Sergueï Rachmaninov – Sonate pour Violoncelle et Piano en sol mineur – Allegro scherzando

On appréhende toujours un peu Rachmaninov. Que ce soit en tant que pianiste ou simple amateur de musique, on craint à l’avance ou bien de ne point pouvoir surmonter la très grande difficulté technique des œuvres du maître, ou bien de ne point pouvoir bien comprendre l’extrême complexité musicale née de sa géniale plume. Mais je vous rassure tout de suite : si difficile que soit la musique de Rachmaninov, elle est à même de vous émouvoir autant que Chopin, de vous abattre autant que Schubert, de vous faire décoller autant que Liszt.

Prenez le deuxième mouvement de cette sonate pour violoncelle et piano, l’une des rares pièces de musique de chambre écrites par Rachmaninov. L’introduction seule est pétrifiante : une ligne de basse incisive marque le ton dantesque du morceau et la rapide entrée du violoncelle, instrument qui montre ici à quel point il peut être terrifiant, accentue le caractère suffocant de ce sombre ensemble. Mais le compositeur sait varier les plaisirs, en nous offrant quelques instants de délivrance : à 0:45, le violoncelle se lance dans un épanchement lyrique, accompagné par un piano qui chante ses étincelants aigus. A 2:30, admirez également ce fabuleux phrasé qui s’étend sur une bonne minute. Mais l’impression générale de ce morceau, c’est bien un sentiment d’oppression, d’étouffement. Normal : Rachmaninov sort d’une période de dépression, qui coïncide avec l’époque où le Second Concerto pour Piano a été écrit. Cette sonate, écrite peu après ce dernier concerto, retranscrit donc à nouveau l’état de mélancolie dans lequel le génial Sergueï est plongé… Comme quoi Rachmaninov n’a pas démérité son titre de « romantique tardif » !

Astor Piazzolla – Histoire du Tango – Café 1930

Aussi étranger soyez vous de l’Argentine ou de l’Amérique latine toute entière, vous ne pouvez rester indifférent face à Astor Piazzolla, que nous vous avons déjà présenté. Le compositeur sud-américain fait actuellement l’objet d’une redécouverte en France, où il est souvent cité dans des festivals de musique moderne.

Piazzolla, c’est un son, c’est une atmosphère, c’est un exotisme. C’est l’incarnation d’une imagerie, celle d’une Argentine débridée, où l’on y danse le tango aux heures les plus impromptues. Mais aussi celle d’une Argentine en proie à un certain spleen quand bien même le rythme du flamboyant tango, éprouvé aux bras d’un beau cavalier (ou cavalière, tout dépend), vous fait oublier vos malheurs sur le coup de l’instant.

C’est ce délicieux croisement – un je-ne-sais-quoi aussi bien suave que mélancolique – qu’on retrouve dans l’extrait suivant, Café 1930. Dans ce morceau, c’est la langueur, la mélancolie, le mal de vivre qui se fait ressentir à travers les phrasés onctueusement travaillés. Les sursauts de tempo, les modulations qui parcourent ce morceau en renforcent la richesse et le thème principal fait ressortir une délicate sensualité.
Le recueil s’intitule l’Histoire du Tango, qui retrace l’évolution de la pratique de cette danse et les cadres dans lesquelles elle a habité : le bordel, le café et enfin le Nightclub…
Ces morceaux seront maintes fois repris et souvent transposés pour différentes combinaisons d’instruments, du très classique violon-piano au moins conventionnel piccolo-banjo.

J’ai choisi l’extrait suivant (un enregistrement sur la chaîne Mezzo, pour ceux qui ont le câble) parce que le morceau est exécuté par deux instruments classiques, comme dans l’esprit du blog. Je regrette qu’il manque l’introduction au piano, mais la qualité du son émanant du violon éclipse cette imperfection. Si vous cherchez plus original, je vous encourage à écouter l’enregistrement de Yo Yo Ma, qui est accompagné pour l’occasion d’un accordéon !

Ainsi va le tango, tel un leitmotiv dans l’histoire de ce grand pays d’Amérique…