Frédéric Chopin – Les 21 nocturnes interprétés par Claudio Arrau

NocturnePar Références Classiques – Audituri Te Salutant!
L’atmosphère profondément intériorisée des Nocturnes, leur aspect de murmure tourné vers soi, à rebours de tout effet spectaculaire, est en fait ce qu’il y a de plus difficile à rendre. L’extrême pudeur et l’extrême poésie d’Arrau qui égrène chaque note, chaque arabesque, chaque inflexion du piano avec une retenue presque douloureuse donnent à ces Nocturnes quelque chose de poignant.Se remémorant, au creux d’une nuit qui pourrait être ultime, les tendresses qui l’ont effleuré, les drames qui l’on griffé, les rêveries qui l’ont bercé, Arrau, à travers Chopin, dialogue avec lui-même et l’on est presque gêné d’être présent.
Son piano, aux sonorités chaudes ou argentées, automnales ou apaisées, est comme un carnet intime sur lequel il note des secrets en se les fredonnant, avec une poignée de souffle qui vient embuer la vitre devant laquelle il veille. Au creux de cette nuit qu’on partage avec lui, c’est toute une vie qui passe en vingt et un poèmes envoûtants qui sont vingts et un chefs d’oeuvres recréés.
Note : La liste et le minutage des Nocturnes sont accessibles dans le descriptif de la vidéo.
Source : Le guide Alain Duault

Frédéric Chopin – Nocturne Op.9 N°3

Chopin jeuneCe soir, retrouvons Chopin et sa virtuosité romantique. Nous avions déjà partagé les deux premiers Nocturnes de l’Op. 9, entièrement dédié à Madame Camille Pleyel, la femme du grand pianiste et fabricant de piano à qui Chopin devait beaucoup. Aujourd’hui, (ré)écoutons le 3° volet de cette sublime trilogie.

Durant toute la première partie, Chopin utilise les effets chromatiques avec une infinie nostalgie. Comme souvent avec le génie polonais, la main gauche joue une base harmonieuse d’arpèges alors que la main droite court librement sur le clavier, produisant ces mélodies qui portent sa signature.
Tout d’un coup, la tonalité change et l’agitato débute: plus d’accords tourmentés, plus de contrastes, plus de violence mélodique.
Puis on retourne à la douceur avec la dernière partie qui s’achève dans une descente de tierces quasi dissonantes, suivie d’un legatissimo exquis de finesse. Excellente soirée à toutes et tous!

Frédéric Chopin – Nocturne N°13

Frédéric ChopinRetour à Chopin et ses nocturnes, avec le N°13, l’un des premiers qu’on apprend à jouer, car vous allez l’entendre, il ne comporte pas de majeure difficulté technique… Mais nul besoin de complexité pour faire de la belle musique, jugez-en par vous-mêmes!

Le nocturne commence tout doucement, et gagne progressivement en intensité, comme sait si bien le faire Chopin… On n’a aucun mal à imaginer ce dernier verser une larme à la fin de ce morceau… ou quelqu’un dans son auditoire!

Laissons la place à Maurizio Pollini, grand interprète de Chopin…

Frédéric Chopin – Nocturne n°21 en Do mineur, op. posth

Frédéric Chopin

Ah, les Nocturnes de Chopin… Le fond de commerce de ce blog ! On doit vous avouer que l’on se raccroche souvent à eux lorsqu’il est déjà tard dans la nuit, et que nous sommes en retard sur notre schedule… Comme aujourd’hui ^^

Peu importe que Chopin nous a quittés il y a plus d’un siècle. Il a beau être devenu aujourd’hui un cliché auprès des amateurs de piano classique, il y a toujours une « magie Chopin » qui opère lorsque les notes d’un Nocturne ou d’un Prélude sont joués sur un clavier. Un peu comme ce morceau, l’un des derniers Nocturnes qu’il a écrits; il s’agit sûrement de l’un des plus méconnus, mais bien à tort, vous en conviendrez… On peut dire que Chopin a été assez éclectique sur ce point là : si sa capacité à composer et jouer des morceaux très techniques n’est plus sa démontrer (cf. toutes ses Etudes !), le maestro est également apte à écrire des pièces courtes, faciles techniquement, mais dont la difficulté à faire ressortir toute l’émotion et toute la saveur de la passion chopinienne est transcendante… Vous en conviendrez une nouvelle fois !

