Abreu & Oliveira – Tico Tico

Un « quasi hors-jeu », aujourd’hui, puisque le Philarmonique de Berlin sort les ponchos et les maracas ! A l’occasion d’un rappel, voilà l’orchestre le plus réputé du monde qui se lâche, dans un immense délire collectif, au son de « Tico-Tico no Fuba » (plus connu sous le nom de « Tico Tico » tout court). Il s’agit d’une célèbre chanson originaire du Brésil, emblématique du style choro, qui connut un immense succès au XXe siècle – un tel succès qu’elle fut exploitée par quelques grands cinéastes : vous l’avez sûrement entendue dans Radio Days de Woody Allen…

Cette musique libèrera sûrement le danseur refoulé que vous avez toujours été, mais c’est surtout Barenboïm, talentueux pianiste et admirable chef d’orchestre, qui vaut vraiment le détour ici : tour à tour je-m’en-foutiste, blasé et pingouin, il s’acquitte visiblement du minimum syndical, toujours avec un air pince-sans-rire qui lui sied si bien. Mais finalement, qu’a-t-il encore à prouver? Sa longue carrière et sa grande renommée font déjà suffisamment… Il en est de même du Philarmonique de Berlin, le meilleur du monde. Comme quoi, une rencontre entre deux sommités, dont chacune se suffit à elle-même, peut mener à ça !

Anton Bruckner – Symphonie N°4 « Romantique » – Scherzo. Bewegt

Nous vous l’avions promis voilà longtemps, mais il est l’heure de vous présenter celui qu’on surnomma le « Ménestrel des Dieux », j’ai nommé Anton Bruckner. Autrichien, Bruckner s’est illustré d’abord par sa pédagogie et son talent d’improvisateur – Mahler fut son élève, Franck et Gounod ses admirateurs; mais c’est à partir de 1881 seulement, à plus de 50 ans, qu’il parvint à conquérir le public viennois. Son fait d’armes? Sa quatrième Symphonie, intitulée « Romantique », qui ne sera que le premier maillon d’une longue chaîne de symphonies toutes plus acclamées les unes que les autres.

Le qualificatif de « Romantique » ne sied certes pas très bien à l’oeuvre globale du compositeur, en cela que ce dernier s’inscrit plutôt dans un courant postromantique, mais il est vrai que Bruckner s’est à ses débuts beaucoup inspiré de l’école wagnérienne (sa symphonie n°3 n’est-elle pas intitulée « Wagnérienne »?). Dans cette quatrième symphonie, force est de constater que le romantisme reste très prégnant : les thèmes que voulait véhiculer Bruckner ont trait au Moyen Âge, une période qui suscitait tous les fantasmes, qu’on évoquait non sans une certaine nostalgie au XIXe siècle. Selon les annotations de Bruckner lui-même, ce Scherzo (qui est le 3e mouvement) évoque une partie de chasse, qu’on devine avec l’introduction jouée par les cors. Leur son fait penser à celui de la trompe de chasse jouée lors des véneries – les menus plaisirs de messieurs les aristocrates… Vous entendrez également que Bruckner, comme à son habitude, a intercalé un Trio (à 04:16) joué par un nombre réduit d’instruments qui jouent chacun leur tour un air plus mélodieux, plus lent, plus soyeux aussi, que le thème initial des cors.

Je profite de l’occasion pour vous dire deux mots du « Problème Bruckner » : peu confiant dans ses capacités d’orchestration, Bruckner a en effet souvent revu ses symphonies, voire délégué l’orchestration à des tiers. La 4e Symphonie a été revue pas moins de 5 fois! Si bien que les musicologues ont souvent eu beaucoup de mal à se mettre d’accord sur la dernière version authentique issue de la main du compositeur… C’est pourquoi lorsque l’on vous fait écouter Bruckner, la version est toujours précisée. Ici, en l’occurrence, il s’agit de la version de 1878/80, éditée par Leopold Nowak.

Quant à l’interprétation, je vous laisse seul juge des qualités du Philarmonique de Berlin, dirigé par Eugen Jochum.