Francis Poulenc – Les chemins de l’amour

En attendant le retour des hors-jeu à partir de la semaine prochaine, voici de quoi détendre votre vendredi soir et votre week-end : une chanson de Francis Poulenc, grand compositeur français de la période moderne, dont ce blog vous a parlé à plusieurs reprises déjà.

L’héritage chansonnier de Poulenc est considérable et touche à tous les registres : le compositeur excelle aussi bien dans les chansons religieuses que celles dans une veine plus populaire. Cette chanson, « Les chemins de l’amour », illustre quant à elle la seconde catégorie. Composée sur un texte d’Anouilh (pour la pièce Léocadia) la mélodie de ce morceau rappelle en effet l’atmosphère du cabaret, avec un art de la voix typiquement français. Le genre fit florès au début du XXe siècle à tel point qu’une telle chanson n’est associée à rien sinon à la Belle Epoque.

Poulenc dédia cette chanson à Yvonne Printemps, diva d’opérette, dont vous entendez la voix dans la vidéo ci-dessous.

Quand on voit que Poulenc s’acquitte merveilleusement bien de la tâche d’écrire de la musique sérieuse, spirituelle et solennelle (voir les Litanies à la Vierge Noire), cela crée un contraste avec ce qu’on peut entendre ci-dessous, qui se morfond bien avec l’ambiance populaire. Poulenc a décidément bien mérité son surnom, « le moine et le voyou » : vivant certes avec son éducation judéo-chrétienne mais faisant preuve d’une incroyable sensibilité !

Fanny Mendelssohn – Suleika – « Ach, um deine feuchten Schwingen »

Voilà longtemps qu’on vous fait écouter Felix Mendelssohn et ses Romances sans Paroles… Que diriez-vous à présent d’aller faire la connaissance de sa soeur aînée, Fanny?

Fanny Mendelssohn est née en 1805, soit 4 ans avant son jeune frère Felix. Enfant, elle démontrait déjà un grand talent pour la musique. Son professeur, Carl Friedrich Zelter la préférait même à son frère, écrivant : « Cette enfant a vraiment quelque chose de spécial, elle tient de Jean-Sébastien Bach ». Hélas, le machisme intrinsèque de la société, ainsi que l’idéologie très conservatrice de son père, firent que Fanny Mendelssohn ne put jamais accéder à la gloire, restant en permanence dans l’ombre. Mais son grand talent lui permit d’apporter un point de vue critique sur les compositions de son frère, avec qui elle resta très complice tout au long de sa vie.

L’oeuvre de Fanny Mendelssohn est très impressionnante : plus de 460 morceaux, surtout pour le piano, et de nombreuses chansons. Voici l’une d’entre elles, issues de Suleika, publié au nom de Felix Mendelssohn et inspiré d’un poème de Goethe, le Divan occidental-oriental. Très mélodique, axé sur le romantisme, cette chanson vous parlera sûrement beaucoup !

Piotr Illitch Tchaikovski – Sérénade de Don Juan

Habituellement, les chansons classiques , à l’instar des lieder, sont de facture plutôt calme, très élégiaque, voire parfois lénifiante. A en voir le nombre de lieder tristes que nous vous avons déjà présentés, il faut bien croire que cela rencontre son public ! Mais lorsque l’on tombe sur un chant tel que celui-ci, beaucoup plus énergique, fougueux, endiablé, on ne dit pas non. Il s’agit de la « Sérénade de Don Juan » que Tchaikovski a composée en hommage au Don Giovanni de Mozart, un opéra qu’il admirait. Dès les premières notes, on ressent toute la flamme et l’ardeur propres au mythe et à la figure de ce légendaire séducteur. La tonalité et le thème introducteur ne sont pas sans rappeler ceux des danses orientales, un peu comme dans la « Danse d’Anitra » du Peer Gynt où Grieg pastiche le style à merveille.

Bien que le mythe donjuanesque est originaire d’Europe Occidentale (Tirso de Molina, le premier à en faire une pièce de théâtre, était espagnol), le traitement ici est 100% russe : le texte est de Tolstoï, l’harmonie rappelle étrangement les chansons d’Aliabiev (cf. Le Rossignol) et le chanteur, Dmitri Hvorostovsky, est connu pour ses interprétations d’oeuvres typiquement russes. Fixez bien son regard, qui dans la vidéo est bien adapté au côté ténébreux du morceau !

