Alexandre Scriabine – Prélude Op.11 n°8

Morceau plus détente, ce soir, avec Scriabine que nous retrouvons le temps d’un prélude, qui figure parmi ses compositions de jeunesse (il n’avait pas vingt ans quand il commença à écrire cet opus).

Un grand admirateur de Chopin, Scriabine a repris le modèle de composition de celui-ci, en écrivant lui aussi des Préludes et des Etudes, suivant le schéma tonal traditionnel de l’alternance entre tons majeurs et leurs relatifs en mineur, en commençant par le Do majeur. Ce prélude n°8 est donc, suivant cette suite, en Fa # mineur, qui est une tonalité fort plaisante pour un compositeur romantique, passé maître dans la composition en mode mineur…

Le morceau en lui-même est calme, savamment modulé et dégage un climat de langueur, voire un certain sentiment de malaise, mais cela n’enlève rien à sa beauté, vous en conviendrez…

Alexandre Scriabine – Œuvres pour main gauche – Nocturne

Bandez-vous les yeux et écoutez ce morceau : que percevez-vous ? Certes, un morceau somme toute très fruste, dans lequel on entend très clairement une unique ligne mélodique mais on est convaincu que deux mains expertes ont été nécessaires pour le mener à bien. Eh bien non, ici seule la main gauche est à l’œuvre ! Impressionnant, n’est-ce pas ?

Outre Maurice Ravel, Alexandre Scriabine (dont l’Etude Pathétique vous a déjà été présentée) est un autre grand compositeur qui s’est essayé à composer pour main gauche uniquement. Jadis membre du corps des Cadets de l’Ecole militaire moscovite, Scriabine dut composer ce Nocturne à la demande d’un ancien camarade qui malheureusement perdit à la guerre 50% de sa qualité de pianiste. Qu’à cela ne tienne : à une main, l’on reste en mesure de faire résonner équitablement les différentes voix du piano. Et avec brio !

Par ailleurs, Scriabine était un grand admirateur de Chopin, le maître des fameuses Nocturnes : n’entendez-vous pas un tant soit peu le maître polonais réincarné dans le génie scriabinien ici ? Et le tout d’une seule main, siouplait !

Alexandre Scriabine – Etude Op.8 N°12

Alexandre Scriabine (1872-1915) était un pianiste et compositeur russe. Connu pour avoir toujours eu des idées philosophiques idéalistes, il s’est notamment beaucoup intéressé à la théosophie – le fait de considérer que toutes les religions ont en commun de rechercher le Divin, et qu’en ce sens, elles détiennent chacune une part de vérité.

Scriabine s’est aussi penché sur le concept de synesthésie (association de différents sens), et essaya ainsi d’associer à chacune des notes de musique une couleur précise – voici le résultat:

Les notes en couleur vues par Scriabine Les couleurs associées aux notes par Scriabine

Mais laissons place à la musique, et écoutons l’étude dite « pathétique » de Scriabine, la plus connue de ses études, interprétée par le grand Vladimir Horowitz, qui a connu Scriabine lorsqu’il était jeune. Cette étude est en ré dièse mineur, et aurait donc, si l’on en croit le compositeur, une couleur « éclat d’acier »…