Piotr Illitch Tchaikovski – Sérénade de Don Juan

Habituellement, les chansons classiques , à l’instar des lieder, sont de facture plutôt calme, très élégiaque, voire parfois lénifiante. A en voir le nombre de lieder tristes que nous vous avons déjà présentés, il faut bien croire que cela rencontre son public ! Mais lorsque l’on tombe sur un chant tel que celui-ci, beaucoup plus énergique, fougueux, endiablé, on ne dit pas non. Il s’agit de la « Sérénade de Don Juan » que Tchaikovski a composée en hommage au Don Giovanni de Mozart, un opéra qu’il admirait. Dès les premières notes, on ressent toute la flamme et l’ardeur propres au mythe et à la figure de ce légendaire séducteur. La tonalité et le thème introducteur ne sont pas sans rappeler ceux des danses orientales, un peu comme dans la « Danse d’Anitra » du Peer Gynt où Grieg pastiche le style à merveille.

Bien que le mythe donjuanesque est originaire d’Europe Occidentale (Tirso de Molina, le premier à en faire une pièce de théâtre, était espagnol), le traitement ici est 100% russe : le texte est de Tolstoï, l’harmonie rappelle étrangement les chansons d’Aliabiev (cf. Le Rossignol) et le chanteur, Dmitri Hvorostovsky, est connu pour ses interprétations d’oeuvres typiquement russes. Fixez bien son regard, qui dans la vidéo est bien adapté au côté ténébreux du morceau !

Voilà donc un petit quelque chose qui vous sensibilisera davantage à la « russitude », telle que la décrit notre ami Pavel Alexandre Persikov ;)

Christoph Willibald Glück – Don Juan – Danse des Spectres et des Furies

Christoph Willibald GlückPar Paul-Louis Andres – Audituri Te Salutant!

Un coup d’œil aujourd’hui sur un passage plutôt méconnu de l’œuvre de Glück.

D’abord parce que ce Don Juan ou le Festin de Pierre est presque contemporain de l’opéra italien d’un certain Mozart, don Giovanni. Et avouons le, le Don Juan de Glück n’est pas la merveille de son contemporain autrichien.

Il n’empêche que ce ballet inspiré de la pièce de Molière est plus que remarquable, notamment pour les morceaux finaux de cette œuvre qui en compte trente, et qui illustrent le Souper chez le Commandeur et, surtout, la Mort de Don Juan.

Arrêtons-nous sur cette mort, et la Danse des Furies qui accompagne l’engloutissement éternel du séducteur, en attendant un calme final tellement surprenant, mais si rassurant, le calme qui vient après la justice divine.

Il y a comme un goût de Quatre Saisons et d’orage d’été dans les saccades obstinées des cordes soulignées par le clavecin et des violoncelles très vivaldiens. Le tout enveloppé par la majesté un peu pincée des cuivres qui peignent la grandeur du Juge, du créateur, face au refus froid de Don Juan de se repentir.

Un combat bref, perdu d’avance, qui va toucher au romantisme au plus fort de l’acte, mais meurt dans le calme d’une cadence classique.

Place au châtiment !

NB : Pour ceux qui utilisent Spotify, l’intégralité de l’œuvre (version remarquable de JE Gardiner) est disponible sur ce service :  http://open.spotify.com/album/5hEG7HV7w5ddrg7g7NeAim