Richard Strauss – Une vie de héros (1/4)

Richard Strauss

On connaît Richard Strauss pour son fameux Zarathoustra, un poème symphonique dont la célébrissime introduction est aujourd’hui surexploitée (bandes sonores de films et autres clips de campagne BDE…). Cela est fort dommage : si Zarathoustra est bien une oeuvre gigantesque, elle ne doit point éluder les autres poèmes musicaux tout aussi passionnants nés de la plume inspirée de Strauss. « Une Vie de Héros » (Ein Heldenleben, auf Deutsch), par exemple, ne devrait pas échapper à votre culture musicale, bien que celle-ci soit déjà bien fournie, nous n’en doutons pas ;-) .

« Une Vie de Héros » a été achevé en 1898 et est le premier poème de Strauss qui ne soit pas inspiré d’une oeuvre littéraire (exemples : Zarathoustra, Don Quichotte, Macbeth etc.), même si sa trame peut faire penser aux étapes narratives du grand roman de Cervantès. Le poème, dont l’exécution est quasi-ininterrompue sur plus de 40 minutes, se décompose officieusement en plusieurs sections qui dépeignent chacune dans son style une étape de la vie du héros. Le sujet n’étant pas le chevalier de la Mancha, le « héros » ici est en réalité une personnification du compositeur lui-même, qui s’érige en véritable Surhomme effarouché bravant les dangers et les péripéties d’une vie authentiquement épique. Dans l’esprit de Strauss, il s’agissait de mettre en musique son combat ininterrompu et éreintant contre ses détracteurs, une funeste cabale qui donnait bien du fil à retordre à sa prometteuse carrière… mais je suis sûr que chacun de nous se reconnaîtra dans cette « vie de héros », tant nous aussi, nous avons nos némésis, nos compagnons de route et notre oeuvre personnelle vers la grandeur et la paix universelle !

Pour ne pas occuper toute votre soirée avec ce morceau, nous vous proposons d’écouter seulement les deux premières « étapes » de cette vie héroïque décidément bien remplie :

- Le Héros (Der Held) : présentation du personnage éponyme, annoncé par un thème brillant joué à l’unisson par les cors et les violoncelles, qui passent ensuite le relais aux vents et aux cordes aiguës qui, à leur tour, produisent un motif de contraste lyrique. La trompette vient compléter l’ambiance de fanfare qui accompagne le héros. La section s’achève sur un grand silence – la seule interruption que la pièce comptera.

- Les adversaires du Héros (Des Helden Widersacher) : une section moins énergique et ainsi moins charmante, mais c’est l’effet recherché puisqu’il s’agit de dégager musicalement la perfidie des adversaires qui osent barrer la route des louables desseins de notre personnage – mais après tout, un héros serait-il ce qu’il est sans ennemis? Les bois et les cuivres font l’essentiel du travail ici. À noter le leitmotiv très court (quatre notes) très célèbre joué aux tubas, censé évoquer un redoutable critique viennois de l’époque, Eduard Hanslick.

A la fin de la vidéo, un violon commencera son solo mais il est préférable d’en rester là : l’oeuvre est certes prenante mais comme je l’ai dit, loin de nous l’idée de vous faire rester toute une soirée devant votre écran ^^ A très bientôt pour la suite des aventures, que nous vous assurons trépidantes : il faut dire qu’avec un chef de l’envergure de Mariss Jansons, vous ne risquez pas de vous ennuyer un seul instant !