Sergueï Rachmaninov – Rhapsodie sur un thème de Paganini – Variation 18

RachmaninovRetrouvons ce soir le grand Rachmaninov, avec une oeuvre qui met bien en exergue son romantisme… Cette rhapsodie pour piano et orchestre est en fait constituée de plusieurs variations d’un thème, qui est celui du caprice pour violon N°24 de Paganini. Il s’agit de la dernière oeuvre concertante de Rachmaninov.

Nous vous proposons de découvrir la variation la plus célèbre, la 18°, interprétée au piano ici par Abbey Simon (c’était le professeur à la Juilliard School de mon professeur de piano, Ronaldo Marcondes de Souza… :-) )

Si cela vous a plu (et je n’en doute pas!), je vous invite à découvrir l’oeuvre entière. Vous trouverez ci-dessous une version complète, jouée par Rachmaninov lui-même, accompagné par le Philadelphia Orchestra dirigé par Leopold Stokowski.

Quelques remarques:

On retrouve la mélodie du Dies Irae traditionnelle (datant du XIII° siècle) dans les variations 7 et 10,  thème qu’on retrouve dans le Dies Irae de la Symphonie Fantastique de Berlioz, ou encore dans la Danse Macabre de Liszt, entre-autres (mais il existe bien d’autres exemples!)

La mélodie de la 18° variation (5:28 dans la deuxième vidéo, ici) qui fait l’objet de l’article du jour ne ressemble pas vraiment au thème de Paganini… En fait, Rachmaninov en a inversé les notes (génie!), comme l’illustre l’image ci-dessous (en haut, les notes du thème de Paganini, en bas, celles de la 18° variation de Rachmaninov):

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Sergueï Rachmaninov – Prélude Op.3 N°2

RachmaninovPar Joe Dufresne – Audituri Te Salutant!

Retrouvons Serguei Rachmaninov pour ce prélude qu’il écrivit alors qu’il n’avait que 19 ans, fraichement sorti du conservatoire de Moscou (où il suivit les enseignements d’harmonie d’Anton Arensky, à qui ce prélude est dédié). Rachmaninov en a fait la presentation lui-même à l’Exposition Electrique de Moscou en octobre 1892, date qu’il retiendra comme ses débuts de véritable pianiste compositeur. Si ce prélude est l’un de ses plus connus, Rachmaninov, en bon romantique (ou hipster, au choix), répondit malheureusement à la popularité grandissante de ce morceau avec de plus en plus de dédain.

Lugubre et menaçante, la tonalité do dièse mineur domine le morceau. Les trois parties dénotent un ensemble résolument dans son époque romantique. La première est calme, mélancolique et résignée. La deuxième, avec un agitato croissant et marqué, provoque et rappelle un emballement des emotions. Ceci culmine dans la troisième partie en une éruption, qui reprend avec passion le thème de la première partie.
Somme toute, un morceau à jouer une nuit orageuse, sur un Bösendorfer modèle 290 Imperial disposé élégamment devant une baie vitrée…

Je vous présente donc une version par Nikolai Lugansky, grand interprète de Rachmaninov et Chopin. La qualité de cette représentation se ressent surtout pour moi dans l’expressivité du coda (à partir de 3:25), passage censé rappeler les cloches de Moscou sonnant au loin.

Sergueï Rachmaninov – Concerto pour piano N°2 – I Moderato

Par Joe Dufresne – Audituri Te Salutant!

Ecrit entre l’automne 1900 et avril 1901, ce deuxième concerto marque la sortie de Rachmaninov de sa dépression, longue de plusieurs années. C’est la déception du compositeur face aux virulentes critiques de sa première symphonie en ré mineur (première représentation en 1897) qui en fut la source. Aidé par le psychologue Nikolai Dahl à surmonter l’angoisse de la page blanche, ce concerto lui est dédié.

Sergei Rachmaninov, l’un des derniers grands compositeurs romantiques, a marqué ce concerto de fatalisme et de pessimisme, toile de fond ténébreuse qu’il remplit de mélancolie passionnée.  Cette mélancolie  est empreinte d’ une couleur incontestablement russe, et toutes deux s’associent dans un solo notoirement difficile – neuvièmes à jouer d’une seule main – qui ressort du grondement orchestral.

Le groupe de rock Muse a beaucoup puisé dans mouvement, notamment dans les chansons Butterflies and Hurricanes, Ruled by Secrecy, Megalomania, Space Dementia…

Voici donc le premier mouvement du deuxième concerto pour piano de Rachmaninov, interprété par un autre russe, Boris Berezovsky, accompagné de l’Ural Philarmonic Orchestra dirigé par Dmitry Liss.

Si cela vous a plu, allez écouter le deuxième mouvement du concerto pour piano N°2 de Rachmaninov que nous avions déjà évoqué!

Serguei Rachmaninov – Vocalise

Nous retrouvons aujourd’hui Natalie Dessay, dans cette vocalise d’une beauté hypnotisante, que Rachmaninov a écrite  dans une période de grande anxiété; il était en effet tourmenté par la pensée de la mort, qui venait notamment de frapper son ami et rival Scriabine, ainsi que son ancien professeur. D’après Marietta Shaginyan, jeune femme avec laquelle il entretenait une correspondance à cette époque, la mort l’épouvantait: »On ne peut pas vivre si c’est pour mourir; comment pouvez-vous supporter l’idée que vous êtes mortels? » lui écrivait-il.

Long cri mystérieux, implorant, on ressent toute la souffrance du compositeur à travers cette vocalise…

De nombreuses transcriptions de ce morceau ont été faites; s’il vous a plu, vous ne devriez pas rester insensibles à cette interprétation de Itzhak Perlman:

Serguei Rachmaninov – Concerto pour piano N°2 – II Adagio sostenuto

Sergei RachmaninovEn plus d’un grand compositeur romantique (un peu après l’heure, la période romantique se terminant fin XIX° – début XX°), l’Histoire se souvient également du compositeur russe Serguei Rachmaninov (1873-1943) comme d’un pianiste d’exception – exilé en 1917 à cause de la Révolution d’octobre, il se lancera dans une carrière de concertiste qui l’empêchera de composer pendant un moment. On a gardé de cette époque de nombreux enregistrements qui témoignent de la beauté de son jeu et de sa virtuosité. Rachmaninov était doté de mains prodigieusement grandes, ce qui lui permettait de jouer des accords très compliqués.

Nous écouterons ici une interprétation du deuxième mouvement de son deuxième concerto pour piano par le  pianiste russe Boris Berezovsky, accompagné de l’Ural Philarmonic Orchestra dirigé par Dmitry Liss. La fin du mouvement, à partir de 8:57 ici, en est l’un des moments les plus poignants –  mouvement qui est, à mon avis, l’un des plus beaux adagios de l’histoire des concertos pour piano :-)

De nombreux morceaux de musique plus récente et populaire ont emprunté différents thèmes de ce mouvement: on reconnaîtra ainsi facilement All by myself (dont une interprétation célèbre est celle de Céline Dion; flagrant dans le concerto N°2  à partir de 2:00 ici, par exemple), ou encore Life on Mars de David Bowie (le thème lancinant de 1:18, sur lequel commence la chanson de David Bowie, qui est d’ailleurs dans la même tonalité) ….