Giaccomo Puccini – La Tosca est la Callas

PucciniPar Références Classiques – Audituri Te Salutant!

Dès le printemps de 1889, Puccini avait été envoûté par le drame de la Tosca, oeuvre de Victorien Sardou exécuté pour la première fois à la Porte Saint-Martin à Paris. « Je peux voir dans la Tosca » , écrivit-il à son éditeur Giulio Ricordi, « un opéra qui comblerait toutes mes espérances. »

Cependant, Ricordi n’avait pas pensé à Puccini pour Tosca, mais à Alberto Franchetti, compositeur qui avait obtenu un certain succès en Italie. On n’a jamais su vraiment pourquoi Ricordi laissa tomber Franchetti; on peut sans doute présumer que l’immense succès de Manon Lescaut l’avait convaincu que Puccini était l’homme qu’il lui fallait pour cette oeuvre.

Une conspiration fut montée pour expliquer à Franchetti pourquoi un opéra sur Tosca ne pouvait réussir. L’action avec les scènes de torture, les tentatives de viol, les meurtres et les exécutions étaient vraiment trop brutale. En outre Tosca se déroulait sur un arrière plan politico-historique – les républicains contre les royalistes, l’Autriche contre l’Italie, le général Bonaparte contre Mélas et ainsi de suite. Franchetti en fut convaincu. Il rendit ses droits sans difficulté.

Illica et Giacosa (auteurs du livret de l’opéra) n’urent pas pour tâche de donner une leçon d’histoire, mais de fournir à Puccini des phrases et des situations permettant de dégager ses belles créations. Sardou ne fit aucune difficulté. On a même dit qu’il trouvait ce livret supérieur sa propre pièce. Après la 1er exécution le 14 janvier 1900 à Rome, Tosca devint rapidement un immense succès dans le monde entier. Depuis, Tosca n’a cessé de produire l’envoûtement.

Il s’agit là assurément du plus grand enregistrement de Maria Callas en même temps que d’une des plus grandes réussites de l’histoire du disque lyrique! Victor de Sabata sait donner à cette musique toute sa puissance, jouant des entrelacs sonores, des vifs contrastes, de la vigueur rythmique, de tout ce qui fait la matière de cette oeuvre saisissante, qui se lance d’un seul trait avec une force nerveuse, une énergie rarement soulignée avec une telle acuité.

Bien sûr Di Stefano possède le timbre et le goût parfaits pour Mario, bien sûr Tito Gobbi est un Scarpia impressionnant de noirceur et de cynisme. Et puis bien sûr il y a la Callas, Callas souveraine, Callas déchirée et déchirante, Callas tigresse, la voix éclatante, avec une ressource de couleurs et d’accents proprement infinis… Callas en fait LA Tosca, l’unique.

Source : livret EMI et dictionnaire critique Alain Duault.

Note : retrouvez le minutage complet dans le descriptif de la vidéo.

Passages les plus célèbres :
« Dammi i colori… Recondita armonia » (5:24)
« Mario..Mario..Mario » (11:02)
« Tre sbirri » (38:32)
« Vissi d’arte » (1:09:04)
« Lo de’ sospiri » (1:22:26) – le passage du berger, les cloches des églises de Rome au lever du jour
« E lucevan le stelle » (1:31:05)

Gabriel Fauré – Suite Dolly – Berceuse

Gabriel FauréVous connaissez déjà Gabriel Fauré, immense compositeur romantique français de la fin du XIX° siècle, et élève de Saint-Saëns. Mais c’est la première fois que nous vous présentons la suite Dolly, qui est un ensemble de 6 courtes pièces pour piano à 4 mains. Dolly était la fille d’Emma Bardac, avec qui Fauré eut une liaison. Emma, qui était déjà mariée, finira par divorcer, mais pour épouser… Claude Debussy, plusieurs années après sa passion pour Fauré.

