Maurice Ravel – Concerto pour la main gauche

Maurice RavelLe célèbre concerto pour la main gauche de Maurice Ravel est le fruit d’une commande qui lui fut faite en 1929 par le pianiste Paul Wittgenstein, qui avait perdu son bras droit pendant la première guerre mondiale. C’est celui-ci qui créa l’oeuvre (i.e., qui la joua la première fois) en 1932. Il avait d’ailleurs apporté quelques modifications, ce qui le brouilla avec le compositeur…  Mais rassurez-vous, c’est bien la version originelle qui est maintenant jouée!

Il s’agit d’une oeuvre très sombre et dramatique, qui est à mettre sur le compte d’un contexte douloureux: horreur de la première guerre mondiale, crise économique…  On entend d’ailleurs le piano  mourir à la toute fin, englouti par l’orchestre… Et que dire de la main gauche, synonyme de malheur dans la tradition antique…

Ce concerto est l’une des pièces maîtresses de l’oeuvre de Ravel – et l’une des plus dures, la seule main gauche couvrant l’intégralité du clavier, et tenant le rôle de deux.

Devant une musique si grande, rappellons le mot de Satie, qu’il prononça lorsque Ravel refusa la Légion d’Honneur: « Ravel vient de refuser la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte ».

Le pianiste Kristian Zimerman est ici au piano, et Pierre Boulez à la baguette.

Edvard Grieg – Concerto pour piano en la mineur – 1er mouvement

Nous avons déjà évoqué ici le compositeur norvégien Edvard Grieg. Nous vous proposons aujourd’hui l’écoute du mouvement Allegro molto moderato de son concerto pour piano en la mineur, chef d’œuvre et monument de la musique romantique. Il s’agit du seul concerto que Grieg ait jamais achevé!

Nous vous proposons ici une interprétation du concertiste russe Evgeny Kissin.

Malheureusement nous ne pouvons vous proposer ici qu’une partie du concerto, mais je vous conseille de l’écouter en entier et vous comprendrez alors pourquoi il s’agit des d’un des plus grands concerto pour piano jamais écrit… Nous vous présentons son deuxième mouvement

Pour les cinéphiles, ce mouvement est utilisé dans le film Lolita de Adrian Lyne en 1997.

George Gershwin – Rhapsody in Blue

Par Joe Dufresne – Audituri Te Salutant!

George GershwinC’est un morceau bien moderne et pour autant bien connu que je vous présente aujourd’hui. George Gershwin (né Gershowitz, le changement de nom étant courant chez les immigrés d’Europe de l’Est et ce jusqu’à la fin des années 30) voit le monde à Brooklyn dans une famille juive d’origine russe. Montrant une appétence pour la musique et le piano dès l’age de dix ans, ce qui est tard pour un virtuose, il est engagé dès l’age de quinze ans comme « song-plugger » (interprètes rattachés aux éditeurs de musique de l’époque, qui avaient pour mission de faire la démonstration d’une partition pour les acheteurs potentiels)  dans la célèbre Tin Pan Alley de New York. Evoluant dans le jazz et dans la musique populaire, genres dans lesquels on retrouve ses premières œuvres, c’est en 1924 (à 26 ans) qu’il compose Rhapsody in Blue, sa première œuvre considérée comme classique, même si celle-ci est plutôt un hybride classique-jazz. Désormais reconnu après cette incontestable vitrine de son talent, Gershwin passera sa vie artistique entre ces deux genres, nous donnant le célèbre opéra américain Porgy&Bess, travaillant par la suite pour Hollywood, où il trouvera la mort jeune, à 38 ans.

Plus marqué jazz, ce morceau trouve toutefois sa place sur ce blog par l’immense travail orchestral et des passages appartenant résolument au classique.

Notons tout d’abord que ce morceau répond à une commande de concerto de jazz pour piano. Celle-ci fut émise par Paul Whiteman, chef d’orchestre qui expérimentait avec le jazz et d’autres styles de musique.  A l’opposé d’un concerto et de ses trois parties distinctes, une rhapsodie est constituée d’un seul mouvement prolongé. Le reste y est: un instrument mis à l’honneur avec un accompagnement orchestral.

