György Ligeti – Lux Aeterna

Monolithe de 2001, A Space Odyssey
Monolithe de 2001, A Space Odyssey

Ce soir, intéressons-nous à une oeuvre qui ne fera sans doute pas consensus: le Lux Aeterna, tiré du Requiem du compositeur hongrois Ligeti.

Nous sommes ici en pleine musique contemporaine savante. Ligeti marque une rupture avec la musique sérielle (dont Schönberg et Boulez étaient de fameux représentants) et anticipe sur la musique spectrale (mouvement des années 70, dans lequel les compositeurs décomposent les sons à l’aide de machines électroniques).

Il y a un grand décalage entre ce que l’on perçoit de ce morceau et ce qui est écrit: en effet, à l’écoute, on a l’impression de quelque chose d’incohérent, alors qu’en réalité, il y a une mélodie en canon. Chaque syllabe correspond à une note et les différentes voix de femmes qui interviennent au début le font en canon. Par contre, Ligeti brouille volontairement les cartes en donnant au canon un décalage irrégulier. De plus, aucune des 16 voix ne prend le dessus sur les autres, on a plutôt l’impression d’un tuilage permanent, d’amalgames qui se font et se défont imperceptiblement.

Ce morceau fait l’effet d’un continuum perpétuel, comme une apparition qui n’en finit pas d’apparaître ou une disparition qui ne cesse pas. On fait l’expérience du temps pur (sans mesure), du son sans harmonie évidente. Certains diront que ce n’est donc que du bruit, mais pourtant Ligeti aboutit à un résultat remarquable: il offre une expérience quasi mystique ou cosmologique, et donne à nos angoisses métaphysiques une résonnance sensorielle.

Ce n’est sans doute pas pour rien que Kubrick a choisi ce morceau (quelques mois après sa composition!) pour être un des éléments sonores phares de 2001, A Space Odyssey! D’ailleurs, il n’avait pas demandé son avis à Ligeti, qui lui a fait un procès. On aurait envie de lui dire que c’était plutôt un bel hommage et que ça a largement popularisé son oeuvre ;-)