Piotr Tchaikovski – Dumka (Scène Rustique russe)

Difficile de ne pas être touché par la musique de Tchaikovski (jugez donc par cette sublime barcarolle) et encore plus lorsque celle-ci vient à nous surprendre, à nous faire ressentir des émotions contradictoires, à nous donner le sourire tout en nous arrachant une larme du coin de l’oeil. C’est un peu ce que l’on peut ressentir à l’écoute de ce morceau, Dumka, qui signifie « pensée » en ukrainien (avec un sens proche dans les autres langues slaves). Difficile de ne pas « voir » les va-et-vient de ce morceau comme une conscience qui erre, tantôt mélancolique, tantôt radieuse. A en juger par le titre, Tchaikovski a souhaité mimer musicalement une scène paysanne russe – on n’en vient qu’à mieux apprécier cette oeuvre. A cet égard, dessinez-vous donc mentalement un petit village de Sibérie, recouvert d’un épais manteau blanc par un hiver rugueux, apparemment désert, bref un vrai décor de nature morte… sauf que les villageois, eux, n’en sont pas moins vivants et, bravant la vigueur des blizzards, persistent à danser, faire la fête, être de bonne humeur… bref, à vivre. Jugez donc le changement de « ton » du morceau, aux alentours de 3 minutes 20, vous verrez mieux de quoi je veux parler :)

Et surtout, quand le morceau est amené avec la maîtrise de Pletnev, on ne peut que mieux apprécier sa beauté. Avouez donc que cette oeuvre vaut bien toutes les tisanes du monde pour vous aider à affronter l’hiver qui s’installe…

Edvard Grieg – Pièces Lyriques – Trolltog

Nous retrouvons Grieg en ce début de semaine ! Aujourd’hui nous vous livrons une de ses Pièces Lyriques, très intéressantes en ce qu’elles brassent les thèmes chers à l’identité norvégienne, notamment pour ce qui est des traditions champêtres, ou encore de la mythologie. Que les amateurs d’heroic fantasy se réjouissent : avec Trolltog, traduit par « Marche des Trolls » ou « Marche des Nains », ils retrouveront une ambiance type Seigneur des Anneaux ! On débute avec une basse obstinée, formée d’un « ré la » incessant qui mime le pas un peu lourd des nains qui reviennent sans doute de la mine après une journée de labeur. Puis, à 1:05, surprise : le calme et la sérénité fait suite à la mélodie un poil inquiétante. Ce second thème, calme et serein donc, fait miroiter une prairie verte, dans laquelle gambadent joyeusement des elfes (ennemis jurés des nains !), des majestueuses licornes, de splendides nymphes… Bref des jeunes gens beaux et insouciants, tout le contraire des trolls toujours affairés au physique un peu ingrat… Qu’à cela ne tienne, le thème inquiétant est répété comme pour signifier l’approche de cette horde déchaînée vers la paisible prairie, prête à massacrer ces pauvres Adonis et autres Psychés dénudés et pacifistes ! Mais le morceau ne semble pas nous dévoiler la suite, puisqu’il se conclut assez brutalement… Mais rien ne vous empêche d’imaginer une histoire à votre tour, partant de cette partition si originale !

Notre pianiste de ce soir s’appelle Mikhaïl Pletnev, chef d’orchestre célèbre pour ses enregistrements avec l’Orchestre national de Russie.

Piotr Tchaikovski – Marche slave

TchaikovskiRetrouvons ce soir le génial Tchaikovski, avec cette marche slave, dont les accents orientalisants vous feront peut-être penser au dessin animé Aladdin! Allez savoir pourquoi, c’est en tout cas la première chose qui m’est passée par la tête lorsque j’ai découvert ce morceau… Pourtant, le thème d’ouverture qui avait produit sur moi cet effet est issu d’une chanson du folklore serbe : Sunce jarko, ne sijaš jednako (ce qui signifie « Soleil éclatant, tu ne brilles pas de la même manière pour tous »… ).

Cette marche a été composée en l’honneur des soldats serbes, aux côtés desquels les soldats russes ont combattu lors de leur guerre contre la Turquie (1877-78), et ce premier thème qui va revenir de manière récurrente, évoquerait l’oppression des serbes par les turcs… Mais ce sentiment d’oppression va vite se transformer en colère, et il est difficile de ne pas être saisi par la puissance qui se dégage de ce morceau!

On pourra repérer à partir de 6:44 un développement autour de l’hymne « Dieu protège le Tsar », qui était alors l’hymne national (et le demeurera jusqu’ en 1917), et sur lequel s’achève ce morceau, mettant à l’honneur la patrie de Tchaikovski, venue prêter main-forte aux serbes… Le compositeur réitérera plus tard dans son Ouverture Solennelle 1812 (que nous vous avions déjà présentée… Prêtez l’oreille à 3:15 dans la vidéo du finale de l’Ouverture Solennelle 1812)

C’est le chef d’orchestre Mikhail Pletnev qui dirige ici l’Orchestre national de Russie, qu’il a lui-même fondé en 1990 – premier orchestre indépendant du pouvoir, grâce à la mise en place de la Perestroïka…