Richard Wagner – L’Or du Rhin – Scène 1

Richard WagnerAttention, monument de la musique classique! L’or du Rhin est le premier des quatre opéras qui composent la « tétralogie » de Wagner, réunis sous le nom de « Der Ring des Nibelungen » (l’anneau du Nibelung), grande fresque inspirée de la mythologie germanique et nordique. Le premier opéra, L’or du Rhin, est en réalité plus un prologue aux trois opéras suivants, qui sont La Walkrie, Siegfried, et le Crépuscule des Dieux.

Voici donc la première scène de L’Or du Rhin… Montez le son pour apprécier la beauté de l’ouverture, qui commence très doucement, comme si la nature s’éveillait, pour ensuite laisser libre cours aux rutilants flots du Rhin! On entend juste après les trois filles du Rhin se divertir dans l’eau, avant qu’elles ne soient dérangées par un nain peu attirant qui tente de les séduire ; l’arrivée de ce nain correspond à celle d’une musique peu agréable, à son image… Le nain tente donc de faire céder ces belles, qui ne font que se moquer de lui, ce qui a tendance à l’énerver… Soudain, on voit scintiller l’or au fond du Rhin (13:57)… Cela interloque le nain, qui se demande ce que c’est. Les trois soeurs lui expliquent donc qu’il s’agit de l’or du Rhin, et que celui qui parviendra à forger un anneau avec détiendra un immense pouvoir…. à condition de renoncer à tout amour! Elles pensent ne pas risquer grand chose en lui dévoilant ce secret, puisque le nain est manifestement un « love addict », lui qui les pourchasse depuis un moment… Sauf qu’il ne s’agit pas tant d’amour que de désir sexuel… Le nain, tenant sa vengeance, renonce à l’amour (21:10), dérobe l’or, et s’enfuit, laissant les trois soeurs à leur désarroi…

Je vous laisse en la compagnie du Berliner Philarmoniker, dirigé par Georg Solti!

Richard Wagner – Le Crépuscule des Dieux – Marche funèbre de Siegfried

Nous vous l’avions annoncé, 2013 sera une année très wagnérienne. Car non seulement célébrerons-nous le bicentenaire de sa naissance en mai prochain, mais – comme le maître de Bayreuth a eu la bonne idée de mourir exactement 70 ans après sa naissance – nous devons également commémorer les 130 ans de sa mort, survenue le 13 février 1883. Deux anniversaires, donc, dont le moins joyeux survient aujourd’hui… L’occasion de publier un des morceaux les plus célèbres du Ring des Nibelungen, une Marche funèbre qui fait partie des incontournables de l’éternelle Tétralogie.

Cette Marche Funèbre est celle de Siegfried, héros central de la mythologie germanique repris par Wagner comme pour signifier la renaissance de l’Esprit et de l’Identité allemands. L’histoire de Siegfried accapare les deux dernières parties du Ring, dont nous vous recommandons la lecture de l’argument sur le site de l’Opéra de Paris (rubrique « Légendes du Nibelung »). Cette marche constitue un interlude instrumental, qui survient immédiatement après la trahison du Hagen, qui sous les ordres d’une Brünnhilde (la Valkyrie) au désespoir, poignarda Siegfried dans le dos – son seul point vulnérable. Le héros mort, la procession funèbre n’est que plus grandiose : le son des timbales crée un fond sonore d’une solennité imparable, mimant un cortège morne, portant le deuil du vainqueur du terrible Fafner.

En plus d’être un morceau fabuleux, susceptible de vous donner la chair de poule, cette Marche Funèbre recèle d’un schéma narratif truculent, qui vous démontre l’habileté de Wagner à manipuler les leitmotivs - ces petites phrases musicales employées tout du long de l’Opéra qui identifient un concept, un personnage… Le thème obscur, montant, joué aux cuivres (00:20) est récurrent dans la Tétralogie et évoque la mort, le glas, parfaitement adapté à de telles circonstances. A 2:47, une échappée plus grandiose, lumineuse, contraste avec la noirceur des premières minutes, comme pour signifier que les héros ne meurent jamais, que leur grandeur est à jamais laissée en héritage au monde. Un dialogue très intéressant s’instaure avec les cordes, qui reprennent en choeur le thème du glas – une dualité qui renvoie à la destinée humaine domptée un temps par la fatalité, mais finalement triomphante (5:00). A 5:15, un leitmotiv très célèbre, celui d’un Siegfried maître de sa volonté de puissance, accompagne les entonnements majestueux des cuivres. Comme toujours, avec Wagner, apprêtez-vous à être bluffés par son génie inégalé de l’orchestration…