Hector Berlioz – Le carnaval romain

Hector BerliozEn 1838, Hector Berlioz fait jouer son opéra Benvenuto Cellini, retraçant l’histoire d’un sculpteur florentin du XVI° siècle. Malheureusement, l’oeuvre est très mal accueillie, et est très vite retirée… Mais quelques années plus tard, Berlioz va piocher dans l’opéra déchu et y récupère deux thèmes qui seront mis en valeur dans l’ouverture que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui, dans une version interprétée par le Youtube Symphony Orchestra, cru 2011!

Hector Berlioz – Grande symphonie funèbre et triomphale

BerliozPar Pauline S. – Audituri Te Salutant!

18 juillet 1840, Paris, la Bastille. Malgré la brume naissante d’une journée estivale, des corbeaux par dizaines coassent dans le ciel ombragé de la capitale, pareil à un soir de  l’Halloween où un bruit anodin glacerait jusqu’à la moelle n’importe quel Mesrin et autres criminel de la sorte.

L’heure est grave. Le cœur, pas à la fête. Le silence pesant, assourdissant. Que se passe-t-il ?

Pour le savoir, retournons dix ans auparavant, en juillet 1830. Nous sommes le 27, le 28 ou le 29. C’est la panique. Des maisons s’enflamment de partout, faisant naître de leurs blessures une épaisse fumée noire qui s’élève lentement dans le ciel de la ville, étouffant le souffle des balles traçantes. Dans les rues, les gens pleurent, crient, courent dans tous les sens, s’asphyxient un peu plus à chacune de leurs respirations. La peur est là. Mais c’est la révolution ! La mort est là aussi. Des corps sans vie jonchent les rues de la capitale. 200, selon la garde nationale, 800 selon des révolutionnaires. Un terrible massacre pour l’époque, une triste babiole comparée à ce qui se passera un siècle plus tard.

Revenons donc 10 ans après. Des pas lourds et lents martèlent le sol. Une foule immense est là pour commémorer cette révolution et cette foule fixe un homme, Berlioz, comme il aimait se faire appeler (sobriquet qu’il a d’ailleurs sans aucun doute emprunté à un aristochat). Tout élégamment vêtu dans son costume de la garde nationale, il sait qu’il n’a qu’un seul geste à faire pour que les 200 personnes qui lui font face soient à ses ordres. Alors…il attend, profite une minute vingt-quatre secondes de l’instant présent, et, balayant la foule du regard, de la fierté plein les yeux, prends une grande inspiration, et soudain… !

Hector Berlioz – Requiem dirigé par Sir Colin Davis

Sir Colin DavisLa musique classique est en deuil aujourd’hui, après la mort hier d’un des grands chefs d’orchestre du XX° siècle, Sir Colin Davis, né en 1927. Le chef d’orchestre britannique était notamment un grand spécialiste d’Hector Berlioz, dont il avait enregistré l’intégralité de l’oeuvre. Nous vous proposons donc aujourd’hui d’écouter le Requiem de Berlioz, dirigé par Sir Colin Davis, qui a rejoint  hier celui qu’il admirait tant…

Hector Berlioz – Les Nuits d’Été – Villanelle

Même si le titre de l’opus est « les Nuits d’Eté », je trouve que cette jolie chanson va beaucoup mieux avec le printemps qu’avec la période estivale… Ça tombe bien, aujourd’hui, 21 mars, c’est le début de la nouvelle saison, après un hiver (plutôt) vigoureux !

Cette jolie chanson a été composée par Berlioz, que vous commencez déjà à bien connaître (La Symphonie Fantastique, Harold en Italie… c’est lui !), sur le poème éponyme de Théophile Gautier – grand romancier, poète et critique littéraire du XIXe siècle. Bien sûr, en lisant les paroles de ce poème, on tombe nécessairement dans une certaine mièvrerie qui peut vite insupporter… Mais Berlioz l’évite assez habilement, avec une orchestration bien pensée : les vents et les cordes se répondent dans une structure en canon, évitant ainsi toute monotonie. Et cette mélodie… étonnamment belle, que dire de plus?

Les paroles sont ici.

Et puis souriez, c’est le printemps ! :)

Hector Berlioz – Rêverie et Caprice

Hector BerliozMorceau peu connu de Berlioz, Rêverie et Caprice est pourtant un morceau remarquable dans la mesure où il met en valeur un instrument solo (le violon, ici) fait assez rare dans la musique du compositeur (en cela, ce morceau se rapproche un peu de Harold en Italie).

Je laisse la parole à Berlioz, qui écrit ces mots dans une note au début de la partition :

Une lumière douce enveloppe la Terre de transparences. Des brumes frissonnent avec les senteurs du soir parmi les bouffées de brise. Un homme regarde ces pâles clartés, écoute ces bruissements vagues. Mais il ne voit pas, il n’entend pas… Il rêve! Son coeur, tordu sous l’étreinte de la souffrance, gémit sourdement. L’intensité de son mal lui révèle les délices incomprises du bonheur perdu. Il fouille le passé. Quelques sourires y apparaissent, épars au sein des amertumes… Ô nécessité implacable de croire et d’aimer! Son âme s’éveille sous leur rayonnement. Tout son être s’emplit d’avidités soudaines. L’avenir le fascine. Il va s’élancer dans ces sentiers lumineux où la vie se dépense insoucieuse, tout éperdu de tressaillements… Le doute le retient courbé sous son embrassement farouche. Il souffre encore, il désespère… Pourtant la vision le poursuit dans ses ténèbres. Des désirs insensés vibrent en lui. Il se débat contre la douleur qui l’enserre… Les regrets cèdent à l’espérance. La soif triomphe du dégoût… Il revit! A lui les voluptés fougueuses, les plaisirs et les fièvres…

(Vous l’aurez compris si vous l’ignoriez encore, Berlioz est un grand romantique!)

