Astor Piazzolla – Triunfal

La rédaction de Lamusiqueclassique.com se réveille enfin de sa cuite post-nouvel an et tient à s’excuser pour son manque d’assiduité dernièrement. Enfin, assez d’auto-justifications, nous vous souhaitons à toutes et à tous une bonne année 2015 !

On commence bien l’année avec Astor Piazzolla, que nous vous avons fait découvrir à maintes reprises comme l’un des musiciens classiques argentins les plus importants. Mais si, souvenez-vous, ce compositeur exotique maniant avec une virtuosié rare son instrument de prédilection, le bandonéon, tout en ayant su sa carrière durant conserver une facture classique et varier les plaisirs autour du tango, la danse traditionnelle qui court les rues de Buenos Aires.

Une méprise impardonnable aujourd’hui serait de réduire la musique de Piazzolla au cliché d’une chansonnette inoffensive et contingente de cabaret, à écouter avec une humeur distraite et un cigare aux lèvres. Rares sont les compositeurs qui ont atteint un tel degré de sophistication dans l’écriture d’une oeuvre latino-américaine qui ne tombât dans le cliché de la musique ensoleillée et frivole arrosée au mojito. Pourtant, nul n’ignore l’élitisme et le conservatisme du milieu de la musique classique, de surcroît au XXe siècle; et c’est bien un voeu pieu que de croire que le bandonéon pût un jour surclasser le piano ou le violon dans les salles de concert et les festivals.

C’est donc le coeur tiraillé entre son amour pour le bandonéon – qu’il a pratiqué toute sa vie – et le désir de se construire une réputation de musicien sérieux que Piazzolla arrive à Paris en 1954 pour étudier, par le biais d’une bourse, auprès de la célèbre pédagogue Nadia Boulanger. Planchant sur la composition et l’harmonie le jour, il gagne sa vie en jouant la nuit dans un cabaret de la capitale. Quand vint le jour où Boulanger, consciente de son talent, lui demanda : « Vous ne jouez pas du piano. Quel est alors votre instrument ? », ce à quoi Piazzolla répondit, à demi-mot. En guise de preuve, il lui joua ce morceau, Triunfal, qui lui avait jadis valu de gagner le premier prix du concours Sevitzky.

Après quoi Boulanger lui souffla : « Astor, vos compositions classiques sont intéressantes. Mais le véritable Piazzolla est là et, de grâce, ne l’abandonnez jamais ».

Astor Piazzolla – Adios Nonino

Ah, Piazzolla ! Cette source inépuisable de fraîcheur et d’exotisme, cette oasis ensoleillée parmi tous ces vieux dinosaures de compositeurs… C’est personnellement toujours un plaisir d’écrire sur sa musique, dont les mélodies de tango sont si bien propices à l’ambiance estivale (enfin, sauf quand il pleut, quoi !)…

Pour vous, aujourd’hui, nous présentons son morceau le plus célèbre, via lequel il s’est fait connaître du monde entier : « Adios, Nonino », écrit en mémoire de son grand-père Vicente « Nonino ». Le morceau a fait l’objet de nombreuses adaptations, mais la plus aboutie est sans doute celle ci-dessous, où Piazzolla joue en compagnie d’un orchestre. L’introduction aux cordes, non mélodique et très déroutante, rappelle fortement Stravinsky, et l’orchestre s’oppose au son exotique du bandonéon, avant de le soutenir dans une épanchement mélodique absolument délicieux d’un point de vue auditif.

Pour la petite histoire, ce morceau a été joué lors du mariage princier de l’actuel couple royal des Pays-Bas, en hommage aux origines argentines de la reine Maxima.

Astor Piazzolla – Histoire du Tango – Bordel 1900

Comme dirait PPD aux Guignols, quand un film marche bien, on fait la suite, et quand il marche très bien, on fait le prequel ! C’est exactement ce que nous faisons aujourd’hui, après vous avoir parlé de « Café 1930  » et de « Nightclub 1960 « , deux très beaux morceaux du célèbre bandonéoniste argentin Astor Piazzolla, qui retracent l’évolution du Tango au XXe siècle.

Tout le génie de Piazzolla fut d’avoir réussi à symboliser le Zeitgeist argentin à travers les métamorphoses d’une danse qui constitue une partie non négligeable de l’identité culturelle de ce grand pays d’Amérique latine. Dans « Bordel 1900″,  il revient aux racines du tango, qui comme le suggère le titre du morceau, fut avant tout une danse populaire, issue même des bas-fonds de la société, aux antipodes des danses plus nobles telles que la valse. Comparé à « Café 1930″, on pourrait même dire que c’est le jour et la nuit : quand en 1930 le tango se dansait avec langueur et mélancolie, le credo était bien plus volage et l’humeur bien plus légère en 1900.

Si « Bordel 1900″ s’accompagne de passages en tonalité mineure, vous saisissez bien que l’impression est bien différente, en comparaison avec « Café » ou « Nightclub »: il ne s’agit non pas de ressentir la noirceur mélancolique, mais la sensualité et l’érotisme du tango, un peu dans la veine des déhanchés envoûtants de la fameuse Carmen. Peu étonnant, car le tango est lui-même un dérivé de l’habanera (souvenez-vous de « L’Amour est enfant de Bohême« ) !

