Maurice Ravel – Miroirs – Noctuelles

ravel_02Il y a bientôt 4 ans, nous vous avions proposé l’écoute du mouvement Une  barque sur l’océan, tiré de l’ensemble musical Miroirs, de Maurice Ravel. Ce morceau était dédié au peintre Paul Sordes, ami du compositeur et membre comme lui du groupe des Apaches.

Ce soir, voici le mouvement Noctuelles, dédié à l’écrivain Léon-Paul Fargue, lui aussi membre de ce groupe artistique.

Ravel est souvent cité comme une figure maîtresse de l’impressionnisme (mouvement artistique plus imposant en peinture qu’en musique). Ce morceau résolument moderne peut aider à comprendre pourquoi: il n’y a guère de mélodie précise, le but n’est pas la précision ni la perfection harmonique, mais plutôt de laisser une impression pénétrer le coeur de l’auditeur…

Maurice Ravel – Ma Mère l’Oye – Petit Poucet

Maurice Ravel

Aujourd’hui, c’est la fête des mères et comme tous les enfants que nous sommes ou fûmes un jour, nous avons tendance à rajeunir un peu en cette occasion… Un morceau parfait pour accompagner les beaux cadeaux que vous avez faits à votre maman aurait été ces fameuses variations de Mozart dont nous vous recommandons l’écoute ou la ré-écoute !

Pour vous mettre dans l’ambiance vous pouvez également écouter le morceau ci-dessous, issu de Ma Mère l’Oye de Ravel, dont nous vous avons déjà présenté deux magnifiques pièces (Laideronette et le Jardin féérique). Le thème vous est sûrement pas inconnu, puisqu’il s’agit du Petit Poucet, un conte populaire que Charles Perrault a transcrit et qui n’est pas étranger à sa renommée.  Après avoir été abandonnés par leurs parents, le Petit Poucet et ses frères se retrouvent perdus dans la forêt et sont incapables de retrouver le chemin de leur maison, car les bouts de pain que le Petit Poucet avait laissés sur la route ont été mangés par les oiseaux. C’est ce moment précis que capture le morceau, dont le thème en mode mineur est plutôt inquiétant et obscur. Mais, comme toujours avec Ravel, nous ne sommes jamais au bout de nos surprises : si le mode mineur est dominant dans le morceau, celui se conclut sur une cadence majeure, claire et étincelante, qui correspond au moment où la fratrie découvre le repaire de l’ogre à qui le rusé Poucet va voler les bottes de sept lieues.

Mais au fait, quel rapport avec la fête des mères, à part qu’il est fait mention d’une certaine « Mère l’Oye » dans le titre du recueil? En fait, « ma Mère l’Oye » est un personnage mythique de la tradition paysanne en France : il s’agit d’une vieille dame chez qui on allait pour l’écouter conter autour d’un bon feu. L’incarnation du conte par la figure maternelle est tout sauf anodine, car un conte porte en son sein une poésie infinie que seuls l’amour et la chaleur maternels sont à même de transmettre…

Maurice Ravel – Ma mère l’Oye – Le jardin féérique

Maurice RavelUn peu de rêve avant d’aller dormir, avec le jardin féérique de Maurice Ravel, qui conclut Ma Mère l’Oye, ensemble de contes de Parrault mis en musique par Ravel, dont nous vous avions déjà présenté l’un des contes : Laideronette, impératrice des pagodes.

A 3:17, on entend véritablement éclater les couleurs de ce jardin, si vous me passez la synesthésie… Il s’agit ici de la version orchestrale (la première version de Ravel ayant été composée pour piano à 4 mains, et même pour 4 jeunes mains, puisque la pièce a été créée par deux enfants de 6 et 10 ans).

Maurice Ravel – Gaspard de la Nuit – Ondine

Pour les amateurs de littérature, Gaspard de la Nuit évoque le célèbre ouvrage d’Aloysius Bertrand, poète romantique, précurseur du poème en prose. Le recueil convoque les mythes et légendes médiévales, évoquées à travers un prisme romantique pur, dans une atmosphère fantastique, à la limite du gothique. Fort du succès de cet ouvrage, Aloysius Bertrand devint une source d’inspiration pour les artistes dans leur propre domaine : en musique, ce sera Ravel qui eut la bonne idée de transcrire trois poèmes en une suite pour piano.

Quand on sait à quel point il est doué pour mettre le merveilleux, les contes, la magie en musique (voyez L’Enfant et les Sortilèges, Ma Mère l’Oye…), on a une confiance totale en Ravel pour qu’il nous livre quelque chose d’inoubliable. Et on a bien raison ! Ecoutez donc « Ondine », qui évoque la légendaire nymphe des eaux qui séduit le voyageur et l’invite à visiter son domaine au fond de la rivière : Ravel chatouille l’ouïe et l’imagination de son auditeur avec un flot de notes aiguës évoquant les perles d’eau qui ruissellent dans le vaste domaine de la nymphe.

