Anonyme – Le Roi a fait battre tambour

Petite musique vocale, datant de mi-XVIIIe siècle, qui ne sera pas pour vous déplaire si le baroque vous parle, surtout s’il s’agit de l’écouter sur des instruments à cordes de l’époque – la viole de gambe, le cistre, le théorbe, entre autres. La chanson a  souvent été reprise – entre autres, par Edith Piaf, Yves Montand et Nana Moskouri, bref des interprètes plutôt prestigieux, il faut le dire ! Quant à son auteur, not a clue, mais c’est malheureusement le cas de très nombreuses oeuvres vocales, notamment lorsqu’elles sont fredonnées sur toutes les lèvres à la Cour (prenez le cas de la chanson « Greensleeves », par exemple, qui date de l’époque de la Cour d’Henry VIII d’Angleterre, et qui a connu un destin similaire).

Les paroles sont en dessous de la vidéo, vous verrez elles ne sont pas forcément très joyeuses. On n’osera s’aventurer sur l’identité de cette jeune femme : que ce soit la marquise de Montespan, Gabrielle d’Estrées ou Madame de Vintimille, on concèdera in fine qu’elle a inspiré une bien belle chanson…

Le Roi a fait battre tambour
Pour voir toutes ces dames,
Et la première qu’il a vu
Lui a ravi son âme.

– Marquis, dis-moi, la connais-tu ?
Qui est cett’ jolie dame ?
Le marquis lui a répondu :
– Sire roi, c’est ma femme.

– Marquis, tu es plus heureux que moi
D’avoir femme si belle.
Si tu voulais me l’accorder,
Je me chargerais d’elle.

– Sir’, si vous n’étiez pas le roi,
J’en tirerais vengeance.
Mais puisque vous êtes le roi,
A votre obéissance.

– Marquis, ne te fâche donc pas,
T’auras ta récompense :
Je te ferai dans mes armées
Beau maréchal de France.

– Adieu, ma mie, adieu, mon cœur,
Adieu mon espérance !
Puisqu’il faut servir le roi,
Séparons-nous d’ensemble.

Le roi l’a prise par la main,
L’a menée dans sa chambre ;
La belle en montant les degrés
A voulu se défendre.

– Marquise, ne pleurez pas tant !
Je vous ferai Princesse ;
De tout mon or et mon argent,
Vous serez la maîtresse.

– Gardez votre or ! Et votre argent
N’appartient qu’à la Reine ;
J’aimerais mieux mon doux Marquis
Que toutes vos richesses !

La reine a fait faire un bouquet
De belles fleurs de lyse
Et la senteur de ce bouquet,
A fait mourir marquise.

Le roi lui fit faire un tombeau
Tout en fer de Venise,
A fait marquer, tout à l’entour :
« Adieu, belle marquise »