Sergueï Rachmaninov – Sonate pour Violoncelle et Piano en sol mineur – Allegro scherzando

On appréhende toujours un peu Rachmaninov. Que ce soit en tant que pianiste ou simple amateur de musique, on craint à l’avance ou bien de ne point pouvoir surmonter la très grande difficulté technique des œuvres du maître, ou bien de ne point pouvoir bien comprendre l’extrême complexité musicale née de sa géniale plume. Mais je vous rassure tout de suite : si difficile que soit la musique de Rachmaninov, elle est à même de vous émouvoir autant que Chopin, de vous abattre autant que Schubert, de vous faire décoller autant que Liszt.

Prenez le deuxième mouvement de cette sonate pour violoncelle et piano, l’une des rares pièces de musique de chambre écrites par Rachmaninov. L’introduction seule est pétrifiante : une ligne de basse incisive marque le ton dantesque du morceau et la rapide entrée du violoncelle, instrument qui montre ici à quel point il peut être terrifiant, accentue le caractère suffocant de ce sombre ensemble. Mais le compositeur sait varier les plaisirs, en nous offrant quelques instants de délivrance : à 0:45, le violoncelle se lance dans un épanchement lyrique, accompagné par un piano qui chante ses étincelants aigus. A 2:30, admirez également ce fabuleux phrasé qui s’étend sur une bonne minute. Mais l’impression générale de ce morceau, c’est bien un sentiment d’oppression, d’étouffement. Normal : Rachmaninov sort d’une période de dépression, qui coïncide avec l’époque où le Second Concerto pour Piano a été écrit. Cette sonate, écrite peu après ce dernier concerto, retranscrit donc à nouveau l’état de mélancolie dans lequel le génial Sergueï est plongé… Comme quoi Rachmaninov n’a pas démérité son titre de « romantique tardif » !

Sergueï Rachmaninov – Prince Rotislav

RachmaninovFaisons connaissance aujourd’hui avec le Rachmaninov des jeunes années. Le natif de Seminovo a 18 ans lorsqu’il écrit ce poème symphonique! Ecoutez donc et vous verrez: comment peut-on écrire quelque chose de si dense, de si noir et de si profond à cet âge-là? On croirait parfois entendre Tchaïkovski ou Stravinski!

Pourtant, après avoir achevé ce morceau en 1891, Rachmaninov le dédaigna toute sa vie, et il ne fut joué pour la première fois que 64 ans plus tard! Quelle exigence avec lui-même…

Sergueï Rachmaninov – Bénis le Seigneur, Ô mon âme

Eglise RusseFaisons ce soir une petite plongée dans l’univers métaphysique de Rachmaninov, le romantique russe, à qui nous devons notamment des concertos pour piano fabuleux. Mais aujourd’hui, écoutons ce mouvement des Vigiles nocturnes, tradition de l’Eglise Orthodoxe. Rachmaninov a été, comme bien des Russes, élevé dans la foi chrétienne orthodoxe et il renvoie ici l’ascenseur avec ce chant méditatif, qui porte le Psaume 103 (102). Vous allez voir, Rachmaninov atteint ici une profondeur inouïe.

Composé en 2 semaines (ce qui laisse songeur quant à sa puissance d’inspiration), l’ensemble de l’oeuvre a été interdit de représentation deux ans après sa création par les nouvelles autorités soviétiques, à cause de son caractère religieux.

Désolé, la fin de la vidéo est un silence inutile, mais cette version était trop belle, alors j’ai craqué!

Sergueï Rachmaninov – Concerto pour piano N°2 – III Allegro Scherzando

RachmaninovAujourd’hui, nous bouclons la boucle du concerto pour piano n°2 de Rachmaninov (retrouvez ici le 1° mouvement et le 2° mouvement).

Ce troisième mouvement commence simple et vigoureux, dans une tonalité majeure où Rachmaninov démontre une nouvelle fois l’étendue de sa virtuosité technique. Bientôt l’angoisse en mineure revient par la petite porte, et à partir 1:50, le génie romantique russe déploie, avec les cordes, un de ses thèmes les plus connus, aussi profond que mélancolique.

Je trouve que le morceau s’achève de façon particulièrement satisfaisante et nous laisse comblés, presque épuisés. Comme j’aimerais, mais ce n’est qu’un rêve (est-il besoin de le préciser?), savoir le jouer!

Régalez-vous!

Serguei Rachmaninov – Prélude en sol mineur

RachmaninovRachmaninov est l’un des rares compositeurs de la période romantique dont on possède quelques enregistrements… Ainsi en est-il de ce célèbre prélude en sol mineur, qui est bien connu des pianistes, étant un peu un passage obligé si l’on commence à travailler le compositeur aux longues mains…

On peut facilement distinguer deux thèmes dans ce prélude: un thème assez « militaire », sur lequel commence le morceau, et qui reviendra après le second thème plus doux et mélancolique… J’espère que vous apprécierez la fin, les toutes dernières notes étant jouées « staccato » (pour la définition du terme, je vous invite à consulter notre lexique de la musique classique), ce qui leur donne une portée assez amusante, presque ironique…

Elegie Op. 3 N°2 de Rachmaninov par un piano seul…

Piano ampico (joue tout seul)Comme tous les vendredis soirs, nous vous proposons une vidéo en lien avec la musique classique, mais qui sort un peu de l’ordinaire: il s’agit des vidéos hors-jeu!

Ce soir, nous vous proposons de découvrir les pianos mécaniques! Et notamment ceux développés par Ampico (American Piano Company), qui permettaient d’enregistrer à l’intonation et la pédale près les inteprétations de grands artistes… et de les reproduire ensuite!

Ainsi, je vous propose d’écouter l’élégie Op.3 N°2 enregistrée par Rachmaninov… et rejouée par son fantôme!

Sergueï Rachmaninov – Concerto pour piano n°3 – 1er mouvement

RachmaninovCela faisait longtemps que je voulais partager avec vous ce morceau qui me donne des frissons à chaque fois que je l’écoute. Il fait partie du concerto pour piano préféré du compositeur lui-même, souvent surnommé « Rach 3″.

Ceux qui nous suivent connaissent déjà tous Sergueï Rachmaninov, que nous vous avions notamment présentés, par exemple au travers de son moderato du concerto pour piano n°2.

Ce 1er mouvement du concerto pour piano n°3 débute très simplement, par quelques notes au piano, soutenues par les cordes et les vents. Ce thème est ensuite filé en des développements brillants, torturés, parfois émouvants aux larmes. Rachmaninov l’aurait écrit comme un sommet personnel, pour démontrer  à la fois sa virtuosité technique et son talent de compositeur.

Au-delà de sa saisissante beauté, ce concerto est réputé pour sa difficulté extrême. Cette difficulté se situe dans la technique, certes, mais aussi dans l’approche psychologique. Le pianiste Gary Graffman, professeur de nombreux virtuoses, tels Lang Lang ou Yuja Wang, déclara qu’il regrettait de n’avoir pas joué ce morceau plus jeune, lorsqu’il ne connaissait pas encore la peur, se sentant désormais incapable de le jouer correctement.

Le morceau est assez long, mais croyez-moi, ça vaut le coup… Si vous le reconnaissez sans savoir pourquoi: avez-vous le film « Shine », avec Geoffrey Rush?

L’interprétation est de Nikolaï Lugansky, qui l’a interprété lundi dernier à la salle Pleyel, à Paris :)