C’est donc sans autre forme de procès que Ravel nous plonge dans un autre monde, le sien, à la fois mystérieux et magique, et fait errer l’esprit de l’auditeur… Mais, pour que ce dernier puisse effectivement plonger dans l’illusion du monde fantasmagorique, encore fallût-il que le pianiste soit techniquement irréprochable : en effet, Gaspard de la Nuit fait partie des pièces les plus difficiles au piano ! Mais quand on voit à quel point le pianiste croate Ivo Pogorelich la maîtrise, on se dit qu’il y a peut être encore une chance qu’on y parvienne un jour…

On vous recommandera de lire ou relire « Ondine » de Bertrand, un véritable chef-d’oeuvre de la poésie romantique !

Maurice Ravel – L’enfant et les sortilèges – J’ai pas envie de faire ma page

Maurice RavelNous vous proposons de découvrir ce soir une oeuvre de Ravel assez déroutante au premier abord, mais qui vaut le coup d’oreille, si vous me passez l’expression! L’enfant et les sortilèges est une « fantaisie lyrique », sorte de petit opéra fantastique, dont l’histoire est celle d’un enfant qui ne veut pas travailler et fait tout un tas de bêtises, qui permettent assez facilement de le rentrer dans la catégorie des « sales gosses » : il martyrise le chat et l’écureuil, abîme le mobilier… mais au bout d’un moment, les objets et les animaux, qui en ont assez, se liguent contre lui… L’enfant survivra-t-il à leur envie de vengeance?

Il s’agit ici du tout début de l’oeuvre, et la musique tournoyante pourrait évoquer la distraction de l’enfant, qui n’a vraiment pas envie de « faire sa page »…

Vous entendrez ici les trois premières « parties » du premier tableau de cette oeuvre : « J’ai pas envie de faire ma page », « Bébé a été sage? » (à partir de 2:10), « Ca m’est égal! » (à partir de 3:20).

Modeste Moussorgski – Tableaux d’une Exposition – Ballet des poussins dans leur coque / Promenade

Tableaux d’une Exposition (1874) est un grand classique de Moussorgski, compositeur russe du XIXe siècle, membre du Groupe des Cinq que nous avons délaissé pendant un bout de temps maintenant. Composés initialement pour piano, les Tableaux sont aujourd’hui plus connus grâce à la version orchestrée de Maurice Ravel (1922).

Ceux qui aiment ressentir des palpitations synesthésiques pendant leurs expériences musicales vont être servis : comme leur nom l’indique, les Tableaux retranscrivent des impressions nées de la contemplation de tableaux lors d’une exposition. C’est aux peintures de son ami Victor Hartmann, décédé en 1873, que Moussorgski fait allusion : ainsi, chaque pièce porte le nom d’une oeuvre de Hartmann (dont il ne nous reste plus grand chose aujourd’hui) et est précédée d’une « promenade » qui symbolise le mouvement du visiteur entre les différents tableaux.

On ne vous cachera pas que les pièces les plus jolies (et les plus connues) des Tableaux ne durent pas plus de quelques poignées de minutes. Ainsi ( en partie pour ne pas être taxé de fainéantise :P ) je vous propose d’écouter la « Promenade » (qui a été reprise pour un publicité il y a quelques années de cela) en plus du fameux « Ballet des Poussins dans leur coque », où fusera le son du piccolo qui mime les poussins de la basse-cour qui picorent joyeusement, à peine leur matrice ovale éclose… En image, le tableau de Hartmann en question est une esquisse pour des costumes de ballet. La « Promenade » est dirigée par Valery Gergiev, chef principal du London Symphony Orchestra (LSO).

Maurice Ravel – Le tombeau de Couperin – Prélude

Voici un bijou signé Ravel dont il serait fâcheux de passer à côté : le Tombeau de Couperin, composé de la main du père du Boléro pendant la Première Guerre Mondiale (14-18) alors qu’il était démobilisé. Ne nous y trompons pas : il est facile de tomber dans la présomption selon laquelle ce morceau serait à peu de choses près une marche funèbre; or, en écoutant cette pièce, vous vous rendez compte que ce n’est clairement pas quelque chose à jouer lors d’un enterrement !

En réalité, Ravel a surtout voulu reprendre un genre musical très courant de l’époque baroque : le bien nommé « Tombeau », à travers lequel un compositeur rend hommage à un confrère – sans que celui-ci ne soit forcément décédé. Ravel, lui, fait honneur à Couperin (les musicologues pensent que c’est de François « Le Grand » Couperin dont il s’agit), qui le précède d’un peu plus de deux siècles…

L’intention de cette pièce n’est cependant pas éloignée de l’idée de mort : les cinq parties que comporte ce Tombeau sont chacune dédiées à un soldat décédé aux côtés de qui Ravel servit durant la Grande Guerre. Ce Prélude est par exemple dédié au Lieutenant Jacques Charlot, grand ami du compositeur, qui aida celui-ci à transcrire pour orchestre les Contes de Ma Mère l’Oye. A entendre un si beau morceau, dont le style néoclassique et l’ambiance atmosphérique vous transportent littéralement au septième ciel, on ne peut que reconnaître la beauté de l’hommage rendu par Ravel à ses camarades morts au combat.

Voici une magnifique version signée le Philarmonique de Berlin et Pierre Boulez que je vous enjoins d’écouter, encore et encore…

Edit 09/02/13 : la vidéo du Philarmonique dirigée par Boulez ayant été supprimée, voici une nouvelle version; attention elle inclut aussi le Forlane qui suit le Prélude.