Maurice Ravel – Le tombeau de Couperin – Prélude

Voici un bijou signé Ravel dont il serait fâcheux de passer à côté : le Tombeau de Couperin, composé de la main du père du Boléro pendant la Première Guerre Mondiale (14-18) alors qu’il était démobilisé. Ne nous y trompons pas : il est facile de tomber dans la présomption selon laquelle ce morceau serait à peu de choses près une marche funèbre; or, en écoutant cette pièce, vous vous rendez compte que ce n’est clairement pas quelque chose à jouer lors d’un enterrement !

En réalité, Ravel a surtout voulu reprendre un genre musical très courant de l’époque baroque : le bien nommé « Tombeau », à travers lequel un compositeur rend hommage à un confrère – sans que celui-ci ne soit forcément décédé. Ravel, lui, fait honneur à Couperin (les musicologues pensent que c’est de François « Le Grand » Couperin dont il s’agit), qui le précède d’un peu plus de deux siècles…

L’intention de cette pièce n’est cependant pas éloignée de l’idée de mort : les cinq parties que comporte ce Tombeau sont chacune dédiées à un soldat décédé aux côtés de qui Ravel servit durant la Grande Guerre. Ce Prélude est par exemple dédié au Lieutenant Jacques Charlot, grand ami du compositeur, qui aida celui-ci à transcrire pour orchestre les Contes de Ma Mère l’Oye. A entendre un si beau morceau, dont le style néoclassique et l’ambiance atmosphérique vous transportent littéralement au septième ciel, on ne peut que reconnaître la beauté de l’hommage rendu par Ravel à ses camarades morts au combat.

Voici une magnifique version signée le Philarmonique de Berlin et Pierre Boulez que je vous enjoins d’écouter, encore et encore…

Edit 09/02/13 : la vidéo du Philarmonique dirigée par Boulez ayant été supprimée, voici une nouvelle version; attention elle inclut aussi le Forlane qui suit le Prélude.

Maurice Ravel – Concerto pour la main gauche

Maurice RavelLe célèbre concerto pour la main gauche de Maurice Ravel est le fruit d’une commande qui lui fut faite en 1929 par le pianiste Paul Wittgenstein, qui avait perdu son bras droit pendant la première guerre mondiale. C’est celui-ci qui créa l’oeuvre (i.e., qui la joua la première fois) en 1932. Il avait d’ailleurs apporté quelques modifications, ce qui le brouilla avec le compositeur…  Mais rassurez-vous, c’est bien la version originelle qui est maintenant jouée!

Il s’agit d’une oeuvre très sombre et dramatique, qui est à mettre sur le compte d’un contexte douloureux: horreur de la première guerre mondiale, crise économique…  On entend d’ailleurs le piano  mourir à la toute fin, englouti par l’orchestre… Et que dire de la main gauche, synonyme de malheur dans la tradition antique…

Ce concerto est l’une des pièces maîtresses de l’oeuvre de Ravel – et l’une des plus dures, la seule main gauche couvrant l’intégralité du clavier, et tenant le rôle de deux.

Devant une musique si grande, rappellons le mot de Satie, qu’il prononça lorsque Ravel refusa la Légion d’Honneur: « Ravel vient de refuser la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte ».

Le pianiste Kristian Zimerman est ici au piano, et Pierre Boulez à la baguette.