Voilà donc un petit quelque chose qui vous sensibilisera davantage à la « russitude », telle que la décrit notre ami Pavel Alexandre Persikov ;)

Hector Berlioz – Les Nuits d’Été – Villanelle

Même si le titre de l’opus est « les Nuits d’Eté », je trouve que cette jolie chanson va beaucoup mieux avec le printemps qu’avec la période estivale… Ça tombe bien, aujourd’hui, 21 mars, c’est le début de la nouvelle saison, après un hiver (plutôt) vigoureux !

Cette jolie chanson a été composée par Berlioz, que vous commencez déjà à bien connaître (La Symphonie Fantastique, Harold en Italie… c’est lui !), sur le poème éponyme de Théophile Gautier – grand romancier, poète et critique littéraire du XIXe siècle. Bien sûr, en lisant les paroles de ce poème, on tombe nécessairement dans une certaine mièvrerie qui peut vite insupporter… Mais Berlioz l’évite assez habilement, avec une orchestration bien pensée : les vents et les cordes se répondent dans une structure en canon, évitant ainsi toute monotonie. Et cette mélodie… étonnamment belle, que dire de plus?

Les paroles sont ici.

Et puis souriez, c’est le printemps ! :)

Reynaldo Hahn – L’Enamourée

Reynaldo Hahn est un musicien français, à la fois chef d’orchestre, critique musical et compositeur qui vécut à cheval entre les XIXe et le XXe siècle (1874-1947). Né au Venezuela, il fit ses classes au Conservatoire de Paris avant de devenir professeur de chant à l’Ecole Normale de Musique.

Très apprécié des milieux huppés parisiens, il fréquentait les milieux littéraires, ce qui cultiva son appétence pour la poésie – il mettra en musique les plus grands poètes du XIXe siècle et se constitua un impressionnant répertoire de chansons. Charismatique, il aimait briller dans les salons en jouant et en chantant – c’est d’ailleurs là qu’il rencontra Marcel Proust, dont il devint l’amant.

Raffiné, dandy sur les bords, sa personnalité se retranscrivait dans ses chansons, à tel point qu’on l’associe souvent au musicien le plus représentatif de la Belle Epoque en France. Proust écrit à son sujet : « cet « instrument de musique de génie » qui s’appelle Reynaldo Hahn étreint tous les cœurs, mouille tous les yeux, dans le frisson d’admiration qu’il propage au loin et qui nous fait trembler, nous courbe tous l’un après l’autre, dans une silencieuse et solennelle ondulation des blés sous le vent ».

« L’Enamourée » fait partie du premier recueil de 20 mélodies, le texte est écrit par Théodore de Banville, poète Parnassien du XIXe siècle.

Robert Burns – My Love is like a Red, Red rose

Nous n’avons pas oublié qu’aujourd’hui est un jour spécial, qui célèbre un noble et heureux sentiment partagé par deux êtres destinés à demeurer l’un aux côtés de l’autre et à goûter ensemble le miel d’un bonheur altruiste et accompli ! Pour cette occasion, la Rédaction vous offre une petite musique qui pourra accompagner tous les témoignages d’affection à votre moitié. « My love is like a Red, Red rose » est une chanson du poète écossais Robert « Rabbie » Burns, composée en 1794 (il en a écrit la mélodie et le texte). Elle a pour particularité d’avoir été écrite en Scots, le dialecte écossais, dans une optique de préserver la culture calédonienne – ce pour quoi les Écossais sont aujourd’hui très reconnaissants à Burns… Si le texte peut vous sembler un peu frustre, il n’en est pas moins dénué d’une grande tendresse. Et cette musique, apaisante, caressante, n’est certainement pas de trop pour communiquer la douceur de ces jolis mots d’amour…

Enrique Granados – Amor y Odio

Cela va faire un bail que nous n’avons pas évoqué Granados, compositeur espagnol contemporain de Debussy et Ravel, qui a participé aux côtés d’Isaac Albéniz et Manuel de Falla à opérer un renouveau de la musique ibérique. C’était pour eux une nécessité : l’Espagne a en effet produit peu de grands compositeurs à l’époque romantique et la musique italienne prit assez rapidement le dessus.

Comme vous avez pu l’entendre sur La Maya y el Ruiseñor, Granados avait un don pour écrire la musique vocale. Le morceau ci-dessous, intitulé « Amor y Odio » (Amour et Haine) vous confirmera cela : en sol mineur, cette chanson retranscrit les sentiments contradictoires dont il est question. Le thème chanté est alangui, le lyrisme exacerbé; les traits hispanisants, eux, imprègnent gracieusement un morceau chanté non sans une certaine douleur proprement humaine. Tiraillé entre des sentiments si contradictoires mais in fine si semblables, l’être humain n’a plus que la liberté de chanter cette douce complainte…

Paroles et leur traduction ici.