Johann Sebastian Bach – Toccata BWV 914

Un morceau qui va sans doute réjouir les plus cinéphiles d’entre vous !

Avant de devenir le « père de la musique », comme on aime souvent le surnommer, Bach a été jeune et a longtemps cherché son style avant que celui-ci ne devienne celui qu’on connaît tous aujourd’hui. On sait par exemple qu’il admirait Buxtehude et s’adaptait volontiers à la mode du « Stylus Phantasticus ».

Pour se faire une bonne idée du style de Bach à ses débuts, rien de mieux que les sept toccatas qu’il composa entre 1707 et 1711, alors qu’il officiait en tant que maître de Chapelle à Weimar, au service du duc Guillaume II de Saxe. Malgré leur style déroutant et virtuose cher aux improvisateurs (ce qui ne fait pas tout de suite penser à Bach), elles regorgent de techniques qui seront réemployées par le compositeur dans ses oeuvres « canoniques ».

La toccata BWV 914 illustre bien mon propos. Composée de quatre sections – une introduction, un fugato, un Adagio et une Fugue – elle recèle de « clefs » de lecture essentielles pour style de Bach, dont des traits remarquables comme les sauts d’octave à la main gauche ou encore les accords de sixte en contretemps à la main droite (qu’on retrouve aussi dans la fameuse Toccata en ré mineur BWV 565).

L’Adagio (2:59) est particulièrement intéressante puisqu’elle dénote le style d’improvisation que Bach a expérimenté avec le Stylus Phantasticus. Vous remarquerez la coupure (aux alentours de 3:45) où la phrase musicale se fait plus bégayante et s’embarrasse de quelques ornements – ce qui est d’ailleurs très bien rendu par Glenn Gould. Vient la Fugue, à trois voix (6:00), dont vous remarquez tout de suite la virtuosité digitale, inhabituelle pour un morceau composé pour clavecin à l’origine.

Les aficionados de Jacques Audiard ont sans doute reconnu ce morceau, qui est joué en boucle dans De Battre mon Coeur s’est arrêté (2005) avec Romain Duris. Ce dernier campe le rôle d’un jeune bandit qui se repentit grâce au piano et à ce morceau précisément. Je vous offre en prime un extrait du long métrage, avec un conseil avisé pour tous ceux qui voudront s’attaquer à ce magnifique morceau un jour : n’essayez jamais de jouer Bach en rubato !…

Voici donc la version de Glenn Gould et l’extrait du film !

Schindler’s List- Pripetshok and Nacht Aktion

Nous profitons du jour « hors-jeu » pour vous présenter un deuxième morceau de la Liste de Schindler. Le premier était le thème, et nous avions omis de noter que le violoniste qu’on entend dans tout le film n’est autre qu’ Itzhak Perlman, dont nous vous avons tant parlé ! Les paroles de ce dernier concernant John Williams sont touchantes : « Je n’arrivais pas à comprendre comment John avait fait pour donner à chaque note une telle authenticité, je lui ai dit : « John, d’où cela t’es venu?! » « 

Ce n’est pas les notes de John Williams que nous vous présentons aujourd’hui, mais celle d’un chant yiddish, que le compositeur remet évidemment à sa sauce dans le film sur Oskar Schindler. La vidéo reprend les images tragiques du film, et pourtant j’ai le sentiment en l’entendant que c’est un chant d’espérance. Espérance peut-être symbolisée par le regard effrayé d’Oskar qui, intérieurement, se rend compte des responsabilités qui l’attendent…

John Barry – A Childhood Memory

John Barry est un compositeur anglais (principalement de musique de films), né en 1933 et mort en 2011. Il est connu pour avoir composé notamment les bandes originales de 11 James Bond, mais aussi de Out of Africa ou encore Danse avec les loups.
Son père était projectionniste de films muets et sa mère était pianiste. Il a grandi dans le milieu du cinéma et la musique et il reconnaissait que les moments passés dans les cinémas de son père au nord de l’Angleterre influencèrent ses goûts musicaux et ces centres d’intérêts.
Laissez-vous bercer tranquillement par ces harmonies qui évoquent peut-être ses souvenirs d’enfance!

Craig Armstrong – Glasgow Love Theme

Le week-end est pour certains l’occasion d’aller au cinéma. Le 7ème art nous fait souvent découvrir des musiques formidables, que ce soit lorsqu’un film s’appuie sur une oeuvre d’un compositeur disparu ou lorsque la bande originale est écrite par un musicien contemporain. C’est pourquoi nous proposons parfois sur ce site l’écoute de morceaux qui ne sont pas forcément uniquement issus des grandes périodes musicales qui ont marquées l’histoire (baroque, classique ou encore romantique), mais qui peuvent avoir été composés à l’occasion de la production d’un film.

Voici un morceau écrit par le compositeur écossais Craig Armstrong pour le film Love Actually, sorti en salle en 2003. Vous pouvez facilement (re)découvrir d’autres oeuvres de Craig Armstrong, que vous connaissez sans doute déjà si vous avez vu des films comme Romeo + Juliet ou Ray.

Alfred Schnittke – Histoire d’un acteur inconnu – Valse

Hier soir, à Paris, il a neigé. Et pas qu’un peu. Vêtue de son inhabituel manteau de fourrure blanc, la capitale semblait plongée dans une hibernation forcée, camouflant sous un voile pudique toute forme palpable de vie. C’est en foulant l’avenue de l’Opéra qu’une réminiscence musicale s’empara de mon esprit. Une musique régulière, mélancolique, que je n’eus aucune peine à fredonner dans son intégralité tant son phrasé, limpide, découlait naturellement. Comme si ce morceau avait toujours existé dans la mémoire et que seul un paysage enneigé d’une telle beauté pouvait le révéler à l’esprit.

Ce morceau, c’est une valse, comme les Russes savent si bien en écrire, surtout lorsqu’il s’agit d’une musique de film! Le compositeur s’appelle Alfred Schnittke, né soviétique en 1934 et décédé en 1998 à Hambourg. Il s’est principalement distingué par son oeuvre de musique de chambre (très influencée par le sérialisme) et ses compositions pour films. Alors que ces dernières étaient censées servir le film, elles sont paradoxalement devenues plus célèbres que le film en question ! C’est ce qu’il s’est notamment produit pour Histoire d’un acteur inconnu, réalisé par un certain Alexandre Zarkhy en 1976, dont personne ne se souvient vraiment… En revanche, la musique, elle, est restée. Cette valse, en particulier, est particulièrement touchante. Elle m’évoque l’image d’un homme, marchant seul sur un sol enneigé vierge, s’éloignant petit à petit après avoir fait ses adieux à un monde qu’il n’a jamais su intégrer…

Peut-être avez vous déjà entendu ce morceau sur Radio Classique et que vous en avez oublié le nom… C’est mon cas de fait :)