Ernesto Nazareth – Odeon

Célébrons la fin de l’été avec le parfum exotique d’un tango d’un genre bien particulier !

Faites connaissance avec Ernesto Nazareth, compositeur né à Rio sous l’Empire brésilien en 1863, dont l’oeuvre (peu jouée aujourd’hui, à notre désarroi) est surtout connue pour ses Maxixe ou « tangos brésiliens » – un genre bien obscur, tant on associe bien plus souvent le tango avec l’Argentine (cf.  l’oeuvre d’Astor Piazzolla, pour ne citer que lui) et l’Uruguay. Ce n’est pas faute d’une identité pourtant bien marquée, les Maxixe offrant une jolie synthèse des styles musicaux typiquement lusitaniens – communs au Portugal et au Brésil – comme le Lundu (danse portugaise) et le Choro (musique de rue caractéristique du Brésil).

Bien que d’influence classique, Ernesto Nazareth a souvent composé pour le cinéma, ayant été un temps pianiste pour films muets. L’un des cinémas qui l’employait s’appelait l’Odéon, qui a laissé son nom au morceau que nous vous présentons ci-dessous.

Et pour casser le cliché du « avec le classique, on s’ennuie et on ne danse pas » , nous vous laissons aussi une version chantée dont vous reconnaîtrez la ligne d’accompagnement derrière la voix et qui vous fera swinguer davantage !

Piotr Tchaikovski – Dumka (Scène Rustique russe)

Difficile de ne pas être touché par la musique de Tchaikovski (jugez donc par cette sublime barcarolle) et encore plus lorsque celle-ci vient à nous surprendre, à nous faire ressentir des émotions contradictoires, à nous donner le sourire tout en nous arrachant une larme du coin de l’oeil. C’est un peu ce que l’on peut ressentir à l’écoute de ce morceau, Dumka, qui signifie « pensée » en ukrainien (avec un sens proche dans les autres langues slaves). Difficile de ne pas « voir » les va-et-vient de ce morceau comme une conscience qui erre, tantôt mélancolique, tantôt radieuse. A en juger par le titre, Tchaikovski a souhaité mimer musicalement une scène paysanne russe – on n’en vient qu’à mieux apprécier cette oeuvre. A cet égard, dessinez-vous donc mentalement un petit village de Sibérie, recouvert d’un épais manteau blanc par un hiver rugueux, apparemment désert, bref un vrai décor de nature morte… sauf que les villageois, eux, n’en sont pas moins vivants et, bravant la vigueur des blizzards, persistent à danser, faire la fête, être de bonne humeur… bref, à vivre. Jugez donc le changement de « ton » du morceau, aux alentours de 3 minutes 20, vous verrez mieux de quoi je veux parler :)

Et surtout, quand le morceau est amené avec la maîtrise de Pletnev, on ne peut que mieux apprécier sa beauté. Avouez donc que cette oeuvre vaut bien toutes les tisanes du monde pour vous aider à affronter l’hiver qui s’installe…

Ludwig van Beethoven – Symphonie n°3 « Héroïque » – Marche funèbre

Chers lecteurs-auditeurs,

En ce jour de deuil national, nous peinons tous à trouver les mots face à l’innommable horreur qu’a vécue notre pays. Même la musique semble impuissante pour accompagner ces moments difficiles. À notre tout petit niveau, nous tenions toutefois à rendre un dernier hommage à nos compatriotes qui sont tombés. Voici la marche funèbre de la troisième de Beethoven.

Astor Piazzolla – Triunfal

La rédaction de Lamusiqueclassique.com se réveille enfin de sa cuite post-nouvel an et tient à s’excuser pour son manque d’assiduité dernièrement. Enfin, assez d’auto-justifications, nous vous souhaitons à toutes et à tous une bonne année 2015 !

On commence bien l’année avec Astor Piazzolla, que nous vous avons fait découvrir à maintes reprises comme l’un des musiciens classiques argentins les plus importants. Mais si, souvenez-vous, ce compositeur exotique maniant avec une virtuosié rare son instrument de prédilection, le bandonéon, tout en ayant su sa carrière durant conserver une facture classique et varier les plaisirs autour du tango, la danse traditionnelle qui court les rues de Buenos Aires.

Une méprise impardonnable aujourd’hui serait de réduire la musique de Piazzolla au cliché d’une chansonnette inoffensive et contingente de cabaret, à écouter avec une humeur distraite et un cigare aux lèvres. Rares sont les compositeurs qui ont atteint un tel degré de sophistication dans l’écriture d’une oeuvre latino-américaine qui ne tombât dans le cliché de la musique ensoleillée et frivole arrosée au mojito. Pourtant, nul n’ignore l’élitisme et le conservatisme du milieu de la musique classique, de surcroît au XXe siècle; et c’est bien un voeu pieu que de croire que le bandonéon pût un jour surclasser le piano ou le violon dans les salles de concert et les festivals.

C’est donc le coeur tiraillé entre son amour pour le bandonéon – qu’il a pratiqué toute sa vie – et le désir de se construire une réputation de musicien sérieux que Piazzolla arrive à Paris en 1954 pour étudier, par le biais d’une bourse, auprès de la célèbre pédagogue Nadia Boulanger. Planchant sur la composition et l’harmonie le jour, il gagne sa vie en jouant la nuit dans un cabaret de la capitale. Quand vint le jour où Boulanger, consciente de son talent, lui demanda : « Vous ne jouez pas du piano. Quel est alors votre instrument ? », ce à quoi Piazzolla répondit, à demi-mot. En guise de preuve, il lui joua ce morceau, Triunfal, qui lui avait jadis valu de gagner le premier prix du concours Sevitzky.

