Frédéric Chopin – Sonate pour piano N°2 – III Marche funèbre

Frédéric ChopinLa marche funèbre de Chopin est l’un des rares morceaux de musique à l’écoute duquel personne ne peut rester insensible… C’est une musique simple, mais poignante: le morceau débute de manière très sombre, avant de s’ouvrir au milieu sur une note d’espoir, épisode lumineux et douloureux à la fois… que viendra conclure une reprise dramatique de la première partie… Comment ne pas pleurer?

Si la marche funèbre est célèbre, sa reprise parodique par Erik Satie l’est peut-être moins: on la retrouve dans le deuxième mouvement de ses Embryons desséchés: D’Edriophthalma (nom qui fait référence à un crustacé aux yeux immobiles… Rappelons que Satie était un personnage assez particulier…)

J’espère que vous apprécierez la marche funèbre dans son interprétation par Vladimir Horowitz à sa juste valeur!

Frédéric Chopin – Nocturne N°20 (posthume)

Frédéric ChopinPar Joe Dufresne – Audituri Te Salutant!

Ce nocturne fut écrit par Chopin (1810-1849) en 1830 et dédié à sa petite soeur Ludwika.  Le nocturne oublié, sa publication ne se fera que 26 ans après sa mort, en 1875. Chopin, l’un des pères de la technique pianistique moderne, est également l’un des grands de la période romantique. Cela se ressent déjà dans ce nocturne, l’écriture de celui-ci ayant eu lieu à la fin de sa maturation artistique. Meurtri par le décès de sa soeur Emilia, enlevée par la tuberculose en 1827 (maladie qui finira par avoir raison de lui par la suite), la nostalgie, la mélancolie et les ravages de la solitude sont palpables dans ce morceau. Les premiers amours du compositeur ressortent également dans cette période. C’est l’espoir et l’idéalisation discrète pour une jeune cantatrice que d’aucuns perçoivent comme le catalyseur de l’essor du lyrisme tant affectionné de Chopin.

De forme très classique pour un nocturne (ABA), l’expressivité qui en ressort n’en demeure pas moins bouleversante. Les premières mesures, hésitantes et pesantes, introduisent le thème qui marie une profonde mélancolie, la grâce des trilles, et une ambiance résolument sombre. La deuxième partie, plus agitée, dépeint une certaine légèreté. Celle-ci semble toutefois forcée: elle s’évanouit quand les tonalité mineures reviennent (sournoisement?). C’est pour moi la marque que cette tristesse est envahissante et inévitable. Le thème principal revient en troisième partie, désormais résolue dans cette tristesse, le découragement allant en croissant, notamment dans les gammes finales.

Sur ces joyeuses pensées, je vous présente donc une interprétation par Vladimir Ashkenazy, célèbre pour avoir interprété l’oeuvre entière de Chopin. Qui mieux qu’un virtuose slave pour délivrer un tel mélange de vécu émotionnel et de technique?

Frédéric Chopin–Etude Op.10 N° 12, dite Révolutionnaire

Frédéric ChopinPar Silvère Mantz – Audituri Te Salutant!

Encore un morceau de Chopin (1810-1849), direz-vous. Et archi-connu, qui plus-est !

Certes. Mais comme un bon roman, découvrons une nouvelle fois tout l’intérêt musical mais surtout historique de ce terrible morceau, plein de violence et de rage.

Chopin le compose en 1831, comme la dernière des Douze Grandes Etudes qu’il dédia à son ami Franz Liszt, compositeur hongrois (et non polonais comme Chopin).

Si cette œuvre contient tant de force et de signification historique, c’est qu’elle voit le jour au lendemain de l’échec, en novembre 1831, de la révolution polonaise contre l’envahisseur russe, à l’aube d’un XIXe siècle tragique pour la Pologne qui sera écartelée, passant successivement aux mains russes, prussiennes puis allemandes, et autrichiennes.

C’est ce désespoir, ce sentiment de déréliction et d’impuissance que Chopin, qui n’avait pas pu participer au combat car son état de santé ne lui permettait pas, traduit dans ce solo pour piano d’une agressivité rare.

La descente d’entame résonne comme le grondement sourd des bombes s’abattant sur la Pologne, relevées d’explosions aigues, dans un vacarme poignant. L’alternance de ce fond chaotique et sombre avec des cris de détresse et le bruit des balles qui fusent dessinent le tableau d’un drame absolu, dont Chopin a particulièrement pâti. Il avoua notamment « Tout ceci me fit tant souffrir. Qui aurait pu le prévoir ? »

La musique qui vient figurer la guerre et les massacres n’est pas un procédé rare. On peut par exemple mettre ce morceau en perspective avec une oeuvre moderne relativement polémique, du grand Jimi. Il prouve à son tour que les artistes torturés n’hésitent pas à mettre la musique au service de leurs émotions, de leurs colères, de leur souffrance.

Jimi Hendrix à Woodstock, pour sa célèbre destruction de l’hymne américain Star Spangled Banner, et sa guitare pleurant les massacres du Vietnam, où résonnent les bombardements et l’horreur du napalm se répandant sur cette terre lointaine, honte absolue pour l’Amérique. On y retrouve le même jeu de résonnance entre les graves assourdissantes, destructrices et les aigues sifflantes, hurlantes, pleurantes : (manifeste notamment à partir de la 45e seconde).

L’étude Op.10 N°12 est ici interprétée par le grand pianiste Vladimir Horowitz.

Frédéric Chopin – Etudes Op.25 – N°11

Nous vous avions déjà présenté Frédéric Chopin (1810-1849), avec le Scherzo N°2; le morceau que je vous propose aujourd’hui est la 11ème et avant-dernière étude opus 25 dite « Vent d’hiver », jouée ici par Maurizio Pollini, considéré comme l’un des meilleurs interprètes actuel de Chopin. Les deux séries d’études de Chopin (op.11 et op.25) font partie des oeuvres les plus programmées de son répertoire.

Les quelques notes du début, jouées à la main gauche, semblent annoncer le troisième mouvement de la deuxième sonate de Chopin (mouvement plus connu sous le nom de marche funèbre, et que nous vous ferons bien sûr écouter un jour…); cela n’est pas étonnant, les deux oeuvres étant presque contemporaines: la marche funèbre a été composée en 1837, date de parution des études op.25.

J’aime beaucoup le contraste entre les notes sur lesquelles s’ouvre cette étude, et le déchaînement chromatique qui vient ensuite…

Frédéric Chopin – Scherzo n°2 Op.31

Baudelaire évoque l’oeuvre de Frédéric Chopin (1810-1849) en ces termes: « cette musique légère et passionnée, qui ressemble à un brillant oiseau voltigeant sur les horreurs d’un gouffre ». On perçoit bien cette tension dans le Scherzo n°2, que Schumann comparait à une poésie de Lord Byron, « débordante de tendresse et de hardiesse, d’amour et de mépris ».

Yundi Li, plus jeune vainqueur du prestigieux concours Chopin à seulement 18 ans, interprète ici le Scherzo n°2. Si ça vous plaît, vous pourrez regarder et écouter la performance qui lui a permis de gagner le concours ici.