Arcangelo Corelli – Sarabande

Pour nous excuser de cet article publié à une heure aussi tardive, nous vous proposons un joli morceau signé de la main d’Arcangelo Corelli, grand violoniste et chef d’orchestre de l’époque baroque.

Nous vous avons évoqué son nom au détour de quelques articles mais ne lui avons de fait pas consacré d’article… Une belle injustice au vu du prestige dont jouissait Corelli de son vivant. Protégé de la reine Christine de Suède, membre éminent de l’Académie d’Arcadie, on lui doit notamment la diffusion de styles nouveaux comme le concerto grosso ou encore la forme sonate, ainsi que la paternité de la technique moderne du violon.

Sa renommée transcendait les frontières : Bach et Couperin l’admiraient, tandis que Muffat et Haendel lui rendirent visite lors de leur passage en Italie. On parlait de lui comme le pendant italien d’un Lully en France. Le nom de Corelli figure encore aujourd’hui comme l’un des piliers du baroque italien, caractérisé par un art de la composition employant un grand nombre d’ornementations.

Allez, il se fait tard, mais pas assez pour perdre six minutes à écouter cette magnifique petite Sarabande, écrite pour orchestre de chambre à cordes. Elle vous changera de celle de Haendel ;)

Georges Enesco – Légende

Il serait grand temps de vous parler de Georges Enesco (dit aussi George Enescu, en roumain), un important compositeur de la période moderne.

Né en Moldavie roumaine en 1881, Enesco fut un personnage éminent du paysage musical parisien à la Belle Epoque. Elève du Conservatoire de Paris, il eut pour professeurs Jules Massenet et Gabriel Fauré, qui l’initièrent à la composition. Enesco se singularisa par ses rôles très polyvalents : violoniste virtuose (il apprit à en jouer dès ses 4 ans, avec un violoniste tzigane) il fut également chef d’orchestre, pianiste et pédagogue. Nombre sont les prodiges – Yehudi Menuhin, pour ne citer que lui – dont il a été la figure inspiratrice, voire le père spirituel.

Le style musical d’Enesco est particulièrement original et précurseur. Fort de ses origines il contribua avec sa musique à réhabiliter la musique roumaine, tout en y apportant un certain relief grâce à ses connaissances musicologiques issues des traditions françaises et germaniques. Bien que très exigeant, il considérait que sa musique devait « [faire] vibrer soi-même et faire vibrer les autres », d’où un ton sensible et très personnel dans chacune de ses compositions. Il publia 33 opus de son vivant, mais laissa un nombre conséquent de transcriptions, pièces inachevées… et légua surtout une oeuvre faisant honneur au patrimoine musical roumain.

Ci-dessous, une pièce de musique de chambre pour trompette et piano, intitulée « Légende ». Un morceau qui reflète très bien la modernité du compositeur : la réhabilitation d’un instrument peu utilisé en musique de chambre (la trompette), le style impressionniste cher à Fauré, l’extension de la tessiture (La bémol jusqu’à un Do, deux octaves plus loin)… La trompette produit un son puissant et chaleureux, qui reflète à la fois l’idée de la gloire – comme l’entend le titre du morceau – et aussi l’affection qu’Enesco portait pour son professeur Merri Franquin, trompettiste de renom.

Jean-Marie Leclair – Chaconne

En ces temps d’examens, de départs en stage ou de formation professionnelle, la Rédaction n’a hélas pas pu honorer son objectif d’un article quotidien ces derniers jours. Nous vous prions de nous excuser. Voici plusieurs articles pour compenser ce retard.

Le cas de Jean-Marie Leclair est assez singulier, dans l’histoire de la musique baroque. Né en 1697 à Lyon, il marqua durablement ses contemporains par sa virtuosité au violon et fut également célébré pour ses talents de compositeur. Ayant surtout composé pour le violon (on lui doit de nombreux concertos et sonates), il s’est essayé une fois seulement à écrire une tragédie musicale, Scylla et Glaucus, qui fut un succès immédiat. L’on qualifia même sa musique de « supérieure à tout » ce qu’on pouvait trouver en Europe à l’époque. Aujourd’hui, son répertoire de concerti est très peu joué et enregistré, bien qu’il vaille la peine d’y porter une grande attention tant l’art du compositeur s’avère complet.

Leclair est resté tristement célèbre pour son assassinat, au summum de sa gloire, dans la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Ce crime ne fut jamais élucidé, mais donna lieu à de multiples spéculations (un livre a été écrit dessus : L’assassinat de Jean-Marie Leclair, de G. Gefen).

Ci-dessous, une jolie Chaconne, qui se joue généralement de manière lente et solennelle, avec répétition des motifs, construite sur une basse en tétracorde descendant. Elle est assez peu discernable de la passacaille.

