Hector Berlioz – Symphonie Fantastique – Songe d’une nuit de Sabbat

Il est une mode qui veut que le 31 octobre au soir, on s’amuse à se faire peur et à se gaver de bonbons gentiment rackettés chez les honnêtes gens. Nous nous proposons de suivre la tendance en vous offrant une friandise susceptible de vous donner des sueurs froides. Et par la même de vous faire découvrir l’une des pièces les plus géniales de Berlioz.

Cette pièce, c’est le cinquième mouvement de la Symphonie Fantastique, dont le Second Mouvement (« Un Bal ») et le Quatrième (« Marche au Supplice ») vous ont déjà été présentés. Il fait suite à la Marche au Supplice où, souvenez-vous, le héros romantique tourmenté par la femme qu’il aime, rêve qu’il la tue et est conduit à l’échafaud. Dans ce morceau, l’onirique défunt rêve d’une nuit de Sabbat – comprenez la nuit où ses réunissent les sorcières et autres créatures maléfiques montées ou non sur un balai volant. On y célèbre sa mort, dans une atmosphère lugubre mais aussi dans un tourbillon orgiaque de sons, de thèmes, tout droit sortis de l’imagination de Berlioz. Ce morceau est tellement complet que je ne peux que vous encourager à aller lire une analyse exhaustive, si vous en avez le courage et le temps.

En attendant, si vous l’écoutez pour la première fois, voici quelques pistes qui vous permettront de saisir la profondeur de ce mouvement et surtout de ressentir un peu la chair de poule en cette soirée ! Ecoutez donc à partir de 0:30 : n’y entendez-vous pas un ricanement un peu glauque accueillant le héros dans sa descente aux enfers?

A 1:35, la mélodie doit vous dire quelque chose… Oui, c’est bien le thème de l’idée fixe que vous avez entendu dans « Un Bal », ce leitmotiv qui symbolisait l’arrivée de la personne aimée, valsant gracieusement sous le regard admiratif du héros tombé sous le charme. Mais ici, plus aucune grâce : la figure idéalisée l’accueille en haillons, sa beauté persiste mais l’élégance n’y est plus. Comme si tout le raffinement du monde plongeait dans ce chaos bestial éclairé par les flammes infernales.

Enfin, et pas des moindres, à 2:50, on entend sonner le glas, suivi de très près à 3:15 par un thème joué au tuba, qui n’est autre qu’une parodie de Dies Irae. N’est-ce pas sinistre? Je trouve personnellement ce passage accompagné par les cordes particulièrement efficace et entraînant sur le plan mélodique. D’ailleurs, les amateurs de Stanley Kubrick, grand cinéaste qui a beaucoup utilisé la musique classique dans ses films, reconnaîtront le thème du début de Shining. Pour ceux qui ont vu ce dernier, avouez que la séquence d’introduction suscitait déjà quelques frissons, annonçant que quelque chose allait clocher bien avant que l’intrigue ne commence !

N’attendez donc plus pour écouter cette fabuleuse version avec Leonard Bernstein à la baguette…

Hector Berlioz – Symphonie fantastique – Marche au supplice

Hector BerliozRetour sur une oeuvre que nous vous avions déjà présentée: la symphonie fantastique de Berlioz. Alors, nous évoquions le deuxième mouvement, intitulé Un Bal, où le compositeur se rêvait dansant avec la femme aimée…  Dans la marche au supplice, il a tué celle-ci par passion, est condamné à mort, et est conduit à l’échafaud… La pression monte, tandis que le condamné ne pense qu’à une chose,  la femme qu’il aime… Au dernier moment, à 4:20, il la voit, l’accueillant dans la mort… Et le  couperet tombe brutalement, laissant place aux acclamations de la foule…

Leonard Bernstein est ici à la direction.

Hector Berlioz – Symphonie fantastique – Un bal

Pour commencer la semaine, écoutons aujourd’hui le troisième mouvement de la Symphonie fantastique de Hector Berlioz (1803-1869), mouvement intitulé Un bal . Cette oeuvre monumentale a été écrite en seulement deux mois (février-mars 1830) par un Berlioz en proie à la passion qu’avait provoquée chez lui la belle Harriet Smithson, actrice anglaise qu’il avait vue jouer lors d’une représentation du Hamlet de Shakespeare en 1828. Celle-ci, qui faisait la sourde oreille à ses lettres d’amour récurrentes (envoyées pendant 5 ans!), fut finalement séduite à la suite d’une représentation – mise en place pour elle – de la Symphonie fantastique en 1832. « Berlioz, à la chevelure ébouriffée, jouait les timbales tout en regardant l’actrice d’un visage obsédé et chaque fois que leurs yeux se rencontraient, il frappait encore d’une plus grande vigueur. » (Heinrich Heine). Ils se marièrent finalement en 1833, mariage qui fut un échec et s’acheva sept ans plus tard. Berlioz soutint cependant Harriet jusqu’à la fin de sa vie.

Cette musique romantique raconte vraiment une histoire: on imagine l’artiste arriver dans la salle du bal, dans laquelle résonne une valse (à partir de 0:40). Soudain entre la femme aimée (air plus doux, vers 2:05); tous les regards se jettent sur elle,  l’artiste est hypnotisé. La valse reprend (3:08), la femme aimée danse devant l’assistance…  L’artiste se prend à rêver d’amour avec elle (4:17 à 4:32)… Soudain, la musique se ranime, l’artiste sort de sa rêverie, la cherche des yeux… elle a disparu! Il ne reste plus à celui-ci que le souvenir de cette femme (reprise du thème doux à partir de 5:14)… La valse se termine finalement, laissant l’artiste seul à son désespoir.

Le troisième mouvement de cette Symphonie fantastique est ici interprété par le West Estern Divan Orchestra, sous la direction de Daniel Barenboim, grand pianiste et chef d’orchestre. Barenboim est un fervent militant de la paix au Proche-Orient, et le West Easter Divan Orchestra, orchestre israëlo-arabe, est une belle illustration de son engagement.