Dussek

Jan Ladislav Dussek – Concerto pour Harpe et orchestre en Mi # majeur – Rondo Allegro Molto

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Aujourd’hui, rares sont les personnes qui ont entendu parler de Jan Dussek, pianiste et compositeur d’origine tchèque né en 1760, mort en 1812 en France. Pourtant, cet individu a eu son heure de gloire très jeune, en composant une messe solennelle à ses treize ans, puis en donnant des concerts à Londres en même temps que le vénérable Haydn. A la charnière entre la période classique et romantique, son répertoire est aujourd’hui très peu programmé dans les salles de concert parisiennes, qui font en général la part belle aux œuvres romantiques.

C’est, je le pense, une injustice qu’il convient de réparer, car l’héritage de Dussek n’est pas à négliger. Non seulement ce fut un très grand pianiste, mais il est aussi à l’origine de la pratique très courante aujourd’hui qui est de positionner le piano latéralement face au public. Un peu comme ça :

C’est donc un peu grâce à lui que le pianiste peut aujourd’hui prétendre à être le clou du spectacle puisqu’il est dorénavant visible, et non plus caché par son imposant instrument comme auparavant…

De même, on lui doit aussi la généralisation de l’utilisation de la pédale au piano.

Petit rappel : généralement, il y a 3 pédales sous un piano. La plus à droite s’appelle la pédale forte qui donne un effet de résonance au son. Souvent, on la met le long d’une phrase musicale et on la change lorsque celle-ci se termine. Son utilisation est quasi incontournable lorsque l’on joue des pièces romantiques; en revanche, elle est déconseillée pour jouer du baroque (ce serait tuer l’esprit de Bach ! dirait-on). La plus à gauche est la pédale douce, ou una corda, qui atténue le son du piano. Enfin, celle du milieu est la sourdine (en général blocable) qui atténue très fortement le son de sorte que l’instrument ne produit plus qu’un son feutré. Son utilisation est déconseillée pour quiconque souhaite travailler le piano – car l’exigence n°1 du musicien, c’est l’écoute – mais elle peut s’avérer fort utile pour ne pas réveiller les voisins (j’en sais quelque chose !).

Enfin, pour couronner le tout, Dussek fut un très grand pianiste, l’un des meilleurs de son temps. Il a fortement inspiré Frédéric Chopin notamment en ce qui est de la composition. Hélas, j’imagine que c’est la rançon du succès pour de nombreux virtuoses : connaître une gloire de leur vivant, mais être enterré par la postérité et par les futures générations d’auditeurs.

L’extrait suivant n’est pas un morceau piano, mais un concerto avec un soliste bien inhabituel : la harpe, avec aux commandes Roberta Alessandrini. Le style, très aristocratique et propre, vous rappellera les concertos de Mozart – à ceci près que la harpe est beaucoup plus discrète que ne l’est un pianoforte. La tonalité majeure ne manquera pas de connaître des petites modulations en mode mineur : c’est ici la preuve du talent et de l’érudition dont les compositeurs, jadis, faisaient preuve. Hélas, notre époque en manque cruellement, et c’est bien malheureux.