Dmitri Chostakovitch – Concerto pour violon n°1 – Scherzo (2e mvt)

Le morceau d’aujourd’hui peut vous dérouter… mais diantre qu’il déborde d’originalité et de virtuosité ! Il s’agit du second mouvement du premier concerto pour violon de Chostakovtich, dont ce site vous a déjà beaucoup parlé. Il faut savoir que l’oeuvre de Chostakovitch est « double » : d’une part elle recèle de morceaux très mélodiques, souvent grandioses, mais dont on sait aujourd’hui que leur finalité était surtout de plaire au régime soviétique. D’autre part, on découvre un Chostakovitch avant-gardiste, fouillant dans la musique atonale de sorte à produire des morceaux d’une étonnante intelligence, demandant une virtuosité sans égale.

C’est dans la seconde catégorie qu’on peut ranger ce concerto pour violon, qui dès le premier mouvement fait abstraction de tout thème convenu et tonal. Le second mouvement est un « Scherzo », c’est-à-dire une partie où le compositeur se permet de déroger un peu à la logique du concerto global. Et force est de constater que même sans procédé à la Liszt ou Saint-Saëns (cf. leurs Danses macabres), le résultat final est macabre, démoniaque (ainsi que le qualifie David Oistrakh, dédicataire de ce concerto).

Quelques remarques pour vous guider dans votre écoute :

- 1:36 : on entend un thème un peu laid, limite dissonant, qui dégage une impression de naïveté. Chostakovitch fait ici référence à un paysan russe et traduit en musique une certaine gaucherie; paradoxalement, la technicité du violon est immense ! In fine, la virtuosité produit la candeur et la naïveté… génial, non?

- 1:26 : on entend distinctement un motif de 4 notes (ré/ mi bémol / do / si), qui dans la terminologie musicale allemande donne D-S-C-H, à savoir la signature de Chostakovitch (qui en allemand s’écrit Dmitri Schostakovich). Le procédé est récurrent chez le compositeur. Et d’ailleurs, on l’entend un peu partout dans ce Scherzo, à vous de trouver le reste !

La très bonne interprétation ci-dessous est de Hilary Hahn. Bien entendu, la version de Oistrakh (l’originale !) est la référence !

Benjamin Britten – Peter Grimes

2013 est certes l’année de Wagner et de Verdi, mais on oublie trop souvent que Benjamin Britten fête aussi son centenaire cette année. Quand même, il fallait bien faire honneur au plus grand compositeur britannique du XXe siècle !

Britten connut un grand succès avec son opéra Peter Grimes, créé en 1945, qui signa le renouveau de l’opéra anglais, digne de rivaliser avec les plus grands opéras italiens. L’argument met en scène un héros tragique, pourchassé par la vindicte populaire : Peter Grimes est un marin-pêcheur qu’on accuse d’avoir entraîné la mort de son jeune mousse. Incompris et rejeté par les habitants d’un petit village du Suffolk, Grimes tente tant bien que mal de fuir cette horde de villageois convaincus de sa culpabilité.

Ci-dessous, le prologue de ce très bel opéra, où vous pouvez entendre toute la modernité de la musique du compositeur, ainsi que la beauté du livret. Aux alentours de la 11e minute, vous entendrez le premier interlude musical (partie instrumentale non chantée), intitulé « Dawn » (« Aube »).

D’ici le mois de novembre (mois de la naissance de Britten), nous tâcherons de vous faire découvrir cet opéra dans son intégralité. En attendant, bonne écoute !

PS : Si vous désirez écouter l’interlude en entier, dirigé par Bernstein, cliquer ici.

