Maurice Ravel – Ma Mère l’Oye – Petit Poucet

Maurice Ravel

Aujourd’hui, c’est la fête des mères et comme tous les enfants que nous sommes ou fûmes un jour, nous avons tendance à rajeunir un peu en cette occasion… Un morceau parfait pour accompagner les beaux cadeaux que vous avez faits à votre maman aurait été ces fameuses variations de Mozart dont nous vous recommandons l’écoute ou la ré-écoute !

Pour vous mettre dans l’ambiance vous pouvez également écouter le morceau ci-dessous, issu de Ma Mère l’Oye de Ravel, dont nous vous avons déjà présenté deux magnifiques pièces (Laideronette et le Jardin féérique). Le thème vous est sûrement pas inconnu, puisqu’il s’agit du Petit Poucet, un conte populaire que Charles Perrault a transcrit et qui n’est pas étranger à sa renommée.  Après avoir été abandonnés par leurs parents, le Petit Poucet et ses frères se retrouvent perdus dans la forêt et sont incapables de retrouver le chemin de leur maison, car les bouts de pain que le Petit Poucet avait laissés sur la route ont été mangés par les oiseaux. C’est ce moment précis que capture le morceau, dont le thème en mode mineur est plutôt inquiétant et obscur. Mais, comme toujours avec Ravel, nous ne sommes jamais au bout de nos surprises : si le mode mineur est dominant dans le morceau, celui se conclut sur une cadence majeure, claire et étincelante, qui correspond au moment où la fratrie découvre le repaire de l’ogre à qui le rusé Poucet va voler les bottes de sept lieues.

Mais au fait, quel rapport avec la fête des mères, à part qu’il est fait mention d’une certaine « Mère l’Oye » dans le titre du recueil? En fait, « ma Mère l’Oye » est un personnage mythique de la tradition paysanne en France : il s’agit d’une vieille dame chez qui on allait pour l’écouter conter autour d’un bon feu. L’incarnation du conte par la figure maternelle est tout sauf anodine, car un conte porte en son sein une poésie infinie que seuls l’amour et la chaleur maternels sont à même de transmettre…

Maurice Ravel – Ma Mère l’Oye – Laideronnette, Impératrice des Pagodes

Les adultes qui parviennent à comprendre l’enfance sont rares ; et ceux là, je les admire infiniment, car eux seuls sont gardiens d’un secret que j’aimerais tant un jour percer : le pouvoir de garder dans leur vie une proportion d’insouciance heureuse et de légèreté d’être, comme dans leur enfance, dans une vie d’adulte où les contraintes s’entassent comme la paperasse chez le greffier.

C’est pourquoi j’éprouve une affection toute particulière pour notre Ravel, père d’un célèbre recueil intitulé Les Contes de ma mère l’Oye. Ce cher Maurice, n’ayant jamais eu d’enfant, transposa probablement toute son affection sur cette musique imprégnée d’innocence que nous vous présentons aujourd’hui.

Ma Mère l’Oye – au passage, on a reconnu la référence à Perrault, autre emblème national – regroupe 4 contes : la Belle au bois dormant, le Petit Poucet, le Serpentin Vert, la Belle et la Bête ; chacun étant incarné par un morceau. Aujourd’hui, nous nous contenterons d’évoquer « Laideronnette, Impératrice des Pagodes », tiré du conte le Serpentin Vert, de la plume de la Comtesse d’Aulnoy. Une lecture préliminaire s’impose si ce conte vous est inconnu : http://lescontesdefees.free.fr/Contes/serpentinvert.htm

Vous remarquez dans ce morceau l’utilisation d’une tonalité toute particulière : en effet Ravel a utilisé une gamme pentatonique, i.e. une gamme divisée en 5 tons, dont la plus célèbre – et celle employée ici – est celle formée par les touches noires du piano !… Avouons-le, cela produit un effet particulièrement percutant puisqu’il se dégage une atmosphère dynamique, comique, qui rappelle les sonorités du folklore asiatique – à l’instar du xiju chinois ou du japonais. Rien d’étonnant, puisque les « pagodes » font partie de la tradition bouddhiste, très prégnante en Asie.