Nous commençons par le commencement, avec la berceuse qui est la première des 6 pièces, composée pour l’anniversaire de Dolly (de son vrai nom Hélène) qui avait alors un an. Comme souvent avec les berceuses, il y a un thème lancinant magnifique, et une mélodie plus variée dans les aigus.

Idéal à écouter avant d’aller se coucher! Et pour ceux qui aimeraient retrouver d’autres berceuses, cliquez sur Chopin, Brahms et Godard… Bonne nuit…

Franz Schubert – Marche Militaire N°1

Franz Schubert adolescentDe l’allant et de la bonne humeur aujourd’hui, avec Schubert et sa première marche militaire. Cette oeuvre pour piano à 4 mains a probablement été écrite alors que le jeune Schubert (alors âgé de 20 ou 21 ans) était employé à la maison du comte Esterhazy en Hongrie pour instruire sa fille dans l’art du piano. L’air enjoué, immédiatement mémorisable, en a fait une de ses oeuvres les plus populaires.

Notez comme, à partir de 2’50, le morceau passe brièvement en mode mineur, pour un rendu typique du romantisme schubertien. Avant de retourner au thème martial plus bondissant, en mode majeur. Il faut imaginer Schubert (qui mesurait 1,52m!) riant en jouant avec sa jeune élève et faisant la joie de la maison du comte!

Franz Schubert – Sonate Arpeggione – Allegro moderato (1er mouvement)

L’arpeggione est un instrument de musique inventé en 1823 par le luthier viennois Johann Stauffer. Sa composition est hybride : doté de six cordes, il produit un son similaire à la guitare, mais se joue comme un violoncelle (tenu entre les cuisses). Il fut l’objet d’une mode pendant une décennie avant de tomber dans l’oubli le plus total : il n’en existe plus qu’une petite dizaine dans le monde. Néanmoins, l’existence éphémère de l’arpeggione n’aura pas été vaine, puisqu’elle a pu donner naissance à cette très belle sonate de Schubert, composée en 1824, alors que le compositeur souffrait déjà de la syphilis à un stade très avancé. La sonate a très probablement été commandée par Vincenz Schuster, un virtuose de l’arpeggione et ami de Schubert, qui voulait porter l’instrument au firmament. Elle ne fut publiée qu’en 1971, à titre posthume, alors que l’arpeggione était passé de mode, si bien que la version la plus répandue est celle pour piano et violoncelle, comme celle ci-dessous. Le mal-être schubertien se ressent dès les premières notes, avec une introduction au piano très mélancolique, suivi d’un violoncelle aux accents non moins élégiaques. Les multiples variations et reprises du morceau constituent sa force et lui offrent le caractère intime et confortant de la musique de chambre.

Ci-dessous, une très bonne version, malheureusement coupée en 2 parties, j’espère que vous ne nous en voudrez pas… La musique dans la première vidéo démarre à 00:28. Vous pourrez sur le net trouver une version par Rostropovitch et Britten, mais au tempo un peu plus lent que d’usage.

Sergueï Rachmaninov – Sonate pour Violoncelle et Piano en sol mineur – Allegro scherzando

On appréhende toujours un peu Rachmaninov. Que ce soit en tant que pianiste ou simple amateur de musique, on craint à l’avance ou bien de ne point pouvoir surmonter la très grande difficulté technique des œuvres du maître, ou bien de ne point pouvoir bien comprendre l’extrême complexité musicale née de sa géniale plume. Mais je vous rassure tout de suite : si difficile que soit la musique de Rachmaninov, elle est à même de vous émouvoir autant que Chopin, de vous abattre autant que Schubert, de vous faire décoller autant que Liszt.