Frédéric Chopin – Nocturne N°19

Chopin jeuneAprès le morceau moderne et déroutant d’hier, retour ce soir à la chaleur romantique chopinienne, avec ce nocturne qui semble sortir droit du fond de son coeur blessé, pour atteindre le nôtre…

Bien que ce nocturne soit numéroté 19, il semble qu’il ait été un des premiers composés. Sa notation vient du fait qu’il a été publié posthume.

Chopin posa donc ces notes sur portée quand il était encore en Pologne, et qu’il n’avait sans doute pas encore 20 ans… ça fait réfléchir sur les capacités de la jeunesse!

Tiens, je crois que je vais aller chercher la partition de ce morceau!

Carl Czerny – Nocturne n°4 Op. 368

Les nuits sont certes plus courtes en été, mais cela ne nous empêche pas d’apprécier en ces temps torrides un beau Nocturne quand on peut en dénicher un !

Nous vous avions brièvement évoqué le nom de Carl Czerny (1791-1857), comme celui d’un pédagogue, spécialiste des exercices techniques et exécutant du 5e concerto de Beethoven. Ajoutons à cela que son œuvre fut prolifique (861 opus !), avec au compteur 6 symphonies, une dizaine de concertos, une vingtaine de quatuor à cordes, 4 requiem sans compter toutes les transcriptions de Bach et de Beethoven… Sans oublier qu’il compta parmi ses élèves d’illustres personnages : la reine Victoria en personne, ainsi que le célébrissime Franz Liszt – qui, par l’intermédiaire de son maître, put rencontrer Beethoven, le privilège ultime !

C’est sans doute grâce à sa mémoire prodigieuse et à son exécution pianistique virtuose que Czerny affiche une maîtrise absolue tant au niveau de la composition qu’au niveau de la pratique instrumentale. Le Nocturne suivant témoigne d’une grande érudition dans l’harmonisation, mêlée à une évidente sensibilité. Il vous procure un sentiment de sérénité par sa douceur, et la régularité de la main gauche (qui exécute inlassablement des triolets) laisse ressentir qu’il s’agit bien là de l’œuvre d’un pédagogue exigeant et rigoureux, aussi bien pour ses élèves que pour lui-même !

Alexandre Scriabine – Œuvres pour main gauche – Nocturne

Bandez-vous les yeux et écoutez ce morceau : que percevez-vous ? Certes, un morceau somme toute très fruste, dans lequel on entend très clairement une unique ligne mélodique mais on est convaincu que deux mains expertes ont été nécessaires pour le mener à bien. Eh bien non, ici seule la main gauche est à l’œuvre ! Impressionnant, n’est-ce pas ?

Outre Maurice Ravel, Alexandre Scriabine (dont l’Etude Pathétique vous a déjà été présentée) est un autre grand compositeur qui s’est essayé à composer pour main gauche uniquement. Jadis membre du corps des Cadets de l’Ecole militaire moscovite, Scriabine dut composer ce Nocturne à la demande d’un ancien camarade qui malheureusement perdit à la guerre 50% de sa qualité de pianiste. Qu’à cela ne tienne : à une main, l’on reste en mesure de faire résonner équitablement les différentes voix du piano. Et avec brio !

Par ailleurs, Scriabine était un grand admirateur de Chopin, le maître des fameuses Nocturnes : n’entendez-vous pas un tant soit peu le maître polonais réincarné dans le génie scriabinien ici ? Et le tout d’une seule main, siouplait !