Johannes Brahms – Ouverture pour une fête académique

Johannes BrahmsUn peu de majesté ce soir avec Johannes Brahms et cette Ouverture pour une fête académique, écrite en remerciement pour sa nomination comme docteur honoris causa à l’université de Breslau. Il avait d’abord pensé à remercier l’université par un petit mot, mais un de ses amis lui ayant fait remarquer que de sa part, c’était peut-être un peu juste, le compositeur a finalement décidé d’écrire cette ouverture. Il s’est un peu amusé, en récupérant notamment des chansons étudiantes, comme « Wir hatten gebauet ein Stattliches Haus« , qu’on entend ici à partir de 1:43, et en les transcrivant pour orchestre symphonique.

Voici l’orchestre de Paris, dirigé par Paavo Järvi.

César Franck – Les Djinns

César FranckIssu de son recueil Les Orientales, Les Djinns est  l’un des poèmes les plus connus de Victor Hugo, et sa structure n’y est sans doute pas étrangère. Il est effectivement construit comme un crescendo-decrescendo, dont l’acmé coïncide avec le passage des Djinns, ces démons arabes, sur la maison où se trouvent le narrateur et son lecteur… Le poème commence et s’achève par des strophes dont les vers comptent deux syllabes, tandis que la strophe centrale est, elle, constitué de décasyllabes. Vous trouverez le poème après la vidéo.

César Franck, (1822-1890) contemporain d’Hugo (1802-1885), a tenté de reproduire en musique l’impression du passage des Djinns dans ce poème musical. On est instantanément plongé dans une atmosphère angoissante, et l’on sent la tension monter progressivement, jusqu’à la moitié du poème environ (5:15) pour finalement s’apaiser sur la deuxième moitié. On peut très bien se représenter le piano comme l’un des djinns menant la nuée…

Victor Hugo devait mourir deux mois après la création de cette oeuvre, et l’histoire ne dit pas s’il a pu entendre ce que vous proposons  d’écouter maintenant…

 

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute :
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

Antonin Dvorak – Romance pour piano et violon Op. 11

Antonin Dvorak, célèbre compositeur tchèqueLe propre des compositeurs romantiques, c’est de trouver des mélodies ayant pour effet (ou peut-être pour but ?) de nous tirer des larmes… Ainsi en va-t-il de cette romance pour piano et violon Op. 11 du compositeur tchèque Dvorak, où le piano et le violon semblent souffrir ensemble dans leur dialogue mélancolique, et compatir avec nous également…

Malgré ces notes un peu tristes, mais ô combien belles, je vous souhaite tout de même une joyeuse fin de week-end !

Retour d’expérience: je suis allé voir Carmen à Tout Prix

Je profite de la tradition du Hors-jeu du vendredi soir pour partager sur l’expérience vécue vendredi dernier au théâtre Trévise à Paris. J’avais entendu parler de cette reprise de Carmen sous forme d’opérette comique via mon professeur d’accordéon qui y joue.

Harassé par une dure semaine de travail, je suis arrivé au théâtre plutôt énervé et crevé. Bien m’en a pris, tant je suis sorti détendu et revigoré par ce que j’y ai trouvé!

On ne présente plus Carmen, le splendide et sulfureux opéra de Georges Bizet, si bien qu’on pourrait penser en avoir fait le tour. Il est donc heureux que des artistes audacieux (comme Sophie Sara, auteur de Carmen à Tout Prix) s’en emparent pour broder dessus avec talent et espièglerie!

Comme vous le comprendrez dans la bande-annonce ci-dessous, le fil conducteur du script est efficace: un directeur d’opéra fait face à une grève générale et fait l’impossible pour que Carmen soit quand même interprété…

Le résultat est génial: on rit aux éclats, on tape des mains, et cette joyeuse troupe pleine d’auto-dérision fait passer un excellent moment au public!

Quant à moi, ce vaudeville désopilant m’a donné envie de réécouter l’original de Carmen. Allez, d’ailleurs, on remet une scène: « Près des remparts de Séville », interprétée par Elina Garanca qui est comme possédée par son rôle!

PS: Ce post n’est aucunement sponsorisé. Néanmoins, les représentations s’arrêtent fin février, donc dépêchez-vous si ça vous tente!

Frédéric Chopin – Concerto pour piano N°2 – 2° mouvement – Larghetto

Frédéric ChopinRetrouvons le maître du piano, Frédéric Chopin, dans un des concertos mettant à l’honneur son instrument favori ! Nous vous proposons ce soir l’écoute du mouvement lent de son deuxième concerto pour piano. Après quelques notes d’introduction par les cordes et les vents, le piano entre en scène, comme une douce caresse, impression renforcée par les cordes soutenant discrètement la mélodie et ses trilles délicates…

Martha Argerich, grande interprète de Chopin (elle a notamment remporté le célèbre concours Chopin en 1965), est ici au piano.

Charles Gounod – Messe Solennelle de Sainte Cécile

Charles GounodPar Références Classique – Audituri Te Salutant !

Quoique Charles Gounod soit avant tout connu hors de France comme le compositeur de l’opéra Faust, la plupart de ses œuvres relèvent cependant du domaine de la musique religieuse. Au cours d’un séjour prolongé en Italie, Gounod avait étudié assidûment le style de Palestrina, qui lui inspira de nombreuses compositions. Il fut si profondément marqué par la musique sacrée qu’il envisagea sérieusement d’entrer dans les ordres.

C’est à cette époque, en 1850, qu’il commença à travailler sur la Messe de Sainte Cécile qui, cependant, ne devait voir le jour que cinq ans plus tard. Ces années furent justement très importantes pour le développement personnel et artistique de Gounod : grâce à sa rencontre avec la fascinante Pauline Viardot et sa connaissance de la musique d’Hector Berlioz, son style acquit un caractère plus mondain, qui se traduisit par l’intérêt prononcé de Gounod pour l’opéra (Faust,1859).

L’attrait exercé par le profane explique sans doute la suavité des mélodies et l’orchestration colorée de la Messe de Sainte Cécile, une œuvre typiquement romantique. Cette Messe est un jalon important dans l’évolution de Charles Gounod vers la sécularisation. Cependant, ce développement ne s’accomplit pas par le bonds, dans le rejet de toutes les étapes antérieures. Au contraire, rien n’y fut perdu; tout ce qui avait été acquis conserva sa valeur. Seul le point de départ se modifia: ce qui était jadis but et raison n’était plus désormais qu’un simple moyen d’exprimer la puissance de sa foi, qui imprégna toute sa vie.

La version proposée ici a obtenu un « grand prix du disque ».

Edward Elgar – Variations Enigma – X Dorabella

Edward ElgarNous vous avions présenté les variations Enigma du compositeur anglais Edward Elgar (1857-1934) en commençant par la plus célèbre, la variation Nimrod. Voici aujourd’hui celle qui lui succède, portant le nom très mozartien de Dorabella, surnom donné par Sir Elgar à celle à que décrit cette variation. Le bégaiement de cette dernière serait évoqué par les quatre notes des bois, dont la deuxième est toujours répétée. Ecoutons-donc cette variation pleine de légèreté…