Prenez le deuxième mouvement de cette sonate pour violoncelle et piano, l’une des rares pièces de musique de chambre écrites par Rachmaninov. L’introduction seule est pétrifiante : une ligne de basse incisive marque le ton dantesque du morceau et la rapide entrée du violoncelle, instrument qui montre ici à quel point il peut être terrifiant, accentue le caractère suffocant de ce sombre ensemble. Mais le compositeur sait varier les plaisirs, en nous offrant quelques instants de délivrance : à 0:45, le violoncelle se lance dans un épanchement lyrique, accompagné par un piano qui chante ses étincelants aigus. A 2:30, admirez également ce fabuleux phrasé qui s’étend sur une bonne minute. Mais l’impression générale de ce morceau, c’est bien un sentiment d’oppression, d’étouffement. Normal : Rachmaninov sort d’une période de dépression, qui coïncide avec l’époque où le Second Concerto pour Piano a été écrit. Cette sonate, écrite peu après ce dernier concerto, retranscrit donc à nouveau l’état de mélancolie dans lequel le génial Sergueï est plongé… Comme quoi Rachmaninov n’a pas démérité son titre de « romantique tardif » !

Edvard Grieg – Pièces Lyriques – Trolltog

Nous retrouvons Grieg en ce début de semaine ! Aujourd’hui nous vous livrons une de ses Pièces Lyriques, très intéressantes en ce qu’elles brassent les thèmes chers à l’identité norvégienne, notamment pour ce qui est des traditions champêtres, ou encore de la mythologie. Que les amateurs d’heroic fantasy se réjouissent : avec Trolltog, traduit par « Marche des Trolls » ou « Marche des Nains », ils retrouveront une ambiance type Seigneur des Anneaux ! On débute avec une basse obstinée, formée d’un « ré la » incessant qui mime le pas un peu lourd des nains qui reviennent sans doute de la mine après une journée de labeur. Puis, à 1:05, surprise : le calme et la sérénité fait suite à la mélodie un poil inquiétante. Ce second thème, calme et serein donc, fait miroiter une prairie verte, dans laquelle gambadent joyeusement des elfes (ennemis jurés des nains !), des majestueuses licornes, de splendides nymphes… Bref des jeunes gens beaux et insouciants, tout le contraire des trolls toujours affairés au physique un peu ingrat… Qu’à cela ne tienne, le thème inquiétant est répété comme pour signifier l’approche de cette horde déchaînée vers la paisible prairie, prête à massacrer ces pauvres Adonis et autres Psychés dénudés et pacifistes ! Mais le morceau ne semble pas nous dévoiler la suite, puisqu’il se conclut assez brutalement… Mais rien ne vous empêche d’imaginer une histoire à votre tour, partant de cette partition si originale !

Notre pianiste de ce soir s’appelle Mikhaïl Pletnev, chef d’orchestre célèbre pour ses enregistrements avec l’Orchestre national de Russie.

Félix Mendelssohn – Romances Sans Paroles – Venezianisches Gondellied

Vous souvenez-vous des fameuses Romances Sans Paroles du maestro Mendelssohn, qui ne sont décidément pas étrangers à sa célébrité ? Et pour cause : le morceau qui suit vous rentre dans l’esprit et, for sure, n’en sort plus. « Venezianisches Gondellied » ( ou Venetian Gondola Song, en français : « Chanson de gondole vénitienne »), car tel est son petit nom, nous emmène une fois de plus en Italie, ou plutôt devrais-je dire l’Italie que Mendelssohn nous fait découvrir par sa musique. Nul besoin de mots, juste une mélodie lancinante et un rythme ternaire qui mime l’inlassable mouvement de la gondole vénitienne pilotée par un rameur sous les lueurs de la pleine lune. Inlassable, mais pas moins romantique : ne sentez-vous pas émerger des sueurs froides lorsque Daniel Barenboïm, au clavier, fait scintiller des trilles mimant les gouttes d’eau qui ruissellent délicatement de la coque de la gondole ? A défaut d’une image qui vous convienne, rien ne vous empêche d’apprécier une musique langoureuse vous tenant compagnie en cette douloureuse fin de week-end… :)