers tous les violonistes du monde, cela dépend de comment on le voit ;)

Pour son 9e opus, voilà que le grand maître nous livre de très belles variations sur l’hymne national du Royaume-Uni, « God save the King » (à l’époque le souverain était le Roi George III), très difficiles à exécuter… Mais qui fait diablement bien son effet lors d’un rappel comme ci-dessous, avec le violoniste Ning Feng !

Bonne écoute et surtout bon courage pour tous ceux qui auront l’ambition de le tenter un jour !

Alessandro Marcello – Concerto pour hautbois en Ré Mineur op.1

Le répertoire du hautbois comprend un très beau concerto, né de la plume d’Alessandro Marcello, compositeur vénitien de la période baroque, qui eut aussi les casquettes de poète, philosophe et mathématicien.

Ecrit au début du XVIIIe siècle, il s’agit de l’oeuvre la plus célèbre de ce compositeur dont on entend assez peur parler de nos jours; et encore, la notoriété de ce morceau n’est pas étrangère à la transcription qu’en a faite Bach pour le clavecin (BWV 974). Le style-même du concerto emprunte beaucoup au style baroque italien, fait d’ornements qui accompagnent la ligne mélodique, et qui donne un résultat moins épuré que pour les oeuvres du baroque allemand.

Ce concerto a été souvent attribué, par erreur, à Vivaldi mais il n’en est rien : rendons donc à César ce qui est à César :)

Ci-dessous, le concerto entier, qui dure une petite dizaine de minutes. Pour vous aider, les trois mouvements sont :

I. Andante e spiccato, 00:00

II. Adagio, 03:32

III. Presto, 07:09

En espérant que ce morceau puisse vous convaincre que le hautbois, malgré sa sonorité qui peut parfois prêter à sourire, n’en est pas moins un très bel instrument ! Vous pouvez aussi réécouter le concerto pour hautbois de Lebrun, via ce lien, pour pouvoir comparer les deux.

Francis Poulenc – Les chemins de l’amour

En attendant le retour des hors-jeu à partir de la semaine prochaine, voici de quoi détendre votre vendredi soir et votre week-end : une chanson de Francis Poulenc, grand compositeur français de la période moderne, dont ce blog vous a parlé à plusieurs reprises déjà.

L’héritage chansonnier de Poulenc est considérable et touche à tous les registres : le compositeur excelle aussi bien dans les chansons religieuses que celles dans une veine plus populaire. Cette chanson, « Les chemins de l’amour », illustre quant à elle la seconde catégorie. Composée sur un texte d’Anouilh (pour la pièce Léocadia) la mélodie de ce morceau rappelle en effet l’atmosphère du cabaret, avec un art de la voix typiquement français. Le genre fit florès au début du XXe siècle à tel point qu’une telle chanson n’est associée à rien sinon à la Belle Epoque.

Poulenc dédia cette chanson à Yvonne Printemps, diva d’opérette, dont vous entendez la voix dans la vidéo ci-dessous.

Quand on voit que Poulenc s’acquitte merveilleusement bien de la tâche d’écrire de la musique sérieuse, spirituelle et solennelle (voir les Litanies à la Vierge Noire), cela crée un contraste avec ce qu’on peut entendre ci-dessous, qui se morfond bien avec l’ambiance populaire. Poulenc a décidément bien mérité son surnom, « le moine et le voyou » : vivant certes avec son éducation judéo-chrétienne mais faisant preuve d’une incroyable sensibilité !

Arcangelo Corelli – Sarabande

Pour nous excuser de cet article publié à une heure aussi tardive, nous vous proposons un joli morceau signé de la main d’Arcangelo Corelli, grand violoniste et chef d’orchestre de l’époque baroque.

Nous vous avons évoqué son nom au détour de quelques articles mais ne lui avons de fait pas consacré d’article… Une belle injustice au vu du prestige dont jouissait Corelli de son vivant. Protégé de la reine Christine de Suède, membre éminent de l’Académie d’Arcadie, on lui doit notamment la diffusion de styles nouveaux comme le concerto grosso ou encore la forme sonate, ainsi que la paternité de la technique moderne du violon.

Sa renommée transcendait les frontières : Bach et Couperin l’admiraient, tandis que Muffat et Haendel lui rendirent visite lors de leur passage en Italie. On parlait de lui comme le pendant italien d’un Lully en France. Le nom de Corelli figure encore aujourd’hui comme l’un des piliers du baroque italien, caractérisé par un art de la composition employant un grand nombre d’ornementations.

Allez, il se fait tard, mais pas assez pour perdre six minutes à écouter cette magnifique petite Sarabande, écrite pour orchestre de chambre à cordes. Elle vous changera de celle de Haendel ;)

Georges Enesco – Légende

Il serait grand temps de vous parler de Georges Enesco (dit aussi George Enescu, en roumain), un important compositeur de la période moderne.

Né en Moldavie roumaine en 1881, Enesco fut un personnage éminent du paysage musical parisien à la Belle Epoque. Elève du Conservatoire de Paris, il eut pour professeurs Jules Massenet et Gabriel Fauré, qui l’initièrent à la composition. Enesco se singularisa par ses rôles très polyvalents : violoniste virtuose (il apprit à en jouer dès ses 4 ans, avec un violoniste tzigane) il fut également chef d’orchestre, pianiste et pédagogue. Nombre sont les prodiges – Yehudi Menuhin, pour ne citer que lui – dont il a été la figure inspiratrice, voire le père spirituel.

Le style musical d’Enesco est particulièrement original et précurseur. Fort de ses origines il contribua avec sa musique à réhabiliter la musique roumaine, tout en y apportant un certain relief grâce à ses connaissances musicologiques issues des traditions françaises et germaniques. Bien que très exigeant, il considérait que sa musique devait « [faire] vibrer soi-même et faire vibrer les autres », d’où un ton sensible et très personnel dans chacune de ses compositions. Il publia 33 opus de son vivant, mais laissa un nombre conséquent de transcriptions, pièces inachevées… et légua surtout une oeuvre faisant honneur au patrimoine musical roumain.

Ci-dessous, une pièce de musique de chambre pour trompette et piano, intitulée « Légende ». Un morceau qui reflète très bien la modernité du compositeur : la réhabilitation d’un instrument peu utilisé en musique de chambre (la trompette), le style impressionniste cher à Fauré, l’extension de la tessiture (La bémol jusqu’à un Do, deux octaves plus loin)… La trompette produit un son puissant et chaleureux, qui reflète à la fois l’idée de la gloire – comme l’entend le titre du morceau – et aussi l’affection qu’Enesco portait pour son professeur Merri Franquin, trompettiste de renom.

Alexandre Scriabine – Prélude Op.11 n°8

Morceau plus détente, ce soir, avec Scriabine que nous retrouvons le temps d’un prélude, qui figure parmi ses compositions de jeunesse (il n’avait pas vingt ans quand il commença à écrire cet opus).

Un grand admirateur de Chopin, Scriabine a repris le modèle de composition de celui-ci, en écrivant lui aussi des Préludes et des Etudes, suivant le schéma tonal traditionnel de l’alternance entre tons majeurs et leurs relatifs en mineur, en commençant par le Do majeur. Ce prélude n°8 est donc, suivant cette suite, en Fa # mineur, qui est une tonalité fort plaisante pour un compositeur romantique, passé maître dans la composition en mode mineur…

Le morceau en lui-même est calme, savamment modulé et dégage un climat de langueur, voire un certain sentiment de malaise, mais cela n’enlève rien à sa beauté, vous en conviendrez…