Fritz Kreisler – Alt-Wiener Tanzweisen – Liebesleid

Et une petite friandise pour terminer la semaine en beauté ! Faites connaissance avec Fritz Kreisler, compositeur autrichien décédé il y a maintenant 50 ans. Il connut de son vivant une très belle carrière de violoniste virtuose, légitimée par un parcours musical impressionnant : enfant prodige, il fut admis au conservatoire de Vienne à 7 ans et en sortit diplômé à 10, avant d’enchaîner les tournées en Europe et aux Etats-Unis, si bien qu’à une trentaine d’années à peine, sa réputation était déjà faite dans les milieux les plus élitistes de la musique. Sir Edward Elgar en personne lui dédia son Concerto pour violon, que Kreisler créa en 1910 avec le London Symphony Orchestra.

En tant que compositeur, Kreisler se singularisa surtout comme un grand spécialiste des pastiches. Ainsi, son penchant naturel pour le style romantique ne l’a pas empêché de reproduire de manière très crédible le style de Vivaldi ou de Gaetano Pugnani dans des oeuvres composées pour formations de chambre.

Mais, puisque nous n’en sommes qu’à notre premier article sur lui, autant vous présenter ce que Kreisler a fait de plus connu : les Mélodies viennoises de l’ancien temps (traduction littérale de Alt-Wiener Tanzweisen), qui regroupent des pastiches de valses à la viennoise. « Liebesleid » (« Douleur de l’Amour ») véhicule dans sa tonalité en La mineur une douce langueur qui traduit le chagrin dolent que tous les amoureux de la Terre ont dû un jour ou l’autre ressentir face à l’absence de l’être aimé. D’une fluidité sans égale, ce morceau éveille néanmoins un certain plaisir en vous, notamment vers la fin où la tonalité majeure conclusive annonce une joie certaine au terme d’une longue souffrance.

Ci-dessous, une version de Kreisler lui-même, qui adorait jouer ce morceau en concert lors des rappels, au plus grand plaisir des spectateurs. Notez que contrairement à d’autres virtuoses comme Jascha Heifetz, Kreisler dans ses interprétations s’impliquait beaucoup d’un point de vue émotionnel. Voilà de quoi réjouir nos lecteurs au caractère fleur bleue :)

Robert Schumann – Le Carnaval de Vienne op. 26 – Intermezzo

Ce lundi, mettons un masque avec Schumann, qui s’est bien inspiré de l’art du déguisement pour écrire deux opus entiers (9 et 26) sur la fête du Carnaval. L’opus 9 nous situe à Venise tandis que l’opus 26 nous emmène à Vienne, terre d’élection des plus grands compositeurs romantiques, où Schumann vécut en 1839. C’est sur ce Carnaval de Vienne (Fasching en allemand) que nous nous attarderons aujourd’hui, mais l’on vous promet que vous entendrez bientôt parler de l’opus sur le Carnaval de Venise ;-)

Le morceau d’aujourd’hui est donc l’Intermezzo du Carnaval de Vienne (Faschingsschwank aus Wien) et c’est certainement le morceau que le plus contre-intuitif de la série, composée de 5 pièces (Allegro – Romance – Scherzino – Intermezzo – Finale) : en effet, la teneur de cet Intermezzo est très mélancolique dans un contexte pourtant plus propice à l’allégresse et aux festivités joyeuses. Il n’empêche que c’est aussi, selon moi, la pièce la plus érudite et la plus efficace sur un plan mélodique, en ce que Schumann s’amuse sur les transpositions – i.e. la même mélodie jouée dans plusieurs tonalités différentes – pour meubler le morceau dont l’empreinte émotionnelle n’est pas en reste.

Nous vous avouerons aussi que la difficulté technique de cet Intermezzo est plutôt marquée : la main droite doit en effet faire résonner la mélodie lapidaire tout en devant jouer l’accompagnement, qu’on ne doit préférablement pas entendre plus que la mélodie, bien sûr!

Votre interprète ce soir s’appelle Arturo Benedetti Michelangeli, pianiste virtuose italien, considéré comme l’un des meilleurs du XXe siècle. Il fut entre autres le professeur de Martha Argerich et de Maurizio Pollini; bref que du beau monde, quoi !

En toute franchise j’ai hésité entre plusieurs versions, que je trouve vraiment bonnes : sur Youtube vous pourrez trouver celles de Alicia de Larrocha et de Sviatoslav Richter, qui ont des approches plutôt différentes du morceau mais la ferveur romantique ne manque à l’appel chez aucun des deux!