Arcangelo Corelli – Sarabande

Pour nous excuser de cet article publié à une heure aussi tardive, nous vous proposons un joli morceau signé de la main d’Arcangelo Corelli, grand violoniste et chef d’orchestre de l’époque baroque.

Nous vous avons évoqué son nom au détour de quelques articles mais ne lui avons de fait pas consacré d’article… Une belle injustice au vu du prestige dont jouissait Corelli de son vivant. Protégé de la reine Christine de Suède, membre éminent de l’Académie d’Arcadie, on lui doit notamment la diffusion de styles nouveaux comme le concerto grosso ou encore la forme sonate, ainsi que la paternité de la technique moderne du violon.

Sa renommée transcendait les frontières : Bach et Couperin l’admiraient, tandis que Muffat et Haendel lui rendirent visite lors de leur passage en Italie. On parlait de lui comme le pendant italien d’un Lully en France. Le nom de Corelli figure encore aujourd’hui comme l’un des piliers du baroque italien, caractérisé par un art de la composition employant un grand nombre d’ornementations.

Allez, il se fait tard, mais pas assez pour perdre six minutes à écouter cette magnifique petite Sarabande, écrite pour orchestre de chambre à cordes. Elle vous changera de celle de Haendel ;)

La Folia ou Folies d’Espagne

Jordi SavallPar Alexandra Carter – Audituri Te Salutant!

La Folia est à l’origine une danse populaire paysanne apparue au Portugal à la fin du Moyen-Âge. Elle a été assimilée à la Renaissance par le répertoire polyphonique de cour dans la péninsule ibérique et s’est répandue progressivement dans toute l’Europe au cours du XVIIe siècle, pour inspirer au final plus de 150 compositeurs jusqu’au XXe siècle.

La structure de la Folia est une ligne de basse répétée sur laquelle se déploient des variations improvisées (ou Diferencias) d’une très haute virtuosité, répétant en le modifiant un même motif musical. Ces caractéristiques expliquent son lien intime avec l’essor de la viole de gambe à la Renaissance (à tel point qu’on utilisait parfois le terme de «
Gamba » comme synonyme de « Folia »). Le 1er morceau présenté ici est la plus ancienne Folia connue aujourd’hui. Il s’agit d’une pièce anonyme de 1490, la chanson de berger Rodrigo Martinez, extraite du Cancionero de Palacio, et qui, conformément à la tradition de la Folia, donne lieu à de brillantes improvisations du joueur de viole contemporain Jordi Savall.

A l’époque baroque, la Folia se répand en Italie sous le nom de Follia, et en France sous l’appellation « Folie d’Espagne » que lui donne Lully. Elle connaît alors un très fort engouement. Parmi les thèmes musicaux nés de ces improvisations initiales s’impose peu à peu un thème unique, avec une mélodie de base et une suite d’accords, ré/La7/ré/do/fa/do/ré/la7 ré/La7/ré/do/fa/do/rém-la7/ré, qui devient le fondement d’innombrables variations dont les plus célèbres sont celles d’Arcangelo Corelli composées en 1700 et présentées ici dans la seconde vidéo.
Malgré sa structure très codifiée et sa mélodie imposée, la Folia s’est donc affirmée comme une source inépuisable d’improvisation et de spontanéité, imposant consciemment ou non sa présence dans la musique européenne et démontrant ainsi sa très grande vitalité sur plus de 5 siècles et à travers tous les courants musicaux, jusqu’à aujourd’hui. Parmi les compositeurs de Folias, on peut en effet citer, outre Lully, François Couperin, Marin Marais, Bach (Cantate des paysans), Salieri, Vivaldi, Scarlatti… Mais l’air et la structure de la Folia ont également inspiré d’autres mélodies telles que la Sarabande de Haendel (thème du film Barry Lindon) ou la Chaconne de Purcell. On la retrouve dissimulée dans l’andante de la 5e Symphonie de Beethoven. S’adaptant à toutes les sensibilités musicales, elle a directement inspiré à Liszt en 1863 sa Rhapsodie espagnole, 3e et dernière vidéo proposée ici , pièce pour piano solo qui fait entrer la Folia dans le répertoire romantique. Elle a également été reprise par Rachmaninov en 1931 dans ses Variations sur un thème de Corelli. Encore aujourd’hui, la Folia continue de nourrir notre imaginaire musical, inspirant notamment à Vangelis le thème du film de Ridley Scott 1492 : Conquest of Paradise (en français 1492 : Christophe Colomb).