Gustav Mahler – Lieder eines fahrenden Gesellen – Ging heut morgen übers Feld

Gustav MahlerC’est un chant plein d’entrain que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui! Il est tiré du recueil de Lieder « Lieder eines fahrenden Gesellen » – en français, Chants d’un compagnon errant… Le compagnon erre dans la campagne, en l’occurence, puisque le titre de ce chant, traduit en français, signifie « Je suis allé à travers les champs ce matin ».
Et si la mélodie ne vous est pas inconnue, c’est peut-être que vous l’avez déjà entendue dans la Symphonie N°1 de Mahler, Titan , dont nous avons présenté deux mouvements sur ce site…

C’est le regretté Fischer-Dieskau qui interprète ici ce chant plein de joie, dans lequel le poète et musicien s’extasie sur la beauté du monde…

Gustav Mahler – Symphonie N°1 « Titan » – 4° Mouvement

Gustav MahlerNous vous avions déjà présenté Titan, la première symphonie de Mahler, pour évoquer son troisième mouvement. Le quatrième mouvement que nous vous proposons d’écouter aujourd’hui porte comme annotation « Stürmig bewegt », ce qui se pourrait se traduire par « très tourmenté et agité », comme on le comprend dès le début… Le mouvement étant très long, il faudra deux vidéos pour vous le présenter. Je vous propose en prime une petite analyse de ce superbe morceau, qui vaut ce qu’elle vaut… Le grand chef d’orchestre Leonard Bernstein dirige ici le Wiener Philarmonik.

En gros, on pourrait dire que l’esprit général de ce mouvement est celui d’une lutte pour retrouver le bonheur qui avait été évoqué dans le premier mouvement de la symphonie… Pour le détail, allez voir plus bas!

Première vidéo

Le mouvement commence de manière très dramatique, on est pris dans un véritable cauchemar musical… (ne me méprenez pas, un cauchemar dans lequel on trouve un immense plaisir à se trouver!). A partir de1:05 surgit un thème que j’appellerai le thème A, comme Angoisse, et qui était déjà présent dans le premier mouvement…

3:13: un peu de lumière apparaît, timidement… puis semble croître et prendre confiance, notamment à partir de 5:25, avec les violons qui montent… On est proche de trouver l’apaisement à 5:45, et malgré les relents inquiets des violoncelles qui veulent peut-être rappeler le néant dans lequel on se trouvait avant et qui n’est pas si loin, ceux-ci rejoignent finalement l’harmonie à 6:04, paraîssant finalement être eux-mêmes rassurés (remarquez le geste de la main de Bernstein, semblant dire « tout va bien »…). On semble être au bout de nos peines…

6:37: alors qu’on pensait être saufs, il suffit à Mahler d’une seule note (génie!) pour nous replonger dans l’angoisse… et quelques secondes plus tard, à 7:05, on replonge dans le cauchemar, avec un écho du thème A qui retentit…

7:45: la lumière reprend le dessus avec les trompettes… à 8:03 sonnent les premières notes de ce que j’appellerai le thème B (comme Bonheur ;-), qui n’est autre qu’une variante joyeuse du thème A… mais cette victoire n’est que de courte durée, puisqu’à 8:15, l’angoisse reprend violemment le dessus, avec des échos du thème A (8:17, 8:27…). A 8:48, on retrouve l’introduction du thème A, qu’on avait entendue à 0:14…

Et puis tout d’un coup, à 9:10, « comme s’il était tombé du ciel, comme s’il venait d’un autre monde », selon les mots de Mahler, éclate un accord de ré majeur, rayonnant… la fanfare triomphante (thème B) ressurgit à 9:26… Et la deuxième partie du thème B, que l’on découvre à 9:38, n’est pas sans rappeller la fin de l’Alleluia du Messie de Haendel (« And he shall reign for ever and ever… »). J’imagine que Mahler a choisi de faire ce rappel de manière délibérée…

Deuxième vidéo

Pour une fois, les vidéos ne sont pas trop mal coupées, puisque cette deuxième vidéo correspond à la deuxième partie de ce dernier mouvement de Titan.

Le début rappelle le tout début du premier mouvement de la symphonie.

1:45: on retrouve le thème principal du premier mouvement (lui même inspiré d’un Lied de Mahler, « Ging heut Morgen übers Feld » , « je suis allé ce matin sur les champs », mais nous vous en parlerons plus en détail lorsque nous vous présenterons le premier mouvement de Titan…)

3:28: libération (appréciez comme Bernstein se lâche)

4:18: La tension ressurgit, et on retrouve le thème A que l’on pensait oublié…

5:30: Les éclats victorieux rejaillissent timidement, avec les trompettes reprenant la même montée qu’à la fin du premier mouvement…

5:55: La tension monte, on a peur que ça se termine mal… Mais c’est bien un thème victorieux qui éclate à 6:15, et pour de bon, cette fois-ci! Le thème B réapparaît, pour conclure la symphonie de manière heureuse…

Gustav Mahler – Ich bin der Welt abhanden gekommen

Gustav Mahler« Je me suis retiré du monde », c’est la traduction du titre de ce superbe Lied de Gustav Mahler, ici interprété ici par le baryton Dietrich Fischer-Dieskau, accompagné au piano par Daniel Barenboim. La musique de Mahler vient illustrer un poème de Friedrich Rückert; le poète déclare qu’il lui importe peu de vivre séparé du monde, et qu’il est désormais au calme, à l’abri de son tumulte… Le poème se termine ainsi: je vis seul, dans mon ciel, dans mon amour, dans mon chant…

Je vous laisse vous imprégner de la paix que dégage ce morceau…

Gustav Mahler – Symphonie N°2 « Résurrection » – Premier mouvement

Gustav MahlerLe 18 mai dernier, nous fêtions les 100 ans de la mort de Gustav Mahler.

