Steve Reich – Piano Phase

Steve ReichPar Jean-Baptiste Roy – Audituri Te Salutant!

C’est un genre de musique un peu particulier que nous vous proposons aujourd’hui. En effet, nous vous faisons un saut dans le temps pour nous retrouver dans la seconde moitié du XXème siècle et ses musiques « bizarres ».

C’est en effet en 1967 que Steve Reich compose Piano Phase, l’une des œuvres maitresses de la musique de phase et la première utilisant uniquement des instruments traditionnels (ses premières compositions, et notamment le célèbre It’s gonna rain, requéraient l’emploi de magnétophones). Divisé en 3 sections, ce morceau illustre parfaitement le principe de ce style de musique tout à fait épuré : l’un des deux pianos répète à tempo régulier une mélodie de 12, 8 ou 4 notes (composant respectivement les 3 sections du morceau). Puis, progressivement, le second piano reprend la mélodie jouée par le premier (1ère et 3ème sections) ou une mélodie similaire (2ème section) d’abord à l’unisson puis en contre-temps et en amplifiant le décalage petit à petit. C’est le fameux déphasage. Le résultat, comme vous le verrez, est surprenant : on entend en effet des sous-mélodies se créer, des échos, etc.

Selon Reich lui-même, ce genre musical est avant tout intéressant pour l’auditeur qui entend et comprend le processus de création musicale, extrêmement mathématique, rigoureux et déterministe, contrairement à des musiques plus traditionnelles où l’origine reste parfois absconse. De plus, selon l’oreille de chacun, les sons et la mélodie surnageant diffèrent. De quoi multiplier les expériences musicales !

Enfin, les plus courageux d’entre vous pourront essayer de reproduire, sur le même modèle, le Clapping Phase

John Cage – 4′33″

Cage 4'33 Tacet4’33 » est sans doute l’oeuvre la plus célèbre du compositeur américain John Cage (1912-1992). Cette oeuvre très controversée est constituée de trois mouvements, dont chacun se résume sur le papier au simple mot TACET (« il se tait », en latin). De fait, les instruments ne jouent… rien! Si l’on peut se permettre cette comparaison, 4’33 » de Cage est un peu à la musique ce que le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch est à la peinture…

La première a été donnée au piano par David Tudor en 1952. Celui ci a fermé le couvercle du piano pour marquer le début du premier mouvement, l’a ouvert pour en marquer la fin (et non l’inverse, comme on peut le lire parfois!), et a répété ce procédé pour les deux mouvements suivants. 4’33 » peut toutefois être interprétée par n’importe quel instrument ou ensemble d’instruments, et durer n’importe quelle durée, comme l’a indiqué John Cage.

Quel est le sens de cette oeuvre? Bien que son compositeur la décrive comme 4 minutes et 33 secondes de silence, elle est en fait constituée par les sons produits par l’environnement dans lequel elle est jouée… Le compositeur veut ainsi mettre en avant le fait qu’il est impossible de trouver un silence parfait…

Comment l’idée de 4’33 » est-elle venue à Cage? En 1951, il visita dans l’université de Harvard une chambre anéchoïque (sans écho, qui absorbe les sons).  Il s’attendait à trouver un silence parfait, mais quelle ne fut pas sa surprise d’entendre deux sons: un aigu, et un grave! S’enquérant auprès de l’ingénieur du son, il obtint cette réponse: le son aigu était celui de son propre système nerveux, et le grave le bruit de la circulation de son sang…

Il conclura ainsi: « Until I die there will be sounds. And they will continue following my death. One need not fear about the future of music. »

Pourquoi une durée de 4’33 » ? Trois hypothèses:

  1. Au moment de la composition de ce morceau, John Cage était en France, où sur les claviers de machines à écrire, le 4 correspond à ‘, et le 3 à  » …
  2. 4 minutes et 33 secondes font 273 secondes; la température de -273°C correspond au zéro absolu, où tout mouvement est impossible
  3. Cette durée a été choisie au hasard

Enfin, fait amusant: en 2004, la BBC, afin de pouvoir retransmettre en direct une performance de ce morceau, a du éteindre momentanément son système de sécurité, qui veut que s’il n’y a pas de bruit sur ses ondes pendant une certaine durée, de la musique est automatiquement diffusée…

Astor Piazzolla – Milonga del Angel

La première série consacrée aux Ave Maria est terminée, nous espérons qu’elle vous a plu! Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir la musique d’Astor Piazzolla (1921-1992), compositeur et bandonéoniste argentin (le bandonéon est un instrument qui ressemble plus ou moins à un accordéon). S’inspirant de la musique populaire de son pays, le tango, il a développé un style qui lui est propre, un tango plus libéré, intégrant des éléments de jazz, utilisant le contrepoint…

La Milonga del Angel s’inscrit dans la Serie del Angel: Introduccion al Angel, Milonga del Angel, Muerte del Angel, Resurreccion del Angel. Le terme milonga désigne, à l’origine, la musique ayant donné naissance au tango, et par extension la danse qui accompagnait cette musique, ainsi que le lieu où elle était jouée.

Bonne écoute…

Arvo Pärt – Spiegel im Spiegel

Arvo Pärt est un compositeur estonien de musique contemporaine (et plus précisément minimaliste), né en 1935; il est connu pour avoir créé le style « tintinnabulum », s’inspirant du son des clochettes. C’est une musique mystique, très épurée.

Le morceau Spiegel im Spiegel (miroir dans le miroir) en est l’un des exemples les plus connus: le piano répète de nombreuses fois les trois notes composant l’accord parfait (celles avec lesquelles s’ouvre le morceau). Ce morceau est souvent utilisé dans des BO de films ou de documentaires.