Franz von Suppé – Die Leichte Kavallerie – Ouverture

Aujourd’hui, c’est le 14 juillet : l’heure du traditionnel défilé sur les Champs-Elysées. L’occasion est trop belle de vous sortir de notre chapeau un beau morceau de fanfare pour célébrer l’événement !

C’est pourquoi vous allez faire connaissance avec l’Autrichien Franz von Suppé (1819-1895). Ce dernier, chef d’orchestre de son état, fut également un compositeur prolifique d’opérettes et opéras, dont la postérité n’a retenu que les élégantes et puissantes ouvertures. L’ouverture de la Cavalerie Légère fait partie de ces morceaux très souvent joués et admirés pour le sentiment de grandiose et d’héroïsme qu’ils procurent. Faisant la part belle aux cuivres, Suppé mime l’arrivée en grandes pompes d’un cortège impérial précédé par la cavalerie légère, qui symbolise à travers l’élégance équestre l’ordre et la légitimité du pouvoir.

A la barre, Herbert von Karajan conduit l’exécution d’un morceau qui vous réconciliera avec les cuivres : trompettes, cors, trombones, voire même ce mastodonte qu’est le tuba!

Sergueï Rachmaninov – Bénis le Seigneur, Ô mon âme

Eglise RusseFaisons ce soir une petite plongée dans l’univers métaphysique de Rachmaninov, le romantique russe, à qui nous devons notamment des concertos pour piano fabuleux. Mais aujourd’hui, écoutons ce mouvement des Vigiles nocturnes, tradition de l’Eglise Orthodoxe. Rachmaninov a été, comme bien des Russes, élevé dans la foi chrétienne orthodoxe et il renvoie ici l’ascenseur avec ce chant méditatif, qui porte le Psaume 103 (102). Vous allez voir, Rachmaninov atteint ici une profondeur inouïe.

Composé en 2 semaines (ce qui laisse songeur quant à sa puissance d’inspiration), l’ensemble de l’oeuvre a été interdit de représentation deux ans après sa création par les nouvelles autorités soviétiques, à cause de son caractère religieux.

Désolé, la fin de la vidéo est un silence inutile, mais cette version était trop belle, alors j’ai craqué!

Franz Schubert – Erlkönig

Le Roi des AulnesEcoutons aujourd’hui un superbe lied de Schubert (1797-1828). C’est le deuxième que nous vous proposons après Ellens Dritter Gesang, publié dans le cadre de notre série Ave Maria.

Erlkönig (Le Roi des Aulnes en français) est un poème de Goethe dont les paroles sont données à la fin de l’article. En deux mots, ce poème tragique raconte l’histoire d’un enfant avec son père sur un cheval galopant. Passant devant une végétation inquiétante (l’aulne était l’arbre de la mort dans l’antiquité gréco-romaine), l’enfant apeuré prie son père de le protéger d’une créature maléfique qu’il aperçoit, le roi des aulnes. Celui-ci essaie d’attirer l’enfant à lui, avant de se résoudre à employer la force… Le poème, débuté et terminé par un narrateur, consiste donc en un dialogue entre l’enfant et son père qui, rationnel, ne voit de créature nulle part et tâche donc de le rassurer. Ce dialogue est entrecoupé par le discours aguicheur et pervers du roi des aulnes que seul l’enfant entend…

Pour mettre en musique ce poème effrayant, Schubert a choisi de ne faire chanter qu’une seule personne pour interpréter à la fois le narrateur, l’enfant, le père et le roi des aulnes. Afin de différencier ces personnages, le compositeur a recours à des changements de tonalité (mineure pour le narrateur qui a conscience du drame qui se joue, majeure et mineure pour le père rassurant, mineure pour l’enfant angoissé, majeure pour le roi suave ), des nuances, et des changements de registre (Haut pour le narrateur, plus haut pour l’enfant, bas pour le père, moyen pour le roi).

Sur cette interprétation de la grande Jessye Norman, l’intensité émotionnelle donne des frissons. Comment rester insensible face à une telle voix, et à une telle expressivité (yeux, visages, timbre de voix…)?

Pour l’anecdote, Schubert composa ce Lied à 20 ans et en envoya une copie à Goethe en avant-première. Celui-ci ne donna pas de réponse…

Notez comme les premières notes figurent bien le galop du cheval… Bonne écoute.

Poème le Roi des Aulnes