Rien d’étonnant non plus, donc, que ce morceau soit très populaire auprès du public chinois. Lors de la visite officielle de Hu Jintao à Washington en Janvier 2011, le fameux pianiste « fou » Lang Lang, convié pour l’occasion à la Maison-Blanche, a joué ce morceau dans sa version originale, à 4 mains, avec Herbie Hancock. Si vous désirez voir la performance de ce duo peu conventionnel (mais exceptionnel!), vous pouvez aller ici : http://www.youtube.com/watch?v=a51YSljGbvg

L’extrait suivant est une version orchestrale (adaptée, donc) avec Charles Dutoit à la baguette. Une version très intéressante qui explore des sonorités inattingibles au piano.

A l’avenir, nous vous ferons une présentation complète du recueil, car il en vaut bien la peine !

Sergueï Prokofiev – Pierre et le Loup – Pierre attrape le loup, les chasseurs arrivent, la marche vers le zoo

Pierre et Le LoupVoici la troisième et dernière partie du conte musical Pierre et le Loup. La présentation sommaire du compositeur et de cette oeuvre ont déjà été faites dans les deux premiers articles, donc évitons les répétitions rébarbatives :)

Juste une remarque quand même: ceux qui ont vu Jaws (Les Dents de la Mer) de Steven Spielberg s’amuseront de la partie entre 0:40 et 1:00… John Williams s’est-il largement inspiré de Pierre et le Loup pour son thème du requin? Peut-être mais avant de l’en accuser, il faut savoir que beaucoup de compositeurs, consciemment ou pas, reprennent des thèmes et des idées musicales déjà exploitées, en les réintégrant à leur sauce. Pour vous en persuader, voici un exemple avec le plus grand d’entre eux. En outre, le procédé ici utilisé (les deux notes séparées d’un demi-ton répétées de façon entêtante) est assez commun dans toutes les oeuvres voulant faire ressentir une angoisse pressante.

Et maintenant, place au génie russe qui n’a pas son pareil pour figurer un loup!

Sergueï Prokofiev – Pierre et le Loup – Le loup, le canard attrapé, le loup traque, Pierre se prépare, Oiseau vs loup

Pierre et Le LoupVoici la suite du conte musical Pierre et le Loup que nous avions abordé ensemble récemment. Pas de grand discours cette fois, juste un mot pour souligner l’inspiration ahurissante de Prokofiev qui semble trouver les instruments, la mélodie et le rythme parfaits pour figurer le loup (dès le début de la vidéo)… Quel enfant n’a pas tremblé à l’écoute de ce passage…?

Autre moment bref mais génial: le coup de stress du chat à partir de 0:59!

Sergueï Prokofiev – Pierre et le Loup – Ouverture, l’oiseau, le canard, le grand-père

Pierre et Le LoupNous avons déjà rencontré Sergueï Prokofiev, le si talentueux compositeur soviétique.  Musicien inspiré et génial, il eut le malheur de vivre la plus grande partie de sa période créatrice sous le règne de Staline qui demandait aux bureaucrates de trier les productions artistiques compatibles avec l’idéologie communiste. Ne voulant surtout pas se mêler de politique, il était pourtant souvent accusé de composer de la « musique bourgeoise » trop inspirée de la supposée dégénérescence artistique de l’Ouest. Son immense talent poussa pourtant les autorités soviétiques à, parfois, le porter en triomphe et à le présenter comme un compositeur officiel du régime, ce qu’il ne fut pas. Comble de malchance, il mourut une heure avant Staline, ce qui fait que même sa mort fut étouffée…

En 1936, il compose le conte Pierre et le Loup, à la demande de la directrice du Théâtre Central pour enfants de Moscou qui souhaitaient que ceux-ci apprennent à reconnaître les instruments. Commençons aujourd’hui par la figuration de la campagne russe, de l’oiseau, d’un canard et du grand-père de Piotr!