Maurice Ravel – Pavane pour une Infante Défunte

Voilà un classique de Ravel dont il serait difficile de passer à côté : la Pavane pour une Infante Défunte. Il s’agit d’un hommage rendu par le compositeur à une célèbre danse lente, la Pavane, pratiquée à la Cour d’Espagne depuis le XIVe siècle. Une danse qui l’a visiblement marqué : le morceau introduisant Les Contes de Ma Mère l’Oye s’intitule à cet égard « Pavane de la Belle au Bois Dormant ».

Pour sa mélodie belle et langoureuse, ce morceau s’écoute, se réécoute et se retient sans difficulté. Composé pour piano à l’origine (en 1899), le morceau fut orchestré une décennie plus tard, Ravel voulant faire ressortir toute la solennité, tout le côté cérémonieux sous-jacent à cette danse. Malgré tout, le compositeur se montra fort insatisfait de son œuvre, la jugeant trop immature et trop inspirée d’España de Chabrier (vous trouvez, vous ?).

C’est une version orchestrale que nous vous offrons ce soir, conduite par Seiji Ozawa.

Notez bien que « l’Infante Défunte » ne fait référence à aucune princesse ayant succombé à la Faucheuse – Ravel voulait simplement donner un titre comportant une allitération… Et poète avec ça !

Maurice Ravel – Ma Mère l’Oye – Laideronnette, Impératrice des Pagodes

Les adultes qui parviennent à comprendre l’enfance sont rares ; et ceux là, je les admire infiniment, car eux seuls sont gardiens d’un secret que j’aimerais tant un jour percer : le pouvoir de garder dans leur vie une proportion d’insouciance heureuse et de légèreté d’être, comme dans leur enfance, dans une vie d’adulte où les contraintes s’entassent comme la paperasse chez le greffier.

C’est pourquoi j’éprouve une affection toute particulière pour notre Ravel, père d’un célèbre recueil intitulé Les Contes de ma mère l’Oye. Ce cher Maurice, n’ayant jamais eu d’enfant, transposa probablement toute son affection sur cette musique imprégnée d’innocence que nous vous présentons aujourd’hui.

Ma Mère l’Oye – au passage, on a reconnu la référence à Perrault, autre emblème national – regroupe 4 contes : la Belle au bois dormant, le Petit Poucet, le Serpentin Vert, la Belle et la Bête ; chacun étant incarné par un morceau. Aujourd’hui, nous nous contenterons d’évoquer « Laideronnette, Impératrice des Pagodes », tiré du conte le Serpentin Vert, de la plume de la Comtesse d’Aulnoy. Une lecture préliminaire s’impose si ce conte vous est inconnu : http://lescontesdefees.free.fr/Contes/serpentinvert.htm

Vous remarquez dans ce morceau l’utilisation d’une tonalité toute particulière : en effet Ravel a utilisé une gamme pentatonique, i.e. une gamme divisée en 5 tons, dont la plus célèbre – et celle employée ici – est celle formée par les touches noires du piano !… Avouons-le, cela produit un effet particulièrement percutant puisqu’il se dégage une atmosphère dynamique, comique, qui rappelle les sonorités du folklore asiatique – à l’instar du xiju chinois ou du japonais. Rien d’étonnant, puisque les « pagodes » font partie de la tradition bouddhiste, très prégnante en Asie.

Rien d’étonnant non plus, donc, que ce morceau soit très populaire auprès du public chinois. Lors de la visite officielle de Hu Jintao à Washington en Janvier 2011, le fameux pianiste « fou » Lang Lang, convié pour l’occasion à la Maison-Blanche, a joué ce morceau dans sa version originale, à 4 mains, avec Herbie Hancock. Si vous désirez voir la performance de ce duo peu conventionnel (mais exceptionnel!), vous pouvez aller ici : http://www.youtube.com/watch?v=a51YSljGbvg

L’extrait suivant est une version orchestrale (adaptée, donc) avec Charles Dutoit à la baguette. Une version très intéressante qui explore des sonorités inattingibles au piano.

A l’avenir, nous vous ferons une présentation complète du recueil, car il en vaut bien la peine !

Maurice Ravel – Jeux d’eau

Maurice RavelSur le manuscrit de ce morceau, Ravel avait écrit « Dieu fluvial riant de l’eau qui le chatouille »… Jeux d’eau est une pièce que l’on pourrait qualifier de relativement liquide: jamais de pause, elle coule de manière fluide et continue… Et comme l’eau, elle est changeante, parfois cristalline, parfois sombre…

C’est la célèbre pianiste Martha Argerich qui interprète ici ces jeux d’eau.

Maurice Ravel – Le Boléro

Boléro de Maurice Ravel

« Mon chef-d’œuvre ? Le Boléro, voyons ! Malheureusement, il est vide de musique. »

Ravel lui-même exprimait ainsi le paradoxe de ce qui reste son oeuvre la plus connue (bien que nous ayons commencé par vous en présenter d’autres, telles que le Concerto pour la main gauche, Daphnis et Chloé, Miroirs et le Concerto pour Piano en Sol).