Après quoi Boulanger lui souffla : « Astor, vos compositions classiques sont intéressantes. Mais le véritable Piazzolla est là et, de grâce, ne l’abandonnez jamais ».

Antonio Sartorio – Giulio Cesare in Egitto – « Quando voglio… »

Ce soir, un compositeur du XVIIe siècle, relativement méconnu aujourd’hui, qui fut pourtant l’un des compositeurs d’opéra les plus importants qu’a connus la République de Venise : Antonio Sartorio (1630-1680). Ayant officié une grande partie de sa vie en tant que Kapellmeister auprès du duc Johann Friedrich de Brunswick-Lüneburg, Sartorio s’est essentiellement distingué par sa musique vocale dont le style méditerranéen, très exotique aux oreilles du public de Hanovre où il était basé, était globalement apprécié.

Giulio Cesare in Egitto arrive relativement tard dans le répertoire du compositeur et met en scène les amours de Jules César et Cléopâtre, sur un livret de Giacomo Francesco Bussani. C’est ce même opéra qui a inspiré le Giulio Cesare de Haendel, créé en 1724, dont le succès fut tel qu’on en oublia rapidement l’original… A cet égard, l’opéra de Sartorio a été joué pour la dernière fois en 1689 avant d’être redécouvert par un musicologue de la Julliard School… en 2001 seulement !

Quand bien même l’oeuvre ne fut pas considérée comme révolutionnaire à son époque, l’on se délecte sans peine des caprices de la reine Cléopâtre. La version ci-dessous est signée Patricia Petibon, célèbre soprane française, dont vous noterez avec plaisir toute l’émotion qui se dégage de la voix.

Johann Sebastian Bach – Toccata BWV 914

Un morceau qui va sans doute réjouir les plus cinéphiles d’entre vous !

Avant de devenir le « père de la musique », comme on aime souvent le surnommer, Bach a été jeune et a longtemps cherché son style avant que celui-ci ne devienne celui qu’on connaît tous aujourd’hui. On sait par exemple qu’il admirait Buxtehude et s’adaptait volontiers à la mode du « Stylus Phantasticus ».

Pour se faire une bonne idée du style de Bach à ses débuts, rien de mieux que les sept toccatas qu’il composa entre 1707 et 1711, alors qu’il officiait en tant que maître de Chapelle à Weimar, au service du duc Guillaume II de Saxe. Malgré leur style déroutant et virtuose cher aux improvisateurs (ce qui ne fait pas tout de suite penser à Bach), elles regorgent de techniques qui seront réemployées par le compositeur dans ses oeuvres « canoniques ».

La toccata BWV 914 illustre bien mon propos. Composée de quatre sections – une introduction, un fugato, un Adagio et une Fugue – elle recèle de « clefs » de lecture essentielles pour style de Bach, dont des traits remarquables comme les sauts d’octave à la main gauche ou encore les accords de sixte en contretemps à la main droite (qu’on retrouve aussi dans la fameuse Toccata en ré mineur BWV 565).

L’Adagio (2:59) est particulièrement intéressante puisqu’elle dénote le style d’improvisation que Bach a expérimenté avec le Stylus Phantasticus. Vous remarquerez la coupure (aux alentours de 3:45) où la phrase musicale se fait plus bégayante et s’embarrasse de quelques ornements – ce qui est d’ailleurs très bien rendu par Glenn Gould. Vient la Fugue, à trois voix (6:00), dont vous remarquez tout de suite la virtuosité digitale, inhabituelle pour un morceau composé pour clavecin à l’origine.

Les aficionados de Jacques Audiard ont sans doute reconnu ce morceau, qui est joué en boucle dans De Battre mon Coeur s’est arrêté (2005) avec Romain Duris. Ce dernier campe le rôle d’un jeune bandit qui se repentit grâce au piano et à ce morceau précisément. Je vous offre en prime un extrait du long métrage, avec un conseil avisé pour tous ceux qui voudront s’attaquer à ce magnifique morceau un jour : n’essayez jamais de jouer Bach en rubato !…

Voici donc la version de Glenn Gould et l’extrait du film !

Antonin Dvorak – Pièces Romantiques – Miniatures

Dvorak

Voilà une jolie pièce que les élèves de conservatoire ont sûrement déjà rencontrée : les « Miniatures » de Dvorak, composées pour trio de 2 violons et alto. On connaît le talent du compositeur tchèque qui, même s’il a vécu dans un courant romantique tardif, parvient tout de même à faire vivre l’esprit de la musique romantique du début XIXe siècle.

Alors qu’il séjournait chez sa belle-mère à Prague, Dvorak rencontra un jeune violoniste amateur, Josef Kruis, et lui proposa de jouer un trio pour cordes (Dvorak lui-même était altiste). Ce projet se conclut avec Terzetto en Do Majeur (Op. 74) mais le morceau s’avéra trop difficile pour Kruis, si bien que Dvorak composa les « Miniatures », beaucoup plus simples, mais non moins belles.

Ci-dessous, le premier mouvement (Cavatina), sûrement le plus célèbre; mais n’attendez donc plus pour découvrir les trois autres mouvements (Capriccio, Romance, Elégie) !