Dmitri Chostakovitch – Concerto pour violon n°1 – Scherzo (2e mvt)

Le morceau d’aujourd’hui peut vous dérouter… mais diantre qu’il déborde d’originalité et de virtuosité ! Il s’agit du second mouvement du premier concerto pour violon de Chostakovtich, dont ce site vous a déjà beaucoup parlé. Il faut savoir que l’oeuvre de Chostakovitch est « double » : d’une part elle recèle de morceaux très mélodiques, souvent grandioses, mais dont on sait aujourd’hui que leur finalité était surtout de plaire au régime soviétique. D’autre part, on découvre un Chostakovitch avant-gardiste, fouillant dans la musique atonale de sorte à produire des morceaux d’une étonnante intelligence, demandant une virtuosité sans égale.

C’est dans la seconde catégorie qu’on peut ranger ce concerto pour violon, qui dès le premier mouvement fait abstraction de tout thème convenu et tonal. Le second mouvement est un « Scherzo », c’est-à-dire une partie où le compositeur se permet de déroger un peu à la logique du concerto global. Et force est de constater que même sans procédé à la Liszt ou Saint-Saëns (cf. leurs Danses macabres), le résultat final est macabre, démoniaque (ainsi que le qualifie David Oistrakh, dédicataire de ce concerto).

Quelques remarques pour vous guider dans votre écoute :

- 1:36 : on entend un thème un peu laid, limite dissonant, qui dégage une impression de naïveté. Chostakovitch fait ici référence à un paysan russe et traduit en musique une certaine gaucherie; paradoxalement, la technicité du violon est immense ! In fine, la virtuosité produit la candeur et la naïveté… génial, non?

- 1:26 : on entend distinctement un motif de 4 notes (ré/ mi bémol / do / si), qui dans la terminologie musicale allemande donne D-S-C-H, à savoir la signature de Chostakovitch (qui en allemand s’écrit Dmitri Schostakovich). Le procédé est récurrent chez le compositeur. Et d’ailleurs, on l’entend un peu partout dans ce Scherzo, à vous de trouver le reste !

La très bonne interprétation ci-dessous est de Hilary Hahn. Bien entendu, la version de Oistrakh (l’originale !) est la référence !

Richard Strauss – Une vie de héros (2/4)

Deuxième épisode de la vie du héros, alias Richard Strauss faisant vaillamment front aux détracteurs qui veulent lui faire la peau ! Après avoir entendu le thème majestueux puis celui, perfide, des adversaires du héros, voici la troisième « section » de ce poème symphonique, qui met un violon au centre de l’action. Une section dont la forme ressemble de près à un récitatif d’opéra, le violon étant le soliste jouant seul de longs phrasés, introduisant des nouveaux motifs qui seront repris par la suite. De temps en temps, Strauss glisse des petits « aide-mémoire », en casant ci et là les thèmes des deux premières sections, qu’on reconnaît sans peine.

Dans cette troisième partie, la compagne du héros est à l’honneur : elle qui, contre vents et marées, défend son bien-aimé, méritait bien ce long récitatif conduit par un instrument si délicat qu’est le violon ! L’épouse de Strauss, Pauline de Ahna, est bien sûr la source d’inspiration de cette section. Elle figurera également comme la muse du compositeur dans certains lieder ainsi que dans la célèbre Sinfonia Domestica.

Petite note du mélomane : si vous avez envie d’écouter « Une vie de héros » en concert, vous serez servis dès septembre prochain. Vous aurez même l’embarras du choix quant à la date : la salle Pleyel à Paris l’a programmée à cinq reprises (sic).

Richard Strauss – Une vie de héros (1/4)

Richard Strauss

On connaît Richard Strauss pour son fameux Zarathoustra, un poème symphonique dont la célébrissime introduction est aujourd’hui surexploitée (bandes sonores de films et autres clips de campagne BDE…). Cela est fort dommage : si Zarathoustra est bien une oeuvre gigantesque, elle ne doit point éluder les autres poèmes musicaux tout aussi passionnants nés de la plume inspirée de Strauss. « Une Vie de Héros » (Ein Heldenleben, auf Deutsch), par exemple, ne devrait pas échapper à votre culture musicale, bien que celle-ci soit déjà bien fournie, nous n’en doutons pas ;-) .

« Une Vie de Héros » a été achevé en 1898 et est le premier poème de Strauss qui ne soit pas inspiré d’une oeuvre littéraire (exemples : Zarathoustra, Don Quichotte, Macbeth etc.), même si sa trame peut faire penser aux étapes narratives du grand roman de Cervantès. Le poème, dont l’exécution est quasi-ininterrompue sur plus de 40 minutes, se décompose officieusement en plusieurs sections qui dépeignent chacune dans son style une étape de la vie du héros. Le sujet n’étant pas le chevalier de la Mancha, le « héros » ici est en réalité une personnification du compositeur lui-même, qui s’érige en véritable Surhomme effarouché bravant les dangers et les péripéties d’une vie authentiquement épique. Dans l’esprit de Strauss, il s’agissait de mettre en musique son combat ininterrompu et éreintant contre ses détracteurs, une funeste cabale qui donnait bien du fil à retordre à sa prometteuse carrière… mais je suis sûr que chacun de nous se reconnaîtra dans cette « vie de héros », tant nous aussi, nous avons nos némésis, nos compagnons de route et notre oeuvre personnelle vers la grandeur et la paix universelle !

Pour ne pas occuper toute votre soirée avec ce morceau, nous vous proposons d’écouter seulement les deux premières « étapes » de cette vie héroïque décidément bien remplie :

- Le Héros (Der Held) : présentation du personnage éponyme, annoncé par un thème brillant joué à l’unisson par les cors et les violoncelles, qui passent ensuite le relais aux vents et aux cordes aiguës qui, à leur tour, produisent un motif de contraste lyrique. La trompette vient compléter l’ambiance de fanfare qui accompagne le héros. La section s’achève sur un grand silence – la seule interruption que la pièce comptera.

- Les adversaires du Héros (Des Helden Widersacher) : une section moins énergique et ainsi moins charmante, mais c’est l’effet recherché puisqu’il s’agit de dégager musicalement la perfidie des adversaires qui osent barrer la route des louables desseins de notre personnage – mais après tout, un héros serait-il ce qu’il est sans ennemis? Les bois et les cuivres font l’essentiel du travail ici. À noter le leitmotiv très court (quatre notes) très célèbre joué aux tubas, censé évoquer un redoutable critique viennois de l’époque, Eduard Hanslick.

A la fin de la vidéo, un violon commencera son solo mais il est préférable d’en rester là : l’oeuvre est certes prenante mais comme je l’ai dit, loin de nous l’idée de vous faire rester toute une soirée devant votre écran ^^ A très bientôt pour la suite des aventures, que nous vous assurons trépidantes : il faut dire qu’avec un chef de l’envergure de Mariss Jansons, vous ne risquez pas de vous ennuyer un seul instant !