Retour d’expérience: je suis allé voir Carmen à Tout Prix

Je profite de la tradition du Hors-jeu du vendredi soir pour partager sur l’expérience vécue vendredi dernier au théâtre Trévise à Paris. J’avais entendu parler de cette reprise de Carmen sous forme d’opérette comique via mon professeur d’accordéon qui y joue.

Harassé par une dure semaine de travail, je suis arrivé au théâtre plutôt énervé et crevé. Bien m’en a pris, tant je suis sorti détendu et revigoré par ce que j’y ai trouvé!

On ne présente plus Carmen, le splendide et sulfureux opéra de Georges Bizet, si bien qu’on pourrait penser en avoir fait le tour. Il est donc heureux que des artistes audacieux (comme Sophie Sara, auteur de Carmen à Tout Prix) s’en emparent pour broder dessus avec talent et espièglerie!

Comme vous le comprendrez dans la bande-annonce ci-dessous, le fil conducteur du script est efficace: un directeur d’opéra fait face à une grève générale et fait l’impossible pour que Carmen soit quand même interprété…

Le résultat est génial: on rit aux éclats, on tape des mains, et cette joyeuse troupe pleine d’auto-dérision fait passer un excellent moment au public!

Quant à moi, ce vaudeville désopilant m’a donné envie de réécouter l’original de Carmen. Allez, d’ailleurs, on remet une scène: « Près des remparts de Séville », interprétée par Elina Garanca qui est comme possédée par son rôle!

PS: Ce post n’est aucunement sponsorisé. Néanmoins, les représentations s’arrêtent fin février, donc dépêchez-vous si ça vous tente!

Gilbert and Sullivan – The Pirates of Penzance – I am the very model of a modern major-general

Nous vous avons déjà présenté le duo Gilbert et Sullivan sur ce site. Mais il était temps de vous proposer l’écoute de l’un de leurs airs parmi les plus connus!

Il est tiré de leur opéra-comique The Pirates of Penzance, créé en 1879. C’est l’histoire de Frédéric le jeune Pirate de 21 ans qui vient d’atteindre sa majorité de Pirate. Il tombe amoureux de Mabel, la fille du Major-General Stanley, dès qu’il la voit. Il s’aperçoit malheureusement que puisqu’il est né un 29 février, son anniversaire ne tombe réellement que lors des années bissextiles. Comme on ne peut s’affranchir de son apprentissage de Pirate qu’à l’âge de 21 ans, il doit donc servir pendant encore 63 ans! Lié par son devoir, son seul espoir est donc d’espérer que Mabel l’attende patiemment…
L’air est chanté par le Major-Général lors de son entrée sur scène à la fin de l’acte I.
Parfois parodié, cet air est souvent mal interprété. Il faut dire que la prouesse technique n’est pas des moindres. Nous vous proposons aujourd’hui l’écoute d’une interprétation de référence: celle de Georges Baker avec le D’Oyly Carte Opera Company, dirigé par Sir Malcolm Sargent.

Il n’est pas forcément évident de suivre les paroles en anglais, mais vous pouvez les trouver ici.

Johann Strauss – La Chauve-Souris dirigée par un enfant!

On parle parfois des « enfants prodiges » et on imagine tout de suite des « Mozart bis », jeunes garçons et filles virtuoses au violon, piano… Mais on pense rarement à de jeunes chefs d’orchestre!

Je saisis donc l’occasion de ce  vendredi pour vous présenter Edward Yudenich, blondinet de moins de 10 ans, qui n’a pas peur de diriger un orchestre! En l’occurence, il s’agit de « La chauve-souris » de Johann Strauss.

Au début, on ne peut qu’être soufflé par le sens du rythme et du spectacle de l’enfant qui semble vraiment maîtriser son art. Mais à bien y regarder, on peut aussi estimer qu’en réalité, le gros du travail a été fait en amont, lors des répétitions, par un vrai professionnel adulte. Un orchestre bien préparé n’a besoin d’un chef lors de la représentation que pour se rassurer, éviter les faux-pas et passer d’une synchronisation correcte à une synchronisation parfaite. Et le petit Yudenich a l’air suffisamment doué en musique pour assurer ce rôle!

Régalez-vous!

André Grétry – Zémire et Azor – « Du moment qu’on aime… »

Aujourd’hui, honneur à la Belgique! Après Dussek, voici un autre compositeur qui fut très distingué de son vivant, mais qui sombra quelque peu dans l’oubli après sa mort. André Grétry, car tel est son nom, a en effet occupé des positions très hautes dans la hiérarchie musicale de son époque : directeur musical de la reine Marie-Antoinette, il ne fut même pas inquiété pendant la Révolution et reçut de surcroît la Légion d’Honneur des mains de Napoléon Bonaparte en 1802. Ses opéras-comiques étaient fort réputés et son autorité grandissante l’amena à tenir les plus hauts rangs du Conservatoire de musique en France. A Liège, d’où il est originaire, l’Académie de Musique porte son nom.

Hélas, en France, où il a fini ses jours – il est enterré au Père-Lachaise – son nom n’est qu’insuffisamment rutilant : la faute à son style, qui est demeuré très baroque, dans une époque où germaient déjà les doux murmures du cœur romantique qui feront les beaux jours de Chopin et de Liszt…

Mais c’est un grand plaisir, pour nous, de vous le faire découvrir en même temps que cet air extrêmement charmant. Zémire et Azor reprend les grandes lignes du conte de Mme Leprince de Beaumont, la Belle et la Bête. La jolie Zémire est contrainte d’épouser Azor, dont l’allure la révulse, mais l’amour triomphera lorsqu’Azor révèle sa belle âme intrinsèque qui éclipse sur le champ sa laideur extrinsèque. Dans cet air, Azor chante sa passion à sa dulcinée et lui promet sa dévotion. Il lui octroie l’assurance que l’amour tarira l’hubris en lui… « du moment qu’on aime » ! Oui, moi aussi j’aime les contes de fées.

Le ténor Roberto Alagna chante ici, accompagné de l’Orchestre de Paris. Admirez sa diction et la qualité de sa voix travaillée, qui donnent un relief inouï à cet air qui ne vous laissera pas indifférent.

Vous vous demandez où j’ai bien pu entendre cette petite merveille ? Dans un film québécois, intitulé l’Âge des Ténèbres, de Denys Arcand. Un très beau film qui vous aidera à exorciser les crises existentielles, si jamais vous êtes amené à en vivre.