Emmanuel Chabrier – España

Un peu à la manière de Lalo, Emmanuel Chabrier (1841-1894) fait partie de ces compositeurs tombés sous le charme des mille richesses musicales dont regorge l’Espagne, notamment pour ce qui est des danses traditionnelles. C’est lors d’un voyage qu’il fit avec sa famille en 1882 qu’il découvrit le Jota, danse populaire de Valence, dont l’origine remonte au XIIe siècle et qui se pratique à l’occasion des fêtes de la Saint-Jean. Heureuse et féconde découverte, puisqu’elle conduisit Chabrier à coucher tout son enthousiasme pour la culture hispanique sur sa plus célèbre partition, la rhapsodie España.

España est certes une rhapsodie, qui ne suit pas une forme musicale classique, mais n’allez pas croire qu’on peine à s’y retrouver en l’écoutant ! Une introduction rappelant des notes grattées à la guitare précède un premier thème dont le caractère euphorique est implémenté par le battement incessant des percussions aux accents ibériques. Un second thème introduit furtivement par les cuivres s’épanouit grâce aux violons. Enfin, un tiers thème, particulièrement lyrique, se concatène harmonieusement à l’ensemble qui reprend dans la suite ces trois joyeux bouts en faisant se répondre les instruments. Notez l’importance du trombone qui permet à l’orchestre de rebondir majestueusement, d’atteindre l’acmé d’un morceau baigné dans la joie et dans la bonne humeur – pour Chabrier, il s’agissait de voir tout le monde s’embrasser chaque fois que ce morceau finit !

España fit la gloire de Chabrier et l’inscrivit dans la postérité : Manuel de Falla et Gustav Mahler encensèrent celui-ci et des compositeurs modernes tels Debussy et Ravel le citent parmi leurs références en matière de musique « hispanisante ».

Voici, ci-dessous, la version orchestrale de ce morceau, qui met en exergue le grandiose de l’œuvre mais il existe également une version à quatre mains pour piano. Il ne tient plus qu’à vous d’esquisser quelques déhanchés dans votre salon au son de cette savoureuse rhapsodie – laissez-vous aller, demain c’est dimanche !

Franz von Suppé – Die Leichte Kavallerie – Ouverture

Aujourd’hui, c’est le 14 juillet : l’heure du traditionnel défilé sur les Champs-Elysées. L’occasion est trop belle de vous sortir de notre chapeau un beau morceau de fanfare pour célébrer l’événement !

C’est pourquoi vous allez faire connaissance avec l’Autrichien Franz von Suppé (1819-1895). Ce dernier, chef d’orchestre de son état, fut également un compositeur prolifique d’opérettes et opéras, dont la postérité n’a retenu que les élégantes et puissantes ouvertures. L’ouverture de la Cavalerie Légère fait partie de ces morceaux très souvent joués et admirés pour le sentiment de grandiose et d’héroïsme qu’ils procurent. Faisant la part belle aux cuivres, Suppé mime l’arrivée en grandes pompes d’un cortège impérial précédé par la cavalerie légère, qui symbolise à travers l’élégance équestre l’ordre et la légitimité du pouvoir.

A la barre, Herbert von Karajan conduit l’exécution d’un morceau qui vous réconciliera avec les cuivres : trompettes, cors, trombones, voire même ce mastodonte qu’est le tuba!