Astor Piazzolla – Adios Nonino

Ah, Piazzolla ! Cette source inépuisable de fraîcheur et d’exotisme, cette oasis ensoleillée parmi tous ces vieux dinosaures de compositeurs… C’est personnellement toujours un plaisir d’écrire sur sa musique, dont les mélodies de tango sont si bien propices à l’ambiance estivale (enfin, sauf quand il pleut, quoi !)…

Pour vous, aujourd’hui, nous présentons son morceau le plus célèbre, via lequel il s’est fait connaître du monde entier : « Adios, Nonino », écrit en mémoire de son grand-père Vicente « Nonino ». Le morceau a fait l’objet de nombreuses adaptations, mais la plus aboutie est sans doute celle ci-dessous, où Piazzolla joue en compagnie d’un orchestre. L’introduction aux cordes, non mélodique et très déroutante, rappelle fortement Stravinsky, et l’orchestre s’oppose au son exotique du bandonéon, avant de le soutenir dans une épanchement mélodique absolument délicieux d’un point de vue auditif.

Pour la petite histoire, ce morceau a été joué lors du mariage princier de l’actuel couple royal des Pays-Bas, en hommage aux origines argentines de la reine Maxima.

Georges Delerue – La Nuit Américaine – Le Grand Choral

la nuit américaine, affiche du filmJe vous propose d’écouter un peu de musique de film ce soir, avec ce morceau écrit par le compositeur roubaisien Georges Delerue (1925-1992) pour La Nuit Américaine de François Truffaut, morceau qui s’apparente à un mini concerto pour trompette… Au début, on pourrait presque croire à un air de Haendel (par exemple, Zadok the Priest, qui a inspiré l’air de la ligue des champions)…

Un air joyeux et entraînant, comme pour célébrer le (court) retour du soleil en cette journée!

Henri Dutilleux – Sonatine pour flûte

Henri DutilleuxLe compositeur français Henri Dutilleux, né en 1916, est mort aujourd’hui ; il était l’un des compositeurs de musique contemporaine les plus joués, peut-être parce que sa musique était relativement accessible, s’inscrivant dans la lignée de compositeurs comme Debussy ou Ravel. La musique classique française perd ainsi l’une de ses figures les plus imposantes de la deuxième moitié du XX° siècle. En son hommage, nous vous proposons d’écouter sa sonatine pour flûte et piano.

Alfred Schnittke – Suite dans l’Ancien Style – Menuet

On termine la journée avec un joli de morceau de Schnittke, qui nous avait déjà habitué à pas mal de belles choses… Ici, le grand compositeur de musiques de film qu’il est nous montre à nouveau sa grande habileté musicologique : écrire des morceaux qui auraient pu être composés par les plus grands noms du baroque. Force est de constater qu’il y arrive bien, et on se ferait limite avoir… si un piano, instrument qui n’existait pas à l’époque baroque, ne jouait pas derrière !

Bonne nuit à tous !

Maurice Jarre – Dr Jivago

Amis du soir, bonsoir. Il est vendredi, presque samedi, et personne pour alimenter la rubrique hors-jeu… Désolé d’avoir été aussi peu réguliers cette semaine, mais promis, nous nous remettons au travail dès ce week-end !

Dernière folie d’une semaine parsemée par les oeuvres contemporaines, une nouvelle musique écrite pour le grand écran, mais cette fois-ci par un compositeur bien Français, j’ai nommé Maurice Jarre (1924-2009). Vous avez sûrement déjà ouï son nom quelque part : sa renommée s’est surtout faite grâce au réalisateur David Lean, qui lui a délégué les partitions de Lawrence d’Arabie et de Dr Jivago. Ce dernier film est une fresque immense adaptée du chef-d’oeuvre de Boris Pasternak (qui aurait eu pour son ouvrage un Prix Nobel si le gouvernement soviétique ne l’avait pas empêché d’aller récupérer son prix). Le film n’aurait à cet égard jamais eu la célébrité dont il jouit encore aujourd’hui sans la partition de Jarre : vous connaissez très certainement la « Chanson de Lara » (1:55), leitmotiv représentant l’héroïne dont le Dr Jivago tombe éperdument amoureux. Mais le reste de la partition vaut également le détour, l’orchestration ici réalisée étant plutôt réussie.

En prime, quelques images du film de David Lean, mettant en scène Omar Sharif (dont les courses sont la grande passion) et Julie Christie.

Bonne soirée à tous et bon week-end !