Dietrich Buxtehude – Passacaille en ré bémol

Voilà bien longtemps que nous avions oublié Buxtehude ! En guise de retrouvailles nous vous proposons en outre de découvrir un style musical de l’époque baroque, bien méconnu : le Stylus Phantasticus (ou « style fantastique » pour les amateurs de simplicité). Il s’agit d’un style propre au baroque allemand, dont les expressions les plus « pures » sont réalisées à l’orgue. L’instigateur s’appelle Johann Jakob Froberger et son influence a été durable, puisque tous les grands compositeurs baroques allemands s’y sont essayés, à commencer par Pachelbel, Bach et bien sûr Buxtehude.

Le Stylus Phantasticus est tout simplement une des méthodes de composition les moins contraignantes qui soient. Ainsi, nul n’est besoin d’une ligne mélodique : le compositeur et l’organiste doivent simplement démontrer sur un clavier leur talent en tant que virtuoses de l’orgue et de l’improvisation. Dès lors, lorsque vous écoutez un morceau composé dans ce style, ne vous attendez pas à un développement mélodique structuré par des thèmes lapidaires.

Mais fort heureusement, comme les compositeurs baroques ne sont pas tombés comme aujourd’hui dans le délire de la musique non-harmonique, la musique reste très belle et s’écoute sans trop de problème. L’enjeu pour les compositeurs était de montrer le sens naturel de l’harmonie musicale chez l’être humain; bref nous sommes aux antipodes des aspirations atonales et déconstructionnistes au XXe siècle.

Ci-dessous, une passacaille en ré bémol écrite pour orgue, transposée pour deux clavecins.

Notons pour finir qu’un tel style peut sembler étranger chez Bach, connu pour son style de composition très rigoureux et réglé. En réalité, l’influence du stylus phantasticus s’est surtout ressentie dans ses jeunes années, quand il cherchait peu ou prou à ressembler au musicien le plus flamboyant de l’époque, un certain Buxtehude justement !

Domenico Scarlatti – Sonate K. 141

Un peu de Scarlatti ne nous ferait pas de mal ! Surtout en écoutant une de ses très belles sonates (il en a écrit 555, rien que ça!), toutes composées alors qu’il officiait à la Cour d’Espagne, en tant que musicien et pédagogue de l’infante du Portugal Maria Barbara. Les sonates furent d’ailleurs pour une grande partie écrites en guise d’exercices pour clavecin : autant dire, en écoutant la sonate ci-dessous (K. 141, K voulant dire Kirkpatrick, du nom de celui qui classifia et publia les 555 sonates), que Scarlatti n’a pas gâté son élève ! Dès le début, le claveciniste (et plus tard le pianiste) se doit être agile des mains pour jouer rapidement une même note en la tapotant avec trois doigts différents. Mais l’atmosphère générale du morceau, lancinante sans tomber dans le mélancolique, rappelle les musiques fastes de la Cour espagnole, qui n’ont sans doute pas laissé Scarlatti indifférent.

Ci-dessous, une interprétation de cette sonate par Emil Gilels, pianiste soviétique du XXe siècle. Sur Youtube, il existe aussi une vidéo avec une version par Martha Argerich, où vous pouvez voir ses mains et donc prendre conscience de toute la difficulté technique du morceau. Mais, c’est le problème souvent avec Martha, le tempo est vraiment très rapide…

Jean-Philippe Rameau – Pièces de Clavecin – Tambourin

Pendant que Bach, Scarlatti ou Haendel construisaient leur renommée et leurs fortunes respectives en Allemagne, en Espagne ou en Angleterre, Jean-Philippe Rameau tirait son épingle du jeu dans le Royaume de France où il bâtit sa notoriété non seulement comme compositeur, mais aussi comme un savant théoricien, qui publia en 1722 un Traité de l’Harmonie réduite à ses Principes naturels qui fait encore référence de nos jours. Selon les gens qui l’ont côtoyé, Rameau était même, semble-t-il, plus attaché à vouloir construire une théorie qu’à vouloir composer. Un de ses amis, Michel de Chabanon, également théoricien de la musique, lui consacra l’Eloge de Monsieur Rameau dans lequel on peut lire que Rameau « regrettait le temps qu’il [donnait] à la composition, puisqu’il était perdu pour la recherche des principes de son Art ». Et pourtant, quand bien même la composition ne serait qu’un vulgaire et ingrat passe-temps pour lui, force est de constater que Rameau ne bâcle pas ses écrits. Il suffit d’écouter ce « Tambourin » pour s’en convaincre : une tonalité mineure qui n’oblitère pas une joyeuseté sous-jacente, un tempo entraînant, des mordants (les petits « battements » de doigts entre la note principale et la note au-dessus) disséminés un peu partout comme pour imiter un vrai tambourin; bref, la recette pour un morceau agréable et surtout très réussi.

Notez que ce morceau montre un exemple de ce qu’est la basse continue, une singularité de l’époque baroque : écoutez donc ces accords de basse martelés tout du long, qui en plus de donner un certain caractère à la pièce participent à l’harmonisation de tout l’ensemble… Il est vrai que l’effet est meilleur sur un clavecin, c’est la version de la 1ère vidéo. Mais depuis que le piano a pris le dessus sur le clavecin, il faut se faire à l’idée que vous entendrez beaucoup plus « Tambourin » au piano qu’au clavecin, d’où l’intérêt de regarder la 2e vidéo ! Et avec Cziffra au clavier en plus, cela ne se refuse pas…

Jean-Philippe Rameau – Les tourbillons – Suite en Ré majeur

Retour au style baroque aujourd’hui avec cet extrait des ‘Tourbillons’, suite en Ré majeur composée en 1724 et qui nous montre toute la virtuosité d’une claveciniste.

Le clavecin est un instrument à corde spécifique de la musique européenne muni d’un ou plusieurs claviers dont chacune des cordes est pincée par un dispositif nommé ‘sautereau’.

La vidéo nous montre un clavecin de style français à deux claviers. Comme pour l’orgue, la puissance des sons émis ne dépend pas de la force avec laquelle le claveciniste frappe les touches: c’est la présence de registres affectés à chacun des claviers qui permet de varier les timbres.

Bien que la sonorité du clavecin soit inhabituelle et puisse paraître un peu métallique, les compositions baroques très structurées qui l’utilisent savent généralement mettre en valeur son effet apaisant, ce que j’apprécie beaucoup personnellement!

Domenico Scarlatti – Sonate K 430

Domenico Scarlatti (1685-1757) est un compositeur et claveciniste de la période baroque – il est d’ailleurs né la même année que les deux autres grands compositeurs baroques que nous vous avons déjà présentés, Bach et Haendel.

Je vous propose aujourd’hui d’écouter une version jouée au piano, par le grand pianiste Glenn Gould.