Philip Glass – Japura River (en quatuor de guitares)

Philip GlassPar Elisabeth R – Audituri Te Salutant!

Philipp Glass est, aux côté de Steve Reich, une figure de la musique expérimentale qu’il qualifie plutôt de musique à « structures répétitives ». Le groupe brésilien Uakti a quant à lui, la singularité de fabriquer ses instruments de musique, obtenant ainsi des sonorités surprenantes qui vont d’ailleurs interpeller Philip Glass lors d’un voyage au Brésil. Quelques années plus tard, leur collaboration donnera lieu entre autre à l’enregistrement de l’album Aguas de Amazonia, dont est issue la pièce Japura River.

C’est une tout autre adaptation qui est proposée ici : le quatuor de guitares est une formation rare, pourtant il offre une multitude de possibilités sonores, révélant le pouvoir émotionnel d’un instrument aux nombreuses facettes. Une formation aussi atypique – inclassable – que le quatuor de guitares, se prête à merveille aux détournements esthétiques et au mélange des genres qui façonnent la musique d’aujourd’hui, faisant tomber les barrières entre musiques actuelles, traditionnelles, jazz, écriture savante.

Astor Piazzolla – Triunfal

La rédaction de Lamusiqueclassique.com se réveille enfin de sa cuite post-nouvel an et tient à s’excuser pour son manque d’assiduité dernièrement. Enfin, assez d’auto-justifications, nous vous souhaitons à toutes et à tous une bonne année 2015 !

On commence bien l’année avec Astor Piazzolla, que nous vous avons fait découvrir à maintes reprises comme l’un des musiciens classiques argentins les plus importants. Mais si, souvenez-vous, ce compositeur exotique maniant avec une virtuosié rare son instrument de prédilection, le bandonéon, tout en ayant su sa carrière durant conserver une facture classique et varier les plaisirs autour du tango, la danse traditionnelle qui court les rues de Buenos Aires.

Une méprise impardonnable aujourd’hui serait de réduire la musique de Piazzolla au cliché d’une chansonnette inoffensive et contingente de cabaret, à écouter avec une humeur distraite et un cigare aux lèvres. Rares sont les compositeurs qui ont atteint un tel degré de sophistication dans l’écriture d’une oeuvre latino-américaine qui ne tombât dans le cliché de la musique ensoleillée et frivole arrosée au mojito. Pourtant, nul n’ignore l’élitisme et le conservatisme du milieu de la musique classique, de surcroît au XXe siècle; et c’est bien un voeu pieu que de croire que le bandonéon pût un jour surclasser le piano ou le violon dans les salles de concert et les festivals.

C’est donc le coeur tiraillé entre son amour pour le bandonéon – qu’il a pratiqué toute sa vie – et le désir de se construire une réputation de musicien sérieux que Piazzolla arrive à Paris en 1954 pour étudier, par le biais d’une bourse, auprès de la célèbre pédagogue Nadia Boulanger. Planchant sur la composition et l’harmonie le jour, il gagne sa vie en jouant la nuit dans un cabaret de la capitale. Quand vint le jour où Boulanger, consciente de son talent, lui demanda : « Vous ne jouez pas du piano. Quel est alors votre instrument ? », ce à quoi Piazzolla répondit, à demi-mot. En guise de preuve, il lui joua ce morceau, Triunfal, qui lui avait jadis valu de gagner le premier prix du concours Sevitzky.

Après quoi Boulanger lui souffla : « Astor, vos compositions classiques sont intéressantes. Mais le véritable Piazzolla est là et, de grâce, ne l’abandonnez jamais ».