La symphonie N°2 de Mahler, dite « Résurrection », est très métaphysique. Le premier mouvement fait office de marche funèbre, le deuxième évoque les moments heureux de la vie du défunt, et les troisième et quatrième abordent respectivement la mort de la foi, et son renouveau; le cinquième et dernier mouvement est une esquisse du Jugement Dernier, et de la résurrection des morts.

Fait notable: après la première représentation parisienne, Debussy dira de cette oeuvre: « Ouvrons l’œil (et fermons l’oreille)… Le goût français n’admettra jamais ces géants pneumatiques à d’autre honneur que de servir de réclame à Bibendum »…

Ce premier mouvement de la symphonie Résurrection, s’il comporte quelques passages très doux (2:55 à 3:36, menant à une interrogation existentielle à 3:45), est globalement assez pessimiste et violent – il atteint son apogée lors du superbe passage entre 16:23 à 16:40. Mahler avait demandé à ce que l’orchestre fasse une pause de cinq minutes à l’issue du premier mouvement, sans doute pour bien nous faire prendre conscience du néant que constitue la mort.

Pour les amoureux de Star Wars, le passage à 2:27 me fait penser à la musique située à la fin de la Guerre des Etoiles (IV), intitulée salle du trône (à partir de 0:20 dans ce lien) (musique qui commence d’ailleurs à peu près comme la marche nuptiale de Mendelssohn…) ;-)

Le premier mouvement de la symphonie N°2 de Mahler est ici dirigé par le chef d’orchestre vénézuelien Gustavo Dudamel, durant les BBC Proms 2011. Je vous recommande l’enregistrement de cette symphonie par Kubelik, grand spécialiste de Mahler… que je n’ai malheureusement pas pu trouver sur youtube…

Gustav Mahler – Symphonie N°10

Gustav MahlerGustav Mahler n’a jamais terminé sa dixième symphonie, emporté par la mort, et le seul mouvement qu’il ait réellement achevé est le premier, un adagio… De nombreux musicologues ont tenté de terminer sa symphonie (le plus célèbre d’entre eux étant un dénommé Cooke), mais souvent, on ne joue que le premier mouvement.

La composition de cette oeuvre est marquée par les déboires conjugaux du compositeur, qui a appris que sa femme Alma le trompait – ce qui explique aussi que Mahler n’ait pas pu finir cette symphonie. On retrouve d’ailleurs des inscriptions terribles sur le manuscrit: « Pitié, O Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? », « Satan le danse avec moi, adieu, ma lyre! », ou encore « Vivre pour toi! Mourir pour toi! Almschi! » …

Nous vous proposons une version dirigée par Leonard Berstein, qui fait partie des chefs d’orchestre qui n’ont jamais joué que le premier mouvement de cette dixième symphonie. Cette oeuvre est sans doute plus difficile à apprécier que la plupart des oeuvres que nous vous présentons, mais si vous avez le temps de « rentrer dedans », vous ne le regretterez pas…

Gustav Mahler – Symphonie N°5 – IV Adagietto

Gustav MahlerPar Mady Mesplé – Audituri Te Salutant!

Le morceau du jour nous est présenté par la grande cantatrice Mady Mesplé, que nous avons rencontrée à l’occasion de la sortie de son livre La Voix du corps. Allez lire le compte-rendu de notre entretien avec Mady Mesplé !

Parmi les musiques que j’adore, il y a la 5ème Symphonie de Malher – notamment l’Adagietto : je pleure toutes les larmes de mon corps lorsque je l’écoute… Qu’est ce qui fait que cela m’arrive ? Je ne sais pas… Wagner me fait ça aussi. Une fois, j’étais à Bayreuth avec une amie toulousaine. Comme on savait qu’on allait au Crépusule des dieux, et qu’on pleurait à chaque fois qu’on l’entendait, on s’était dit : « Aujourd’hui on ne va pas être bête, on ne va pas pleurer, car ce n’est pas la première fois qu’on l’entend ! » Mais on a démarré toutes les deux en même temps ! Avec un seul mouchoir pour deux… L’Adagietto de Mahler, c’est comme si tout d’un coup, au moment où je m’y attends le moins, il y avait une révolution qui se faisait dans tout mon corps ! Je ne sais pas pourquoi, je suis bien, et je suis mal à la fois, tellement je suis heureuse !

L’interprétation que nous vous proposons est celle du chef d’orchestre Rafael Kubelik, grand spécialiste de Mahler – il en a enregistré toutes les symphonies!

Gustav Mahler – Symphonie N°1 Titan – 3° Mouvement

Gustav MahlerLe troisième mouvement de la symphonie N°1, Titan, est l’un de ceux dont l’écoute permet de prendre la mesure de son compositeur, Gustav Mahler (1860-1911). Alternant passages sombres  (notamment la marche marche funèbre sur laquelle s’ouvre le mouvement, reprenant le thème de Frère Jacques en mode mineur) , ironiques (le hautbois reprenant de manière moqueuse le Frère Jacques, à 1:10), joyeux (mélodie juive à partir de 2:45, rappelant les origines de Mahler), et touchants (à partir de 5:10), ce mouvement est essentiel à la compréhension de l’oeuvre de Mahler.

Il choqua une partie des premiers auditeurs, par ce qu’on appellerait aujourd’hui son côté « décalé », alternant mélodies graves et joyeuses sans grand rapport apparent.

Nous vous proposons une interprétation du chef d’orchestre Leonard Bernstein dirigeant le Wiener Philarmonik. N’arrêtez pas le morceau dès le début si vous trouvez que la contrebasse joue faux! C’est le souhait de Mahler, qui voulait que l’introduction soit jouée de manière enfantine…