Tomás Luis de Victoria – O Magnum Mysterium

Tomas Luis de VictoriaEncore de la musique « mystique » ce soir, avec cette magnifique messe polyphonique. C’est la première fois que nous publions une composition de Tomas Luis de Victoria. Vous allez voir, il n’est pas aussi connu qu’il le mérite.

Ce morceau sera également interprété au concert que je co-organise ce vendredi 11 décembre à St-Louis-en-l’île, au bénéfice d’une école au Cambodge. Venez, je serai à la billetterie et ravi de vous rencontrer!

Antonio Sartorio – Giulio Cesare in Egitto – « Quando voglio… »

Ce soir, un compositeur du XVIIe siècle, relativement méconnu aujourd’hui, qui fut pourtant l’un des compositeurs d’opéra les plus importants qu’a connus la République de Venise : Antonio Sartorio (1630-1680). Ayant officié une grande partie de sa vie en tant que Kapellmeister auprès du duc Johann Friedrich de Brunswick-Lüneburg, Sartorio s’est essentiellement distingué par sa musique vocale dont le style méditerranéen, très exotique aux oreilles du public de Hanovre où il était basé, était globalement apprécié.

Giulio Cesare in Egitto arrive relativement tard dans le répertoire du compositeur et met en scène les amours de Jules César et Cléopâtre, sur un livret de Giacomo Francesco Bussani. C’est ce même opéra qui a inspiré le Giulio Cesare de Haendel, créé en 1724, dont le succès fut tel qu’on en oublia rapidement l’original… A cet égard, l’opéra de Sartorio a été joué pour la dernière fois en 1689 avant d’être redécouvert par un musicologue de la Julliard School… en 2001 seulement !

Quand bien même l’oeuvre ne fut pas considérée comme révolutionnaire à son époque, l’on se délecte sans peine des caprices de la reine Cléopâtre. La version ci-dessous est signée Patricia Petibon, célèbre soprane française, dont vous noterez avec plaisir toute l’émotion qui se dégage de la voix.

Johann Sebastian Bach – Toccata BWV 914

Un morceau qui va sans doute réjouir les plus cinéphiles d’entre vous !

Avant de devenir le « père de la musique », comme on aime souvent le surnommer, Bach a été jeune et a longtemps cherché son style avant que celui-ci ne devienne celui qu’on connaît tous aujourd’hui. On sait par exemple qu’il admirait Buxtehude et s’adaptait volontiers à la mode du « Stylus Phantasticus ».

Pour se faire une bonne idée du style de Bach à ses débuts, rien de mieux que les sept toccatas qu’il composa entre 1707 et 1711, alors qu’il officiait en tant que maître de Chapelle à Weimar, au service du duc Guillaume II de Saxe. Malgré leur style déroutant et virtuose cher aux improvisateurs (ce qui ne fait pas tout de suite penser à Bach), elles regorgent de techniques qui seront réemployées par le compositeur dans ses oeuvres « canoniques ».

La toccata BWV 914 illustre bien mon propos. Composée de quatre sections – une introduction, un fugato, un Adagio et une Fugue – elle recèle de « clefs » de lecture essentielles pour style de Bach, dont des traits remarquables comme les sauts d’octave à la main gauche ou encore les accords de sixte en contretemps à la main droite (qu’on retrouve aussi dans la fameuse Toccata en ré mineur BWV 565).

L’Adagio (2:59) est particulièrement intéressante puisqu’elle dénote le style d’improvisation que Bach a expérimenté avec le Stylus Phantasticus. Vous remarquerez la coupure (aux alentours de 3:45) où la phrase musicale se fait plus bégayante et s’embarrasse de quelques ornements – ce qui est d’ailleurs très bien rendu par Glenn Gould. Vient la Fugue, à trois voix (6:00), dont vous remarquez tout de suite la virtuosité digitale, inhabituelle pour un morceau composé pour clavecin à l’origine.

Les aficionados de Jacques Audiard ont sans doute reconnu ce morceau, qui est joué en boucle dans De Battre mon Coeur s’est arrêté (2005) avec Romain Duris. Ce dernier campe le rôle d’un jeune bandit qui se repentit grâce au piano et à ce morceau précisément. Je vous offre en prime un extrait du long métrage, avec un conseil avisé pour tous ceux qui voudront s’attaquer à ce magnifique morceau un jour : n’essayez jamais de jouer Bach en rubato !…

Voici donc la version de Glenn Gould et l’extrait du film !