Pour vous mettre dans l’ambiance, une version par flûte et guitare, pour vous aider à vous évader de ce temps vigoureux et à planer jusque sous le soleil argentin…

Astor Piazzolla – Oblivion

Les tangos de Piazzolla nous avaient bien manqué ! Après les magnifiques pièces de l’Histoire du Tango, nous retrouvons ce soir un morceau non moins splendide aux épanchements mélancoliques bien plus marqués que dans « Café 1930 ». « Oblivion », tel est son nom, est donc un tango dont seul Piazzolla, natif argentin, a le secret. La ligne mélodique principale, ici jouée au violon par la germano-nippone Arabella Steinbacher, accentue le spleen sous-jacent à cette oeuvre qui traite musicalement le douloureux sentiment de l’oubli – « oblivion » étant le terme poétique en anglais désignant cette pénible réalité. Sans doute Piazzolla craignait-il que la riche tradition musicale de l’Argentine, au gré des crises économiques et des vicissitudes politiques qui ont bouleversé le sous-continent pendant le XXe siècle, ne s’étiole et ne s’efface un jour. Il y a fort à parier que, grâce à lui, ce moment n’est pas près d’arriver !

Astor Piazzolla – Histoire du Tango – Nightclub 1960

Vous avez été nombreux à plébisciter Café 1930, que nous vous avions présenté il y a de cela un mois. Nous nous réjouissons de cet enthousiasme et c’est pourquoi nous vous proposons la « suite » : l’histoire du tango ne s’est pas arrêtée en 1930, loin de là !

Oubliés les accents noirs et mélancoliques des années 30, où le tango évoluait au gré des vicissitudes de la société argentine. En 1960, Piazzolla revient d’un séjour aux Etats-Unis d’où il s’est fortement imprégné de la mode du Jazz. Par son intermédiaire, le tango devient beaucoup plus savant, et ce sur deux aspects. Au niveau musical, le tango reste mélodique mais laisse une plus grande liberté dans l’exécution et autorise l’improvisation – exercice essentiel dans le jazz. Au niveau physique, le tango devient plus malléable et moins contraignant, mais aussi beaucoup plus sportif car il demande une canalisation de l’énergie qui émane des déhanchements respectifs des deux partenaires. Cette petite « révolution » porte le nom de Tango Nuevo, lancé par Piazzolla en personne.

Pour tout cela, pour tout ce progrès qu’accuse la musique latino-américaine dans les sixties, l’on se pressait dans les Nightclubs où le rutilant tango solennise le mariage heureux entre la tradition argentine du tango et les formes nouvelles importées des Etats-Unis. Puisse-t-il vous apporter la joie et la plénitude nécessaires pour attaquer de bon pied vos vacances !

Pour être franc avec vous, j’ai entendu ce morceau pour la première fois dans un duo piano-flûte; depuis je ne m’en suis jamais déshabitué! Voici une autre version, où contrairement à la vidéo précédente, on entend bien moins le piano qui reste rigoureusement cantonné dans son rôle d’accompagnant.

Astor Piazzolla – Histoire du Tango – Café 1930

Aussi étranger soyez vous de l’Argentine ou de l’Amérique latine toute entière, vous ne pouvez rester indifférent face à Astor Piazzolla, que nous vous avons déjà présenté. Le compositeur sud-américain fait actuellement l’objet d’une redécouverte en France, où il est souvent cité dans des festivals de musique moderne.

Piazzolla, c’est un son, c’est une atmosphère, c’est un exotisme. C’est l’incarnation d’une imagerie, celle d’une Argentine débridée, où l’on y danse le tango aux heures les plus impromptues. Mais aussi celle d’une Argentine en proie à un certain spleen quand bien même le rythme du flamboyant tango, éprouvé aux bras d’un beau cavalier (ou cavalière, tout dépend), vous fait oublier vos malheurs sur le coup de l’instant.

C’est ce délicieux croisement – un je-ne-sais-quoi aussi bien suave que mélancolique – qu’on retrouve dans l’extrait suivant, Café 1930. Dans ce morceau, c’est la langueur, la mélancolie, le mal de vivre qui se fait ressentir à travers les phrasés onctueusement travaillés. Les sursauts de tempo, les modulations qui parcourent ce morceau en renforcent la richesse et le thème principal fait ressortir une délicate sensualité.
Le recueil s’intitule l’Histoire du Tango, qui retrace l’évolution de la pratique de cette danse et les cadres dans lesquelles elle a habité : le bordel, le café et enfin le Nightclub…
Ces morceaux seront maintes fois repris et souvent transposés pour différentes combinaisons d’instruments, du très classique violon-piano au moins conventionnel piccolo-banjo.

J’ai choisi l’extrait suivant (un enregistrement sur la chaîne Mezzo, pour ceux qui ont le câble) parce que le morceau est exécuté par deux instruments classiques, comme dans l’esprit du blog. Je regrette qu’il manque l’introduction au piano, mais la qualité du son émanant du violon éclipse cette imperfection. Si vous cherchez plus original, je vous encourage à écouter l’enregistrement de Yo Yo Ma, qui est accompagné pour l’occasion d’un accordéon !

Ainsi va le tango, tel un leitmotiv dans l’histoire de ce grand pays d’Amérique…

Astor Piazzolla – Milonga del Angel

La première série consacrée aux Ave Maria est terminée, nous espérons qu’elle vous a plu! Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir la musique d’Astor Piazzolla (1921-1992), compositeur et bandonéoniste argentin (le bandonéon est un instrument qui ressemble plus ou moins à un accordéon). S’inspirant de la musique populaire de son pays, le tango, il a développé un style qui lui est propre, un tango plus libéré, intégrant des éléments de jazz, utilisant le contrepoint…

La Milonga del Angel s’inscrit dans la Serie del Angel: Introduccion al Angel, Milonga del Angel, Muerte del Angel, Resurreccion del Angel. Le terme milonga désigne, à l’origine, la musique ayant donné naissance au tango, et par extension la danse qui accompagnait cette musique, ainsi que le lieu où elle était jouée.

Bonne écoute…