Le début est très célèbre, un trille suivi d’un legato de 17 notes pour clarinette. Ce legato devenu glissando est l’idée du clarinettiste d’origine, donnant ce son si particulier et reconnaissable que GG a inscrit dans la partition finale. Le reste fait constamment le voyage entre solos de piano intenses et rythmés et de mouvements orchestraux lents, riches et amples. Les contrastes de style, de texture et de couleur musicale ainsi que l’exubérance quasi-cyclothymique (cf. par exemple 0:09 de la deuxième partie) de l’émotion dépeinte dans cette rhapsodie, démontrent les talents d’innovation rythmique et d’inspiration mélodique incontestables du compositeur.

Je vous présente donc cette interprétation par Leonard Bernstein. Une rencontre de deux grands musiciens américains, de deux monstres sacrés de Broadway, de deux figures édifiantes du classique et du jazz du 20e siècle et de deux pianistes-compositeurs de génie. Savourez.

Sergueï Rachmaninov – Concerto pour piano N°2 – I Moderato

Par Joe Dufresne – Audituri Te Salutant!

Ecrit entre l’automne 1900 et avril 1901, ce deuxième concerto marque la sortie de Rachmaninov de sa dépression, longue de plusieurs années. C’est la déception du compositeur face aux virulentes critiques de sa première symphonie en ré mineur (première représentation en 1897) qui en fut la source. Aidé par le psychologue Nikolai Dahl à surmonter l’angoisse de la page blanche, ce concerto lui est dédié.

Sergei Rachmaninov, l’un des derniers grands compositeurs romantiques, a marqué ce concerto de fatalisme et de pessimisme, toile de fond ténébreuse qu’il remplit de mélancolie passionnée.  Cette mélancolie  est empreinte d’ une couleur incontestablement russe, et toutes deux s’associent dans un solo notoirement difficile – neuvièmes à jouer d’une seule main – qui ressort du grondement orchestral.

Le groupe de rock Muse a beaucoup puisé dans mouvement, notamment dans les chansons Butterflies and Hurricanes, Ruled by Secrecy, Megalomania, Space Dementia…

Voici donc le premier mouvement du deuxième concerto pour piano de Rachmaninov, interprété par un autre russe, Boris Berezovsky, accompagné de l’Ural Philarmonic Orchestra dirigé par Dmitry Liss.

Si cela vous a plu, allez écouter le deuxième mouvement du concerto pour piano N°2 de Rachmaninov que nous avions déjà évoqué!

Serguei Rachmaninov – Concerto pour piano N°2 – II Adagio sostenuto

Sergei RachmaninovEn plus d’un grand compositeur romantique (un peu après l’heure, la période romantique se terminant fin XIX° – début XX°), l’Histoire se souvient également du compositeur russe Serguei Rachmaninov (1873-1943) comme d’un pianiste d’exception – exilé en 1917 à cause de la Révolution d’octobre, il se lancera dans une carrière de concertiste qui l’empêchera de composer pendant un moment. On a gardé de cette époque de nombreux enregistrements qui témoignent de la beauté de son jeu et de sa virtuosité. Rachmaninov était doté de mains prodigieusement grandes, ce qui lui permettait de jouer des accords très compliqués.

Nous écouterons ici une interprétation du deuxième mouvement de son deuxième concerto pour piano par le  pianiste russe Boris Berezovsky, accompagné de l’Ural Philarmonic Orchestra dirigé par Dmitry Liss. La fin du mouvement, à partir de 8:57 ici, en est l’un des moments les plus poignants –  mouvement qui est, à mon avis, l’un des plus beaux adagios de l’histoire des concertos pour piano :-)

De nombreux morceaux de musique plus récente et populaire ont emprunté différents thèmes de ce mouvement: on reconnaîtra ainsi facilement All by myself (dont une interprétation célèbre est celle de Céline Dion; flagrant dans le concerto N°2  à partir de 2:00 ici, par exemple), ou encore Life on Mars de David Bowie (le thème lancinant de 1:18, sur lequel commence la chanson de David Bowie, qui est d’ailleurs dans la même tonalité) ….