Hector Berlioz – Requiem – Lacrymosa

Hector BerliozAprès vous avoir fait découvrir le puissant Dies Irae et le touchant Sanctus, nous vous présentons ce soir le Lacrymosa du Requiem de Berlioz, l’un des morceaux marquants de ce Requiem, qui nous saisit d’entrée par son rythme très particulier…

On se souvient que la création du Requiem de Berlioz avait failli être gâchée par la faute du chef d’orchestre Habeneck (et si on ne s’en souvient pas, qu’on retourne lire l’article sur le Dies Irae! ;-))

Le fameux Habeneck va tenter de se rattraper plus tard, comme l’évoque Berlioz dans ses mémoires :

Quelques années après la cérémonie dont je viens de raconter les péripéties, la ville de Lille ayant organisé son premier festival, Habeneck fut engagé pour en diriger la partie musicale. Par un de ces caprices bienveillants, qui étaient assez fréquents chez lui, malgré tout, et peut-être pour me faire oublier, s’il était possible, sa fameuse prise de tabac, il eut l’idée de proposer au comité du festival, entre autres fragments pour le concert, le Lacrymosa de mon Requiem. On avait placé également dans ce programme le Credo d’une messe solennelle de Cherubini. Habeneck fit répéter mon morceau avec un soin extraordinaire et l’exécution, à ce qu’il paraît, ne laissa rien à désirer. L’effet aussi en fut, dit-on, très-grand, et le Lacrymosa, malgré ses énormes dimensions, fut redemandé à grands cris par le public. Il y eut des auditeurs impressionnés jusqu’aux larmes. Le comité lillois ne m’ayant pas fait l’honneur de m’inviter, j’étais resté à Paris. Mais après le concert, Habeneck, plein de joie d’avoir obtenu un si beau résultat avec une œuvre si difficile, m’écrivit une courte lettre ainsi conçue ou à peu près :

« Mon cher Berlioz,

Je ne puis résister au plaisir de vous annoncer que votre Lacrymosa parfaitement exécuté a produit un effet immense.

Tout à vous,

HABENECK. »

Voici donc ce Lacrymosa, dans une interprétation de l’Atlanta Symphony Orchestra et son choeur, dirigés par Robert Shaw.

NB : pour les parisiens, sachez que le Requiem de Berlioz sera joué le dimanche 25 novembre aux Invalides, là où il fut créé… Les places sont à partir de 7€, plus d’infos ici !

Hector Berlioz – Symphonie Fantastique – Songe d’une nuit de Sabbat

Il est une mode qui veut que le 31 octobre au soir, on s’amuse à se faire peur et à se gaver de bonbons gentiment rackettés chez les honnêtes gens. Nous nous proposons de suivre la tendance en vous offrant une friandise susceptible de vous donner des sueurs froides. Et par la même de vous faire découvrir l’une des pièces les plus géniales de Berlioz.

Cette pièce, c’est le cinquième mouvement de la Symphonie Fantastique, dont le Second Mouvement (« Un Bal ») et le Quatrième (« Marche au Supplice ») vous ont déjà été présentés. Il fait suite à la Marche au Supplice où, souvenez-vous, le héros romantique tourmenté par la femme qu’il aime, rêve qu’il la tue et est conduit à l’échafaud. Dans ce morceau, l’onirique défunt rêve d’une nuit de Sabbat – comprenez la nuit où ses réunissent les sorcières et autres créatures maléfiques montées ou non sur un balai volant. On y célèbre sa mort, dans une atmosphère lugubre mais aussi dans un tourbillon orgiaque de sons, de thèmes, tout droit sortis de l’imagination de Berlioz. Ce morceau est tellement complet que je ne peux que vous encourager à aller lire une analyse exhaustive, si vous en avez le courage et le temps.

En attendant, si vous l’écoutez pour la première fois, voici quelques pistes qui vous permettront de saisir la profondeur de ce mouvement et surtout de ressentir un peu la chair de poule en cette soirée ! Ecoutez donc à partir de 0:30 : n’y entendez-vous pas un ricanement un peu glauque accueillant le héros dans sa descente aux enfers?

A 1:35, la mélodie doit vous dire quelque chose… Oui, c’est bien le thème de l’idée fixe que vous avez entendu dans « Un Bal », ce leitmotiv qui symbolisait l’arrivée de la personne aimée, valsant gracieusement sous le regard admiratif du héros tombé sous le charme. Mais ici, plus aucune grâce : la figure idéalisée l’accueille en haillons, sa beauté persiste mais l’élégance n’y est plus. Comme si tout le raffinement du monde plongeait dans ce chaos bestial éclairé par les flammes infernales.

Enfin, et pas des moindres, à 2:50, on entend sonner le glas, suivi de très près à 3:15 par un thème joué au tuba, qui n’est autre qu’une parodie de Dies Irae. N’est-ce pas sinistre? Je trouve personnellement ce passage accompagné par les cordes particulièrement efficace et entraînant sur le plan mélodique. D’ailleurs, les amateurs de Stanley Kubrick, grand cinéaste qui a beaucoup utilisé la musique classique dans ses films, reconnaîtront le thème du début de Shining. Pour ceux qui ont vu ce dernier, avouez que la séquence d’introduction suscitait déjà quelques frissons, annonçant que quelque chose allait clocher bien avant que l’intrigue ne commence !

N’attendez donc plus pour écouter cette fabuleuse version avec Leonard Bernstein à la baguette…