Enrique Granados – Danzas Españolas – Andaluza

Un petit coup de musique espagnole pour illuminer votre soirée… Cette fois, revenons à Granados et à ses célèbres Danses Espagnoles, qui sont un hommage ardent à la patrie du compositeur. On peut dire qu’elle sont à Granados ce que la Suite Espagnole est à Albéniz : une évocation des régions pittoresques de l’Espagne par la musique et l’émotion qu’elle communique. Mais quand le style albénizien reste somme toute de toute propreté, laissant transparaître, à défaut d’une sensualité passionnée, quelques influences impressionnistes, Granados offre une signature donnant beaucoup plus dans le chatoyant, l’ondulation des formes, même parfois l’érotisme.

On ne lui reprochera pas son manque de traditionalisme : après tout, les danses espagnoles sont, aujourd’hui encore, un symbole de la nation ibérique et ont alimenté moult fantasmes en Occident, par leur élégance à demi-voilée de mystère et de mystique. Cela dit, on remarquera que Granados donne assez peu dans le cliché d’une Espagne « carte postale ». D’une part, on notera qu’aucune des danses de l’opus n’ont été composées pour la guitare, instrument si typé « espagnol ». D’autre part, on remarquera qu’ « Andaluza », à l’inverse d’autres morceaux qu’on ne citera pas ici, ne donne pas l’envie spontanée de se lever et esquisser des pas à peine travaillés : comme quoi on peut apprécier une belle danse, composée dans une optique savante, sans nécessairement tomber dans la vulgarité et dans le cliché d’un mauvais flamenco.

On espère que vous apprécierez… En attendant, à bientôt pour d’autres morceaux de cette époque où comme ici, la musique espagnole renaît, vêtue de son plus bel attirail !

Isaac Albéniz – Suite Española – Granada

Nouvel article sur la musique espagnole du XIXe siècle, et aujourd’hui nous vous emmenons jusqu’à Grenade, dans le sud du pays de nos cousins ibères ! Pour cela, Albéniz sera un très bon guide et vous offrira un voyage en première classe. Dans la suite Española, il rend hommage aux plus grandes villes d’Espagne et associe à chacune d’elles un élément artistique qui la singularise. A écouter ce morceau, on y discerne des éléments propres au romantisme européen qui s’associent à des sonorités purement espagnoles : un symbole du brassage culturel qui a bâti la riche histoire de la ville de Grenade?

Si le style diffère assez clairement de Granados, il n’empêche que la musique d’Albéniz est très propre, délicate, tout en restant sensuelle dans une grande mesure. Et l’authenticité n’en démord pas : grand voyageur, Albéniz a dans sa vie vu bien des monts et bien des merveilles…  le contraire du cliché de l’artiste maudit flanqué devant sa table de travail en attendant que sa Muse daigne lui sourire !

A bientôt pour d’autres morceaux de la suite Española et d’autres trésors musicaux venus de la péninsule ibérique !

Enrique Granados – Amor y Odio

Cela va faire un bail que nous n’avons pas évoqué Granados, compositeur espagnol contemporain de Debussy et Ravel, qui a participé aux côtés d’Isaac Albéniz et Manuel de Falla à opérer un renouveau de la musique ibérique. C’était pour eux une nécessité : l’Espagne a en effet produit peu de grands compositeurs à l’époque romantique et la musique italienne prit assez rapidement le dessus.

Comme vous avez pu l’entendre sur La Maya y el Ruiseñor, Granados avait un don pour écrire la musique vocale. Le morceau ci-dessous, intitulé « Amor y Odio » (Amour et Haine) vous confirmera cela : en sol mineur, cette chanson retranscrit les sentiments contradictoires dont il est question. Le thème chanté est alangui, le lyrisme exacerbé; les traits hispanisants, eux, imprègnent gracieusement un morceau chanté non sans une certaine douleur proprement humaine. Tiraillé entre des sentiments si contradictoires mais in fine si semblables, l’être humain n’a plus que la liberté de chanter cette douce complainte…

Paroles et leur traduction ici.

Maurice Ravel – Pavane pour une Infante Défunte

Voilà un classique de Ravel dont il serait difficile de passer à côté : la Pavane pour une Infante Défunte. Il s’agit d’un hommage rendu par le compositeur à une célèbre danse lente, la Pavane, pratiquée à la Cour d’Espagne depuis le XIVe siècle. Une danse qui l’a visiblement marqué : le morceau introduisant Les Contes de Ma Mère l’Oye s’intitule à cet égard « Pavane de la Belle au Bois Dormant ».

Pour sa mélodie belle et langoureuse, ce morceau s’écoute, se réécoute et se retient sans difficulté. Composé pour piano à l’origine (en 1899), le morceau fut orchestré une décennie plus tard, Ravel voulant faire ressortir toute la solennité, tout le côté cérémonieux sous-jacent à cette danse. Malgré tout, le compositeur se montra fort insatisfait de son œuvre, la jugeant trop immature et trop inspirée d’España de Chabrier (vous trouvez, vous ?).

C’est une version orchestrale que nous vous offrons ce soir, conduite par Seiji Ozawa.

Notez bien que « l’Infante Défunte » ne fait référence à aucune princesse ayant succombé à la Faucheuse – Ravel voulait simplement donner un titre comportant une allitération… Et poète avec ça !

Emmanuel Chabrier – España

Un peu à la manière de Lalo, Emmanuel Chabrier (1841-1894) fait partie de ces compositeurs tombés sous le charme des mille richesses musicales dont regorge l’Espagne, notamment pour ce qui est des danses traditionnelles. C’est lors d’un voyage qu’il fit avec sa famille en 1882 qu’il découvrit le Jota, danse populaire de Valence, dont l’origine remonte au XIIe siècle et qui se pratique à l’occasion des fêtes de la Saint-Jean. Heureuse et féconde découverte, puisqu’elle conduisit Chabrier à coucher tout son enthousiasme pour la culture hispanique sur sa plus célèbre partition, la rhapsodie España.

España est certes une rhapsodie, qui ne suit pas une forme musicale classique, mais n’allez pas croire qu’on peine à s’y retrouver en l’écoutant ! Une introduction rappelant des notes grattées à la guitare précède un premier thème dont le caractère euphorique est implémenté par le battement incessant des percussions aux accents ibériques. Un second thème introduit furtivement par les cuivres s’épanouit grâce aux violons. Enfin, un tiers thème, particulièrement lyrique, se concatène harmonieusement à l’ensemble qui reprend dans la suite ces trois joyeux bouts en faisant se répondre les instruments. Notez l’importance du trombone qui permet à l’orchestre de rebondir majestueusement, d’atteindre l’acmé d’un morceau baigné dans la joie et dans la bonne humeur – pour Chabrier, il s’agissait de voir tout le monde s’embrasser chaque fois que ce morceau finit !

España fit la gloire de Chabrier et l’inscrivit dans la postérité : Manuel de Falla et Gustav Mahler encensèrent celui-ci et des compositeurs modernes tels Debussy et Ravel le citent parmi leurs références en matière de musique « hispanisante ».

Voici, ci-dessous, la version orchestrale de ce morceau, qui met en exergue le grandiose de l’œuvre mais il existe également une version à quatre mains pour piano. Il ne tient plus qu’à vous d’esquisser quelques déhanchés dans votre salon au son de cette savoureuse rhapsodie – laissez-vous aller, demain c’est dimanche !