César Franck – Les Djinns

César FranckIssu de son recueil Les Orientales, Les Djinns est  l’un des poèmes les plus connus de Victor Hugo, et sa structure n’y est sans doute pas étrangère. Il est effectivement construit comme un crescendo-decrescendo, dont l’acmé coïncide avec le passage des Djinns, ces démons arabes, sur la maison où se trouvent le narrateur et son lecteur… Le poème commence et s’achève par des strophes dont les vers comptent deux syllabes, tandis que la strophe centrale est, elle, constitué de décasyllabes. Vous trouverez le poème après la vidéo.

César Franck, (1822-1890) contemporain d’Hugo (1802-1885), a tenté de reproduire en musique l’impression du passage des Djinns dans ce poème musical. On est instantanément plongé dans une atmosphère angoissante, et l’on sent la tension monter progressivement, jusqu’à la moitié du poème environ (5:15) pour finalement s’apaiser sur la deuxième moitié. On peut très bien se représenter le piano comme l’un des djinns menant la nuée…

Victor Hugo devait mourir deux mois après la création de cette oeuvre, et l’histoire ne dit pas s’il a pu entendre ce que vous proposons  d’écouter maintenant…

 

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute :
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

César Franck – Prélude, Fugue et Variations

Ce soir, un morceau très connu, d’une grande beauté, qui ne pourra que vous plaire : il s’agit du « Prélude, Fugue et Variation » de César Franck, dont les précédents articles ont dû vous faire voir son grand attachement pour la musique religieuse (quand bien même il vivait à l’époque romantique, beaucoup plus « séculière » que l’époque baroque par exemple). C’était bien sûr une manière d’exercer son instrument de prédilection, l’orgue, dont il fut l’un des maîtres incontestés de l’Europe au XIXe siècle. Dédié à son ami Camille Saint-Saëns, ce morceau est décomposé en trois parties, qui se jouent généralement à la suite; il reprend la forme, le style, et les techniques musicologiques familiers à Bach. Ainsi, la Fugue (3:11) donne lieu à l’incontournable développement contrapuntique que les baroques ont exploité durant le XVII-XVIIIe siècle. Quant aux Variations (qui arrivent à la sixième minute environ), une ligne « intermédiaire » s’infiltre dans le thème et la basse initiaux. Bref, une bien belle performance qui permit aux auditeurs de Franck de faire un énorme saut en arrière, à l’époque des grands organistes baroques. Ce « saut », on espère que vous le ferez aussi, du moins pendant la durée de ce morceau !

César Franck – Prélude, Choral et Fugue

César FranckNous vous proposons ce soir un morceau pour le moins mélancolique, qui j’espère, saura vous toucher…. Le thème à 0:40 m’émeut tout particulièrement…

Ce morceau de l’organiste et compositeur César Franck (1822-1890), originellement écrit pour orgue, est ici interprété dans une transcription pour piano.

Si cela vous plaît, je vous invite à (ré) écouter le magnifique Panis Angelicus du même César Franck…

Bonne soirée à tous!

César Franck – Panis Angelicus

Retour à la musique sacrée, avec ce célèbre et sublime air de César Franck : Panis Angelicus. Au départ, il s’agissait d’un hymne liturgique écrit par Saint Thomas d’Aquin pour la fête du Corps du Christ. Franck a arrangé l’oeuvre pour le ténor (ici, vous aurez tous reconnu la voix claire de Pavarotti…), l’orgue, la harpe et le violoncelle en l’incorporant dans sa Messe à trois voix op. 12.

Latin Français
Panis angelicus
fit panis hominum;
Dat panis caelicus
figuris terminum:
O res mirabilis!
manducat Dominum
Pauper, servus, et humilis.
Te trina Deitas
unaque poscimus:
Sic nos tu visita,
sicut te colimus;
Per tuas semitas
duc nos quo tendimus,
Ad lucem quam inhabitas.
Amen.
Le pain des anges
Devient le pain des hommes.
Le pain du ciel met
Un terme aux symboles.
Ô chose admirable!
Il mange son Seigneur
Le pauvre, le serviteur, le petit.
Dieu Trinité
Et Un, nous te le demandons,
Daigne par ta visite
Répondre à nos hommages.
Par tes voies, conduis-nous
Au but où nous tendons,
À la lumière où tu demeures.
Ainsi soit-il.