WA Mozart – Eine kleine Nachtmusik

Bon, il se fait tard et je m’apprêtais à me coucher quand… je me suis rendu compte qu’on n’avait même pas présenté l’un des airs les plus célèbres de la musique : la petite musique de nuit de notre maître à tous Wolfgang ! Cette « Nachtmusik » colle en plus parfaitement bien à l’ambiance nocturne, quand on imagine Mozart, insomniaque, se lever dans le calme de la nuit noire pour composer cette jolie sérénade à la lueur de la bougie…

En fait, l’histoire de sa composition puis de son édition est beaucoup plus compliquée que cela, puisque Mozart avait prévu toute une architecture pour cette oeuvre, qui n’était pas juste une petite fantaisie nocturne marginale. Le thème introduit 4 parties, qui étaient 5 mouvements à l’origine – mais on n’a jamais retrouvé le second, qui était censé être un menuet. Le manuscrit, quant à lui, n’a été retrouvé que dans les années 1940…

Si vous avez vu Amadeus de Milos Forman, il s’agit de ce morceau que le vieux Salieri joue au jeune prélat venu le confesser. Le fait que ce dernier ait tout de suite reconnu cet air écrit par son plus grand rival acheva d’entériner la rancoeur de Salieri, qui commença alors son histoire, qui dura tout le film… Quoique le film soit très romancé et assez peu fiable d’un point de vue historique, je ne saurai que vous recommander d’aller y jeter au moins un coup d’oeil, non seulement pour l’esthétique léchée mais aussi la bande son très bien agencée d’une sélection des grandes oeuvres de Mozart. Ainsi, nombreux sont ceux qui, après visionnage du film, ont décidé de replonger derechef dans le riche héritage mozartien !

 

Alfred Schnittke – Musica Nostalgica

Nous avons rencontré Alfred Schnittke le mois dernier, lors d’une belle soirée enneigée… et avons ainsi fait la connaissance d’un compositeur très émouvant, qui savait captiver l’imagination de son auditoire grâce à son art très fin de la mélodie. La jolie valse de ce film inconnu vous a laissé rêveurs, songeurs, perplexes? Alors voilà de quoi creuser plus loin : « Musica Nostalgica » fait partie des incontournables du compositeur en termes de musique de chambre. Le morceau instaure un dialogue très attendrissant entre deux des instruments les plus sensuels qui existent au monde : le piano et le violoncelle. A l’écouter attentivement, le style du morceau se rapproche de celui des baroques, du fait d’une grande régularité rythmique et tonale, et du dialogue balisé et polyphonique entre les deux instruments. Au gré de cet intime murmure, laissez-vous donc emporter par ce doux mais douloureux sentiment qu’est la nostalgie des jours anciens…

Edward Elgar – Chanson de Matin

Voilà quelque chose à écouter lorsque demain matin, vous vous réveillerez et apercevrez les premières lueurs du soleil poindre à travers vos volets à mi-clos ! Cette mélodie signée Elgar saura à coup sûr vous communiquer un sentiment de plénitude heureuse, avec cet indémodable violon délivrant un chant digne d’une soprane colorature et cet orchestre de cordes qui vous délivre un son si doux et si réconfortant, idéal au réveil ! Avec un tel luxe auditif dès le matin, il ne vous reste plus qu’à ouvrir vos yeux engourdis et à entamer votre journée – qui sera bonne, ça je n’en doute pas un seul instant !

Franz Schubert – Sonate Arpeggione – Allegro moderato (1er mouvement)

L’arpeggione est un instrument de musique inventé en 1823 par le luthier viennois Johann Stauffer. Sa composition est hybride : doté de six cordes, il produit un son similaire à la guitare, mais se joue comme un violoncelle (tenu entre les cuisses). Il fut l’objet d’une mode pendant une décennie avant de tomber dans l’oubli le plus total : il n’en existe plus qu’une petite dizaine dans le monde. Néanmoins, l’existence éphémère de l’arpeggione n’aura pas été vaine, puisqu’elle a pu donner naissance à cette très belle sonate de Schubert, composée en 1824, alors que le compositeur souffrait déjà de la syphilis à un stade très avancé. La sonate a très probablement été commandée par Vincenz Schuster, un virtuose de l’arpeggione et ami de Schubert, qui voulait porter l’instrument au firmament. Elle ne fut publiée qu’en 1971, à titre posthume, alors que l’arpeggione était passé de mode, si bien que la version la plus répandue est celle pour piano et violoncelle, comme celle ci-dessous. Le mal-être schubertien se ressent dès les premières notes, avec une introduction au piano très mélancolique, suivi d’un violoncelle aux accents non moins élégiaques. Les multiples variations et reprises du morceau constituent sa force et lui offrent le caractère intime et confortant de la musique de chambre.

Ci-dessous, une très bonne version, malheureusement coupée en 2 parties, j’espère que vous ne nous en voudrez pas… La musique dans la première vidéo démarre à 00:28. Vous pourrez sur le net trouver une version par Rostropovitch et Britten, mais au tempo un peu plus lent que d’usage.