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Johannes Brahms – Concerto n°2 pour piano en Si b majeur – Allegro Appassionato

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Dans l’histoire de la musique classique, on ne saurait vous dresser une liste de compositeurs « bourrins ». Je parle de ceux qui, lorsque joués en concert, vous donneraient envie de bondir de votre siège et de bouger frénétiquement dans tous les sens comme lors d’un concert de hard rock. Ceux qui réveilleraient en vous la bête impétueuse et débridée qui sommeille au plus profond.

Non, comme je le disais, une telle classification n’existe pas. Mais si un jour une telle liste est dressée – peut être par nous, qui sait ? – Johannes Brahms figurerait sans aucun doute en très bonne position. Mais oui, je sais qu’il y a le très doux et poétique Poco Allegretto de la 3e Symphonie. Mais oui, je sais qu’il y a les jolies et inoffensives Danses Hongroises. Mais il y a aussi le 2e concerto pour piano dont le second mouvement dévoile toute la poigne musicale brahmsienne.

Jugez plutôt : le premier thème démarre sur les chapeaux de roue sur une mélodie percutante, où le pianiste doit attaquer de toute sa puissance digitale le clavier. Puis, à 0:46, une mélodie plus lénifiante reprenant de manière plus douce le premier thème (même structure rythmique). A 1:55, l’impétuosité revient en trombe (en guise de reprise) mais la phrase initiale dévie sur un développement au piano, en decrescendo, avant qu’à 3:43, l’orchestre ne reprenne le flambeau. Le piano amorce une cadence puis repart de plus belle dès 4:00, montant en crescendo une progressive surenchère vers l’acmé du morceau, à 4:16, qui se finit en apothéose à 4:40. Les cors prennent le dessus un court instant, avant que le piano ne revienne furtivement à 5:10. A 5:40, une belle transition en guise d’interlude avant que le thème diabolique du début ne revienne, en tonalité en majeure, menant vers la seconde apothéose à 6:20. La structure restante demeure similaire, le morceau alternant des traits d’une extrême violence ponctués par des havres de paix musicale qui rétablissent l’équilibre de ce Tout.

Quoiqu’il en soit, ce morceau vous réveille, vous tonifie, vous aguerrit. Savourez ce moment, où Maurizio Pollini le délicat pianiste spécialiste de Chopin, Premier Prix du Concours de Varsovie en 1960, est réuni avec son compatriote Claudio Abbado, l’un des plus mémorables chefs d’orchestre ayant dirigé le Philarmonique de Berlin. Tous deux confrontés à la puissance de feu de Brahms, dont les orages musicaux rugissent dans toute leur témérité, forment un cocktail explosif qui vous met plein la vue !

C’est ici, et de loin, la meilleure version que je connaisse de ce morceau. Sur Youtube, vous trouverez d’autres versions de qualité assez inégale : celle de Barenboïm est intéressante même si je trouve qu’il exagère un peu le forte du thème principal. Mais quoiqu’il en soit, je vous encourage à écouter ces autres versions, puisque ce n’est qu’en diversifiant les interprétations que l’on peut appréhender un morceau dans toute sa richesse et sa subtilité!