Ida RubinsteinRavel a créé cette musique pour ballet en 1928, à la demande de son amie et mécène la danseuse russe Ida Rubinstein, qui lui avait demandé quelque chose « à caractère espagnol », ce qui plut à Ravel, lui dont l’influence hispanique se ressent dans une grande partie de son oeuvre.

Ravel eut une idée originale: il se lança le défi d’écrire une sorte d’expérience rythmique et orchestrale, sans grande recherche mélodique. Il s’inspira d’airs arabo-hispaniques d’Andalousie, bien que les morceaux de cette région soient souvent joués sur un tempo bien supérieur à celui du Boléro. Originellement, un Boléro est d’ailleurs une danse espagnole à 3 temps.

La structure du morceau est à la fois simple et complexe, linéaire et cyclique. Beaucoup deDanseuse Andalouse gens pensent connaître l’air lancinant du Boléro, mais essayez-donc de siffler les 2 phrases mélodiques principales sans aucune erreur (notamment rythmique): plus subtil qu’il n’y parait, vous verrez!

La clef de voûte du morceau est sa ritournelle, fondée sur la phrase rythmique ultra-connue que voici:

ritournelle

Cette ritournelle doit, selon Ravel, être jouée sur un tempo absolument constant du début à la fin, quitte à en devenir lassant.

Le Boléro a eu des débuts ambivalents, provoquant à la fois l’émoi inquiet face à cette nouveauté, etMaurice-Bejart-bolero-de-Ravel l’enthousiasme des foules et des orchestres. En outre, Ravel concédait que ce morceau avait un caractère « musico-sexuel », presque charnel, ce que la chorégraphie très sensuelle exécutée par la belle Ida Rubinstein n’arrangeait pas. Celle-ci tournoyait sans arrêt, entourée par des garçons se tordant de passion à ses pieds…

Le Boléro fascine depuis sa création, et présente la particularité d’être une musique moderne, expérimentale, et qui pourtant ne rebute pas le profane. Au contraire, bien des amateurs de musique classique cite le Boléro parmi les oeuvres leur ayant donné le goût de ce genre.

Le Boléro est un morceau qui offre un terrain fertile à l’imagination. Certains y voient une histoire pessimiste de l’Humanité, commençant doucement, grandissant jusqu’à la discorde et l’explosion violente. Il est vrai que la fin a un côté tragique, voire macabre et que le silence qui s’ensuit est assez profond. Mais je suis sûr que vous arriverez à y voir mille autre choses plus réjouissantes!

Bonne redécouverte!

Maurice Ravel – Concerto pour piano en sol – 2° Mouvement Adagio assai

Maurice RavelLe concerto pour piano en sol de Maurice Ravel, créé en 1932 par Marguerite Long (à qui celui-ci est dédié), a tout de suite connu un franc succès à travers l’Europe, où le compositeur et la pianiste étaient partis en tournée. Nous vous proposons de découvrir le très doux deuxième mouvement, interprété par la grande pianiste argentine Martha Argerich que nous n’avions pas encore eu le plaisir de vous présenter.

J’aime beaucoup la montée en puissance qui se termine à 5:50, à laquelle succède les envoûtantes « descentes et montées de clavier », accompagnant le cor anglais…

Maurice Ravel – Miroirs – Une barque sur l’océan

Maurice RavelLa suite Miroirs de Maurice Ravel (1875-1937) comporte cinq pièces pour piano, dont chacune est dédiée à un membres de la société des Apaches, groupe d’artistes composé d’écrivains et de musiciens, auquel appartenait Ravel.

Nous vous proposons d’écouter le troisième morceau de Miroirs, intitulé Une barque sur l’océan, dans sa version pour piano d’abord, avec une interprétation de Jean-Yves Thibaudet, puis dans sa version orchestrale, l’orchestration étant de la main du compositeur – et l’interprétation que nous vous proposons du Montreal Symphony Orchestra, sous la direction de Charles Dutoit.

Il est facile, en fermant les yeux, d’imaginer une barque voguant sur des flots plus ou moins amicaux…

Maurice Ravel – Daphnis et Chloé – Lever du jour

Maurice RavelLe morceau du jour est tiré de la suite orchestrale N°2 de Maurice Ravel (1875-1937), dont la musique vient de celle que le compositeur écrivit pour le ballet Daphnis et Chloé.  Ce morceau, qui « explose » vers la fin, vous fera peut-être penser au premier mouvement de La Mer, de Debussy, que nous vous avions déjà présenté, et qui se termine d’une manière similaire… Il faut dire que le cadre temportel est le même (le matin…), et que les deux compositeurs sont relativement proches musicalement… Bien qu’ils se soient connus, ils n’ont en revanche jamais été amis.