Louis-Claude Daquin – Le Coucou

Voici un génie français dont on n’entend malheureusement plus beaucoup parler, de nos jours : il s’agit de Louis-Claude Daquin (1694-1772), compositeur, claveciniste, et organiste de renom. Présenté à l’âge de 6 ans à la Cour de Louis XIV, il impressionne par son talent au clavier et son prodige lui vaut l’intérêt de l’aristocratie courtisane. Contemporain de Rameau, Daquin s’avéra beaucoup plus chanceux et beaucoup plus encensé que ce dernier : les débuts difficiles de Rameau coïncident avec un lancement de carrière éblouissant pour Daquin. Nommé organiste du roi, il sera ensuite organiste de l’église Saint-Paul et finira même titulaire des orgues de Notre-Dame, ce qui, pour un musicien d’époque, était un honneur et un accomplissement professionnel des plus aboutis.

Mais une fois encore, les affres de l’Histoire n’ont pas joué en faveur de Daquin, puisque nombre des ses compositions sont aujourd’hui perdues. Rares sont celles qui nous sont parvenues. Le morceau ci-dessous est appelé une « pièce imitative » et mime le chant régulier d’un coucou – en fait, inutile de vous le dire avec des mots, l’interprétation du légendaire Cziffra vous en dira beaucoup plus que moi !

Lecteur attentif de lamusiqueclassique.com, n’y a-t-il rien qui t’interpelle ? Pourquoi donc Daquin et un certain Wolfgang Amadeus, pourtant tous deux enfants prodiges du clavier, ont-ils connu des destins si différents ? Je vous invite pour cela à lire le fabuleux livre du sociologue Norbert Elias, Mozart, dans lequel il montre que le génie autrichien natif de Salzburg est en fait allé à contre-courant de son époque : quand un musicien au XVII/XVIIIe siècle avait « réussi » en devenant maître organiste d’une chapelle ou en étant au service d’une éminence ecclésiastique ou d’un dignitaire noble – c’est le cas de Daquin – Mozart a voulu vivre et composer de façon indépendante, pour son compte, à la manière du compositeur bourgeois. Las, c’est parce qu’il s’est entêté à demeurer dans cette voie que sa féconde existence fut si écourtée, faute d’un confort matériel suffisant… Dieu merci, l’héritage et la légende de Mozart restent intacts !